Belliraj: c'est un terroriste, un homme d’affaires ou un trafiquant  ?

Qui ne connaît pas Me Ziane, ex-ministre des droits de l’homme (le seul ministre marocain qui ait volontairement démissionné de son poste), actuel bâtonnier et chef du Parti Libéral Marocain ? Qui méconnaît son langage direct, voir son sens de la provocation ? Il a été choisi pour défendre Belliraj dans l’affaire du réseau terroriste qui porte le même nom. Les révélations et commentaires qu’il a confiés au « Reporter » - sans violer le secret de l’instruction - sont à déguster.

Qui est donc ce Belliraj ? Est-ce un terroriste, un homme d’affaires, un trafiquant d’armes ? Et comment se fait-il qu’il ait autant d’argent pour se payer le train de vie qu’il avait aussi bien au Maroc qu’en Belgique ? Ce monsieur est une véritable énigme.

CE que les gens ne savent pas, c’est que Belliraj a appris à tirer ses premières balles à l’âge de six ans.

Dans quelles conditions a-t-il fait ce curieux apprentissage ?
Son père était dans l’armée de libération. C’est lui qui était chargé des armes qui provenaient d’Egypte, à l’époque. Donc, enfant, il avait des armes à la maison et son père lui apprenait à tirer à l’âge de six ans. Du reste, c’est un licencié en sciences physiques, option électricité. Vous me dites que Belliraj vous paraît trouble et confus. Je vous dis que ce n’est pas Belliraj qui est trouble et confus, c’est la mouvance islamiste qui est trouble et confuse.

Dont il fait partie...
Où il a beaucoup de relations.

Le terme « aveux » est revenu assez souvent dans certaines déclarations officielles. Qu’est-ce que Belliraj a effectivement avoué jusqu’à présent ?
Si j’étais ministre de l’Intérieur, je vous dirais que Belliraj a tout avoué. Mais, comme je suis ancien ministre des Droits de l’Homme et que je suis le bâtonnier des avocats, je vous dirais que Belliraj n’a rien avoué.

Vous avez parlé dans la presse d’aveux obtenus auprès de Belliraj sous pression. Qu’entendez-vous par là ?
Je vais vous dire ceci : je suis un homme qui relativise beaucoup ce que les procès verbaux contiennent comme informations, comme déclarations et comme aveux. D’ailleurs je ne m’excite pas pour obtenir copie de ces PV (procès verbaux) parce que je n’entends pas en faire usage dans ma défense, de ce cas-là.

Est-ce que la pression que vous avez évoquée veut dire torture ?
Je ne sais pas si mon client a été torturé, je ne lui ai pas posé la question puisque je l’ai vu très souriant. Mais s’il m’avait dit qu’il avait été torturé, personnellement, je n’ai aucune raison de douter de ce fait, compte tenu de ce que je sais de la police judiciaire marocaine. J’espère qu’elle a évolué et qu’aujourd’hui avec tous les moyens technologiques et scientifiques qu’elle possède, elle a enfin compris que torturer ne mène nulle part. Je peux vous assurer que si la torture menait à quelque chose, cela se saurait et l’existence de Guantanamo aurait au moins permis de savoir où se réfugie Ben Laden.

Vous disiez que vous ne vous empresseriez pas de demander les copies des PV de police contenus dans le dossier de votre client, mais vous voyez bien que la défense de Moâtassim, Marouani et des autres accusés dans cette affaire se plaint de ne pas pouvoir avoir accès à ces copies...

Chacun a un moyen personnel de défendre son dossier. Je n’ai pas l’intention de jouer avec la vie de mon client qui risque cinq fois la peine capitale en me lançant dans une opération politique. J’ai une obligation professionnelle de sauver la tête de quelqu’un qui m’a fait confiance. J’essaie donc de le faire.

Mais avez-vous avez facilement accès au dossier d’accusation ?
J’ai facilement accès au dossier, c’est la vérité. Pourquoi mentir. Encore une fois, chacun à sa manière de défendre son client. Et je ne suis pas obligé d’accepter la démarche des gauchistes dans leur manière de défendre leurs clients à eux. D’ailleurs, si le gauchisme était une méthode qui menait à la réussite, ils ne seraient pas là où ils sont.

Sérieusement, qu’aurait-il réellement avoué ?
Il a voué qu’il connaît toute la mouvance islamiste sunnite et chiite. Tous ces hommes de la politique qui usent et abusent de l’islam pour récolter des voix. Ceux qui croient fermement que le monde ne pourrait connaître des relations humaines parfaites que si on applique la charia sur terre. Ce sont pour moi des aveux plus importants que tout le reste.

Des hommes politiques marocains ?
Du monde entier, y compris marocains.

Que dit Belliraj à propos de son rôle de chef présumé du réseau terroriste démantelé ?
Il n’est le chef de rien du tout. C’est un militant de « harakat al ikhtyar al islami » (le mouvement dit « l’option islamiste »). Il en est un membre qui joue un rôle important dans la cellule de soutien et de logistique.

