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Rencontre d'Al-Hoceima : Les Espagnols s'intéressent à la région

Une trentaine d'investisseurs espagnols ont entamé, la semaine dernière, pour la première fois, la prospection des opportunités d'investissement dans la province d'Al-Hoceima, a-t-on appris lors de la première rencontre sur l'investissement dans cette région.
CETTE première rencontre dédiée à la région d'Al Hoceima a eu lieu le samedi 15 mars à Al-Hoceima-même.

Elle a clôturé ses travaux sur un constat : la région dispose de potentialités très importantes, mais elles n'ont malheureusement jamais été exploitées de manière suffisante. Avec les projets d'investissement qui sont lancés ou à entreprendre dans d'autres régions du pays, le fossé se creuse davantage, a-t-on souligné à l'association du Rif pour la solidarité et le développement (ARID).

Quatre ans après le séisme d'Al-Hoceima, quelles sont les transformations à relever dans la région ?
Est-ce que les projets mis en œuvre ou en cours de réalisation dans différents secteurs vont dans la bonne direction ?
Ces projets sont-ils à même de permettre un changement réel de la région, que ce soit sur le plan économique ou socioculturel ? Pourquoi le capital local, national et international est encore réticent à la création d'investissement productif de richesse dans la région ?
Autant d'interrogations qui ont été soulevées lors de cette journée qui a été marquée par la présence d'une forte délégation ministérielle.

Etaient présents : Mohamed Boussaid, ministre du Tourisme et de l'Artisanat ; Aziz Akhennouch, ministre de l'Agriculture et de la Pêche Maritime ; Anis Birou, Secrétaire d'Etat auprès du ministre du Tourisme et de l'Artisanat ; Mohamed Ameur, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger ainsi qu'Abdeladim El Hafi, Haut Commissaire aux Eaux et Forets et à la lutte contre la Désertification. Ont également répondu présent à cette manifestation qui a dévoilé les atouts de la région d'Al-Hoceima, Luis Planas, Ambassadeur de l'Espagne au Maroc, Fouad Brini, Directeur Général de l'Agence pour le Développement et de la Promotion des Provinces du Nord, et Mustapha Bakkoury, Directeur Général de la Caisse de Dépôt et de Gestion.

Jamais la ville n'a reçu autant de monde pour une rencontre, relève-t-on à Arid. Une chose est sûre, pour Ilias Omari, conseiller à l'association, une autre étape vient d'être franchie. " Nous avons voulu sensibiliser les différents opérateurs aux multiples potentialités de la province et aussi interpeller les décideurs publics quant à la nécessité d'investir dans cette région ", a-t-il souligné.

La rencontre a d'ailleurs été placée sous le thème de l'investissement dans la province d'Al Hoceima. Avec quelque 6 milliards de dirhams, la région du Rif qui compte actuellement 700 mille MRE est l'une des importantes régions en terme de transfert de devises. Pourtant, ces ressources sont investies dans d'autres régions du pays, a souligné Mohamed Ameur, ministre délégué en charge de la communauté marocaine résidant à l'étranger.

La mise en place d'un fond local d'investissement et de mécanisme incitateurs à l'investissement dans la région a, d'ailleurs, été l'une des principales recommandations de cette rencontre. Laquelle rencontre a été marquée par une forte participation d'hommes d'affaires espagnols. Une trentaine d'investisseurs ibériques ont, en effet, entamé, ce samedi 15 mars, pour la première fois, la prospection des opportunités d'investissement dans la ville d'Al-Hoceima.

" Si des chantiers sont en cours de réalisation ou vont être lancés dans la région, il n'en est pas moins que des efforts devront être fournis dans d'autre domaines, tel celui des infrastructures routières ", déclare au Reporter Ilias Omari. Et d'ajouter : " l'absence d'une route ouvrant la région d'Al-Hoceima sur le centre du pays entrave l'essor économique du Rif. A ce jour, rien n'a été fait pour l'entretien de l'axe d'Al-Hoceima-Taza, par exemple. C'est la Wilaya de cette province qui a d'ailleurs lancé une étude pour l'entretien de cet axe. Idem pour le transport aérien, qui a connu dernièrement l'annulation du vol reliant la Hollande et Al-Hoceima ainsi que celui reliant Casablanca à cette ville ".

