Vote des MRE
l'administration reste à la traîne

Près de quatre mois après les décisions royales relatives à l'octroi du droit de vote et d'éligibilité aux ressortissants marocains établis à l'étranger dans le discours historique à l'occasion du trentième anniversaire de la Marche verte, l'administration ne semble visiblement pas pressée d'agir en conséquence. C'est dire que pendant des années qu'elle prétendait oeuvrer pour la recherche d'une solution à même de satisfaire aux revendications politiques de cette communauté, elle est incapable de formuler aujourd'hui la moindre proposition sur ce sujet.

Autant les décisions royales étaient sans équivoque, autant l'action antérieure de l'administration s'est avérée infructueuse dans ce volet politique. Preuve en est qu'aucune vision claire n'a pu être dégagée des interminables ballets de consultations pour servir de base de travail appropriée à la situation actuelle où tout reste à refaire. Chez les membres de la communauté marocaine, le scepticisme commence à s'installer, succédant à l'euphorie suscitée par les décisions royales. Si l'établissement du Haut conseil de la communauté marocaine à l'étranger, qui était au-delà de toutes les attentes est constitutionnellement réservé à la seule volonté royale, l'administration, à son habitude, traîne le pas sous prétexte d'agenda gouvernemental et les responsables sur place, pressés par les acteurs sociaux, ne font qu'atermoyer en attendant les instructions qui tardent à venir.

Dépasser les comportements d'antan

Dans la pratique, l'exercice effectif de ce droit constitutionnel longtemps revendiqué pourrait pâtir d'une administration rompue à une pratique électorale pour le moins contestable si aucun gage de neutralité ne peut dûment autoriser à ce moment un quelconque optimisme. Au lieu de préparer le terrain pour les prochaines élections législatives qui devront impérativement remplir les conditions qu'imposent tant l'environnement où elles se dérouleront que l'esprit et la lettre des décisions royales, les chefs de mission diplomatique et postes consulaires n'ont esquissé aucun changement dans leurs comportements relationnels avec les représentants de la communauté marocaine à l'étranger. Ils continuent de favoriser les réseaux traditionnels qui ont bénéficié jusqu'à maintenant de l'appui administratif et de toutes sortes de largesses au détriment de l'ouverture sur l'ensemble des acteurs sociaux qui méritent tous un traitements égal. L'abandon du clientélisme qui prévaut depuis longtemps dans les rapports avec les représentants de la communauté marocaine est la condition sine qua non pour restaurer la crédibilité des responsables de l'administration à l'étranger et prouver l'intention de l'administration d'assurer des élections transparentes. Pour faire montre de son adaptation aux changements démocratiques que connaît le Maroc sous l'impulsion constante de SM le Roi, il faut commencer par s'ouvrir autrement sur la communauté marocaine à l'étranger et ne plus se limiter aux seuls représentants autoproclamés. La consultation de ces derniers pourrait s'avérer utile pour les engagements du gouvernement comme elle pourrait être réductrice dans l'absence de compagne médiatique généralisée, parallèle à toutes négociations et étapes à parcourir dans l'objectif de permettre à tout un chacun de se décider le cas échéant.

Pour ne plus retomber dans les erreurs du passé, dans la mesure où les partis politiques nationaux sont absents du débat et, sans dévolution de tutelle, il faut considérer tout membre de cette communauté, juridiquement majeur, homme ou femme, jeune ou moins jeune, actif ou susceptible de le devenir, comme étant potentiellement candidat à ces élection législatives et politiquement responsable quant au choix de personnes qu'il aurait à élire.

Ne pas marginaliser la femme

Quel que soit le nombre de représentants à réserver à cette communauté et le mode de scrutin à adopter pour elle, la femme marocaine ne doit pas être marginalisée en attendant que l'expérience démocratique soit consolidée ultérieurement.

L'administration marocaine à l'étranger n'a pas intérêt à rater ce rendez-vous démocratique où elle sera jugée sur son comportement tout au long de cette période qui nous sépare des élections et sa neutralité pendant la compagne électorale et le degré de sa transparence, ainsi que sur la place qu'aura à occuper la femme marocaine, et la crédibilité et l'intégrité morale des prétendants à la députation. Par peur de décevoir une énième fois, l'administration doit éviter de procéder au regroupement de ses actuels interlocuteurs privilégiés en force politique, créant ainsi un "parti de l'administration" au sein de la communauté marocaine à l'étranger. Rien ne justifierait une telle maladresse politique malgré la complexité de la situation qui est, d'ailleurs, essentiellement due aux comportements administratifs lors des différentes élections antérieures et rendue plus difficile à gérer après une longue dispense contre nature. Vu l'ampleur de la tâche à accomplir et à juger par l'absence de cadence dans le traitement de ce dossier, il semble que l'administration n'a pas encore réalisé la portée des décisions royales et qu'elle n'est pas prête du tout pour revoir ses méthodes de travail.
Source: L'observateur

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