Un membre dirigeant ?
Non, il est un élément militant très important dans ce qu’on appelle la logistique et le soutien du mouvement « l’option islamiste ». Il n’est pas le dirigeant.

Vous parlez de son rôle au présent, cela veut-il dire que le mouvement « l’option islamiste » est toujours actif ?
S’il ne l’est pas, il voulait le devenir. D’après le ministre de l’Intérieur, des membres de ce mouvement auraient préparé la tentative d’assassinat d’Azenkot et ils auraient essayé de voler une fourgonnette de transport de fonds appartenant au groupe 4 aux environs de la chaîne de distribution Métro à Casablanca. Mais c’est d’après le ministre de l’Intérieur, moi je n’en sais rien.

Que dit-il à propos de son lien présumé avec Marouani, Moatassim et les autres ?
Il est militant du mouvement dont le chef est Moatassim, voilà ce qu’il dit. C’est tout.

Que dit-il à propos de son lien avec Al Qaïda ?
Je vous ai dit que c’est un homme qui connaît tout ce monde. Et je peux vous affirmer qu’il a quitté Kaboul quelques semaines avant le 11 septembre (NDLR : attentats des twin towers aux Etats-Unis). Bien entendu, on ne va pas à Kaboul pour cueillir des fleurs ou pour le parfum des roses. A moins qu’il ait eu à conclure des affaires là bas. Il s’expliquera à ce sujet dans ce cas-là. S’il a signé des accords commerciaux, il doit en avoir la preuve.

A l’occasion de son déplacement en Afghanistan, Belliraj a-t-il effectivement rencontré Ben Laden ?
Je crois qu’il a rencontré tout le monde y compris Ben Laden. Rappelons encore une fois qu’à l’époque, les Talibans étaient au pouvoir...

Que dit Belliraj à propos des armes qu’il aurait introduites au Maroc ?
Je ne sais pas qui les a introduites au Maroc. Je peux vous dire tout simplement que ces armes-là appartiennent au Front islamique du salut d’Algérie (FIS). Lequel a signé la réconciliation nationale avec Bouteflika. Une fois cet accord signé, le FIS a arrêté toute activité clandestine. Est-ce que ce sont des armes qu’ils ont fait passer de l’Algérie au Maroc pour prévenir une éventuelle rupture de cette alliance ? Est-ce que c’était des armes que le FIS achetait d’Europe et qu’on ne pouvait plus introduire en Algérie, autrement cela aurait été un cas de violation de l’accord signé avec Bouteflika et donc on les a enterrées à Nador ?

Quelle est donc l’explication que donne Belliraj lui-même à ce sujet ?
Lui dit que ces armes n’ont rien à voir avec ce qu’on peut appeler des attaques contre le Maroc ou des actes qui visaient à troubler l’ordre public.

C’est quand même illégal de faire introduire des armes au Maroc...
C’est même illégal de les détenir. La détention d’armes au Maroc est un crime poursuivi par un tribunal d’exception qui est le tribunal militaire.

Vous dites que ce n’est pas lui qui a introduit ces armes, mais alors qui l’a fait ?
Je n’en sais rien. Moi je vous dis que lui n’avoue pas avoir introduit ces armes. Il dit que ces armes appartiennent au FIS.

Certains vous reprochent justement de vouloir politiser l’affaire en disant que ces armes étaient destinées au FIS algérien... Qu’en pensez-vous ?
D’après vous, quel est le nombre de voix qu’aurait gagné le parti libéral marocain (NDLR : parti que dirige Me Ziane) dans cette affaire ? S’il y avait une option politique, il faudrait me la chiffrer en nombre de voix...

Le but n’est pas à proprement parler que vous en tiriez un profit direct pour votre parti. Mais, on vous reproche de choisir de politiser l’affaire comme moyen de défense. Est-ce une façon de noyer le poisson ?
Personnellement, je n’ai pas l’intention de politiser l’affaire. Je ne cherche pas non plus à noyer le poisson, parce que celui que je défends n’est pas un poisson et donc si je le noie, il cessera de respirer et finira par mourir. Je fais tout pour que mon client ne soit pas exécuté. Alors je ne politise pas. J’informe l’opinion publique mondiale que l’armée algérienne arme des bandes armées sous l’étiquette du Polisario et que ces bandes armées vendent des armes dont les premiers acheteurs sont les mouvements intégristes musulmans de l’Algérie. Quelque part, je suis content que l’armée algérienne se fasse gruger de cette manière-là.

Mais, en tant qu’être humain, je dénonce cette démarche militaire algérienne parce qu’elle coûte la vie à des innocents dont des enfants, des femmes et autres civils. J’espère que l’armée algérienne va enfin comprendre qu’il ne faut pas jouer avec les armes. Quand on les distribue dans un espace aussi ouvert que le désert, à des passants, sans aucun contrôle, comme le font les Algériens - je parle ici des tribus touaregs, des tribus maliennes et des tribus mauritaniennes - on sème l’insécurité dont on finit par subir les conséquences. Cela n’a rien d’un appel politique. C’est là l’appel d’un homme qui essaie selon ses petits moyens de lutter contre la violence. Parce que la violence en ce 21e siècle ne mène nulle part.