Concernant le tourisme, une grande convention d'investissement devra être signée dans les prochaines semaines pour le développement d'une nouvelle zone touristique balnéaire de nouvelle génération. Ce sera au niveau du site de " Cala Iris ", a annoncé à ce sujet Mohamed Boussaid, ministre du Tourisme et de l'Artisanat. D'après ce dernier, c'est un groupement marocain qui sera chargé du développement de cette station qui s'étale sur 350 hectares.

Pour sa part, Mustapha Bakkoury, Président directeur général de la CDG, a exprimé son engagement à faire aboutir l'ensemble des projets qui sont en cours de réalisation ou qui vont être lancés par l'opérateur public. " L'adoption d'une approche régionale permettra d'attirer des investissements et devra contribuer au développement d'autres secteurs ", a ajouté le patron de la CDG.
L'artisanat, l'agriculture, la pêche maritime ou encore le textile et les services, autant de domaines pour lesquels la province d'Al-Hoceima possède des potentialités énormes. Les ministres qui ont participé à cet événement ont d'ailleurs formulé leurs propositions et leurs engagements pour le développement cette région. " Le succès de la rencontre serait que les engagements qui ont été formulés lors de cette rencontre soient tenus ", souligne Ilias Omari.

  Des arbres par milliers
Le programme du millénium challenge qui s'étale sur la période 2009-2012 vise la préservation du patrimoine national en arbres fruitiers ainsi que la plantation de nouveaux arbres, notamment dans la province d'Al-Hoceima, a souligné Aziz Akhennouch, ministre de l'Agriculture et de la Pêche Maritime lors de la rencontre sur l'investissement dans la province d'Al Hoceima. Ce programme permettra ainsi la plantation d'arbres fruitiers sur plus de 6000 hectares dont 3600 hectares en amandiers, 1500 en oliviers et 1000 hectares en figuiers, a-t-il dit.

   Vision 2015
Le secrétaire d'Etat chargé de l'Artisanat, Anis Birou, a indiqué que la vision 2015 pour le développement de l'artisanat vise à élever le chiffre d'affaires de ce secteur à 24 MdsDH au lieu des 10,8 enregistrés actuellement. La vision 2015 vise la multiplication par 4 des ventes de produits artisanaux aux touristes pour passer de 1,7 MdsDH à 5 MdsDH.
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Questions à Mohamed Boussaid, Ministre du Tourisme et de l'Artisanat

" Beaucoup de projets sont en cours d'exécution "
La province d'Al Hoceima dispose de potentialités touristiques très importantes. Pourtant la capacité hôtelière de la région reste très en deçà des ambitions de la région. Appréciations du ministre du Tourisme et de l'Artisanat.

Quels sont d'après vous les secteurs qui pourraient être les piliers de développement de la région d'Al Hoceima ?

D'après ce qui ressort de la rencontre initiée par Arid, il est clair qu'il y a trois ou quatre secteurs sur lesquels la province d'Al Hoceima peut miser et pour lesquels cette dernière possède des avantages compétitifs. Manifestement, le secteur du tourisme ressort comme étant la locomotive qui peut jouer un rôle important pour le développement économique de cette région.

Bien entendu, il y a d'autres secteurs qui peuvent aussi jouer ce rôle, comme l'agriculture, la pêche maritime ou encore le secteur des services. Le plus important, aujourd'hui, ce n'est peut-être pas le retard accumulé ni le déficit constaté dans ce cadre, le plus important c'est l'avenir.

Autre question qu'il faut se poser : qu'est-ce qu'il faut faire pour que le plan envisagé soit concrétisé ? ...Il faut d'abord identifier les ressources financières qui permettraient d'exécuter ce plan.

Dispose-t-on justement d'un plan pour le développement de la région d'Al Hoceima ?

Oui, il y a un plan. En tout cas, pour le département du tourisme, nous avons un plan pour le développement du tourisme de cette région. Cette rencontre sur l'investissement dans la province d'Al Hoceima contribue d'ailleurs à créer des conditions favorables à la réalisation et l'exécution de l'ensemble des plans qui sont initiés pour le décollage de la région. Actuellement, nous sommes en train de préparer un plan de développement régional touristique pour mettre en cohérence l'ensemble des composantes d'un plan de développement pour le secteur du tourisme dans cette province.

Aujourd'hui, beaucoup de projets sont en cours d'exécution ou sont à la veille d'un début d'exécution. Cela dit, notre objectif est de pouvoir accélérer le rythme de réalisation des chantiers et ce, en mobilisant toutes les énergies et les synergies possibles. Rappelons que trois grands projets sont actuellement initiés pour cette région. Le premier concerne la reconversion de l'ancien club Med Souani en zone touristique hôtelière et résidentielle.

Le deuxième projet porte sur la réhabilitation, la reconstruction et la rénovation du complexe Kemado Mohammed V, qui est une fierté de la ville et qui va retrouver sa symbolique d'antan. Et dans les prochaines semaines, il est attendu de signer la grande convention d'investissement pour la région de Cala Iris. Il s'agit du développement d'une station touristique sur 350 hectares, à 60 km à l'ouest de la ville d'Al Hoceima pour la réalisation de 10.000 lits dont 4000 lits hôteliers. Le montant d'investissement de ce projet structurant est de 5 milliards de dirhams.

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L'avis de Luis Planas, Ambassadeur d'Espagne au Maroc

" Nous sommes très présents à Al Hoceima "
La rencontre sur l'investissement dans la région d'Al Hoceima a été marquée par une forte présence des hommes d'affaires espagnols. Avis de l'ambassadeur d'Espagne au Maroc.

Quel est le meilleur moyen à même d'attirer l'intérêt des investisseurs espagnols pour investir dans la région d'Al Hoceima ?

D'abord cette rencontre est une grande opportunité de travail pour le développement de cette région. C'est une bonne initiative de rassembler les responsables du gouvernement marocain, mais aussi des investisseurs. Et ce, pour voir, en commun, qu'est-ce qu'on peut faire du point de vue économique de l'investissement dont bénéficiera, dans le futur, cette région qui en a fortement besoin.
Il y a beaucoup de possibilités. La première chose à faire c'est d'identifier les potentialités qui sont très larges dans beaucoup de secteurs. Que ce soit dans le tourisme, l'agriculture, l'artisanat ou d'autres domaines. Et à partir de là, chercher s'il y a des partenaires potentiels. J'ai proposé que cette journée soit suivie d'autres journées dans des villes espagnoles pour attirer l'intérêt des Espagnols. D'ailleurs, faut-il le rappeler, nous sommes très présents à Al Hoceima. Nous avons plus de 60 projets de coopération, un institut Cervantès et un collège espagnol, avec plus de 60 élèves qui y suivent leur scolarité. Il faut dire, à ce sujet, que nous parions, comme pour l'ensemble du Maroc, sur le futur d'Al Hoceima.

Il est prévu de lancer, en partenariat avec l'ambassade d'Espagne, une étude qui va bénéficier à toute la région. De quoi s'agit-il au juste ?

C'est une étude de viabilité qu'on va lancer avec le ministère du Tourisme marocain et de l'artisanat. L'objectif de cette étude que nous allons financer est la création de nouvelles infrastructures touristiques dans la région ainsi que le développement du tourisme, notamment au niveau de la rocade méditerranéenne.

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Entretien avec Ahmed Bentouhami, président de l'Association Rif pour la solidarité et le Développement (ARID)
" Le grand potentiel de la région est le tourisme "

L'objectif premier de la première journée sur l'investissement dans la province d'Al-Hoceima est de faire de cette région et d'Al Hoceima, en particulier, un pôle économique ouvert sur les autres régions du pays, souligne Ahmed Ben touhami, président de l'association du Rif pour la solidarité et le développement.

Il était prévu de tenir cette rencontre, l'année dernière, pourquoi ce retard ?
En fait, l'idée d'organiser cette rencontre a germé, il y a trois ans. Mais pour des raisons d'organisation et d'indisponibilité d'un certain nombre de ministres et d'intervenants, nous avons préféré la reporter. D'autant plus que nous avons voulu voir l'évolution d'un certain nombre de projets structurants très important qui sont actuellement en cours de réalisation dans la région d'Al Hoceima. Ce qui nous a permis d'avoir un programme clair pour la manifestation. Cette rencontre vient couper avec une première phase qui a suivi le séisme d'Al Hoceima. Laquelle phase était marquée par le lancement d'un programme de reconstruction des zones qui ont été touchées par le tremblement de terre. Notre objectif premier est de concrétiser ce programme et de faire de la région du Rif et d'Al Hoceima, en particulier, un pôle économique ouvert sur les autres régions du pays. Comme cela a d'ailleurs été souligné dans le discours Royal du 25 mars 2004.

Quels sont selon vous les secteurs qui méritent d'être développés dans la région ?
On parle beaucoup plus de tourisme, mais on parle aussi d'investissement dans le domaine de l'industrie de pointe, par exemple. L'ambassadeur d'Espagne, qui nous a honoré de sa présence, a exprimé la disposition de son pays à faire tout pour renforcer les relations économiques entre les deux Royaumes, et particulièrement entre la province d'Al Hoceima et les autres régions d'Espagne. Cela devra contribuer au développement de la région. Une rencontre est d'ailleurs prévue, dans les mois qui viennent, entre les investisseurs marocains et leurs homologues espagnols pour débattre des opportunités d'investissement dans cette région. L'idée est justement d'aller un peu plus loin dans le choix des secteurs qui seraient intéressants pour les investisseurs espagnols.

Qu'en est-il de l'investissement local ?
Nous allons organiser une réunion pratique d'investissement, notamment entre la CGEM et les investisseurs locaux dont certains résidant à l'étranger. C'est une rencontre qui sera organisée avec l'appui du ministère en charge de la communauté marocaine à l'étranger. Ce dernier a d'ailleurs exprimé sa disponibilité à apporter son appui et son encouragement à toute initiative qui viserait l'implication des RME dans le décollage de cette région. Une implication que nous voulons dans des investissements utiles comme dans le secteur de l'immobilier, par exemple. L'association ARID compte d'ailleurs réaliser une étude pour montrer quels sont les secteurs qui offrent le plus de possibilités d'investissement et qui sont les plus compétitifs pour l'ensemble de la région. Cette étude qui sera réalisée en partenariat avec l'Agence du Nord pour le développement devra être lancée courant cette année. Elle devra déboucher sur une feuille de route qui retracerait, à moyen terme, la vision de développement économique de la province d'Al Hoceima pour la période 2015-2020.

Quels sont les avantages dont dispose la région ?
Nous estimons que le grand potentiel de la région est le tourisme. Normalement, c'est ce secteur qui devrait être la locomotive pour le décollage économique de cette région. Mais il y a aussi tout ce qui touche au secteur de l'artisanat. Nous avons des richesses importantes dans ce domaine qui, avec le développement du tourisme, va certainement suivre. Il y a aussi la proximité de l'Espagne. Nous sommes à 40 km de ce pays, à une heure par bateau rapide et à 4 heures par bateau à vitesse réduite. Normalement cette proximité de l'Espagne devrait offrir à la région des potentialités très importantes. C'est un avantage que d'autres provinces du Maroc n'ont pas. Nous voulons valoriser cette proximité d'Europe, notamment dans des secteurs comme l'industrie légère, les nouvelles technologies et le textile, puisque nous avons de la main-d'œuvre bon marché.

L'association ARID prévoit de créer une autre entité spécialisée dans le micro crédit, pourquoi ?
En fait, nous voulons diversifier nos activités et être plus près de l'investissement et de l'aide au social. Nous voulons aller plus loin pour apporter du soutien au développement de notre région. Notre but est de voir dans quelle possibilité nous pouvons créer une association de micro crédit. Certes ce n'est pas facile. Car, les orientations de l'Etat est de limiter le nombre des associations de micro crédit et ne garder que les entités qui oeuvrent actuellement dans ce domaine. Cela dit, c'est un dossier que nous avons ouvert et que nous voulons faire aboutir. Car le micro crédit est l'un des meilleurs moyens pour aider les investisseurs, et plus particulièrement les micros investissements.

Source:  N. Cherii & B. El Khadir
Le Reporter

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