Est-ce que Belliraj a effectivement avoué avoir 20 complices en Belgique ?
Pas à ma connaissance. De toutes les façons, je ne vous parlerai pas de ce qu’il a dit au juge d’instruction. Je vous parle seulement de mes discussions avec lui.
--------------------------------------------------------------------------------

Belliraj, taupe belge ?
Bellirej dit qu’il ne travaille pas pour les services secrets belges ?
Il n’est pas dans les services secrets belges.

Ce sont pourtant les Belges qui l’ont dit...
S’ils le disent, c’est pour une raison ou pour une autre. Mais lui s’en défend. Belliraj m’a dit, à moi personnellement - et je n’ai aucune raison de douter de ce qu’il m’a dit - qu’il est un patriote belge ; qu’il a toujours défendu la Belgique ; et qu’il continuera à défendre la Belgique tout le reste de sa vie. Il estime qu’en tant que Belge, quand quelque chose était de nature à nuire à son pays, il a réagi et il réagirait de la même manière contre toute attaque. Cela ne fait pas de lui un informateur, mais un homme d’un grand civisme. Je souhaiterais que les Marocains le prennent, de ce point de vue là, en exemple.

Cela veut-il dire qu’il a effectivement donné certaines informations qui ont sauvé la Belgique d’actes terroristes ?
Vous savez, Belliraj, avec un passeport de la communauté européenne, est allé librement d’avion en avion, sautant d’une capitale à obédience islamiste à une autre, comme ce fut le cas lors de son déplacement à Kaboul avant le 11 septembre, alors qu’il y avait encore les Talibans au pouvoir dans ce pays, ou en Iran à l’époque de Khomeiny. Je ne vois pas pourquoi on est en train de faire les étonnés. S’il n’avait pas ce passeport belge, je peux vous assurer qu’il se serait déplacé plus difficilement.

Justement à propos de la nationalité belge accordée à Belliraj, des journalistes ont révélé qu’il s’agissait d’un deal passé entre votre client et la Belgique.
Si deal il y avait, je n’étais pas présent.

--------------------------------------------------------------------------------
Bekhti, le voisin de palier

Que dit-il de la complicité, dont il est également accusé, avec Abdellatif Bekhti, le braqueur du Brink’s qui s’est enfui de la prison belge ?
Non, Belliraj n’a braqué personne. Il n’a pas participé au braquage du Brink’s dont Bekhti a été reconnu coupable et condamné pour cela à 20 ans de prison par les autorités judiciaires du Luxembourg. Belliraj n’a pas aidé non plus Bekhti à fuir de la prison.

Que dit alors Belliraj de ses relations avec Bekhti ?
C’est son voisin de palier en Belgique. C’est tout.

Ils faisaient des affaires ensemble ?
Vous savez, deux maghrébins qui sont voisins pendant des années, l’un et l’autre ont beaucoup d’affaires de tout genre. Ils se rencontraient certainement, pour dîner ensemble, souvent. Ce qui pouvait découler de ces dîners, eux seuls le savent.

Et dîner avec quelqu’un qui a été l’auteur d’un braquage et qui a été condamné...
C’était son voisin de palier.

--------------------------------------------------------------------------------
Les conditions de détention de Belliraj

En ce qui concerne l’arrestation de Belliraj. Quand a-t-il été arrêté, où et comment ?
Je lui ai posé la question. Il m’a répondu qu’il a été arrêté en plein jour, dans les environs de l’hôtel Fashion à Marrakech. Je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui demander quand cela est arrivé. Parce que j’ai cru que c’était le 18 février qui est la date qui figure sur le PV d’arrestation. Mais sa femme dit qu’il avait disparu un mois auparavant.

Vous avez parlé de Belliraj comme étant souriant, comment vit-il sa situation actuelle ?
Il reçoit les journaux tous les matins. Il a une télévision. Il a une radio pour suivre les nouvelles. Il sort faire son footing deux heures par jour. Il dort tout seul dans une cellule. Il attend les confrontations. Il attend de voir ce que les autres vont dire de lui.

Il a quand même un traitement de faveur...
Non, il est dans ce qu’on appelle « l’isolement ». Lequel a beaucoup d’inconvénients, mais a quand même des avantages.

C’est en votre présence que Belliraj est auditionné par le juge d’instruction ?
Oui et il n’y a aucun problème à ce niveau-là.

Et les enquêteurs belges, l’ont-ils également auditionné ? Cela a-t-il été fait en votre présence ?
Je ne crois pas que les enquêteurs belges l’aient auditionné. Ils ont certainement dû voir l’administration marocaine, mais pas lui. Le juge d’instruction marocain ne pourrait parler avec des enquêteurs étrangers que dans le cadre d’une commission rogatoire. Et il ne parlerait que de magistrat à magistrat.

Et vous-même, les enquêteurs belges ne vous ont pas contacté ?
Non.

--------------------------------------------------------------------------------

Qui a demandé à Me Ziane de défendre Belliraj ?

D’aucuns estiment que défendre Belliraj revient à être l’avocat du diable, tant les accusations portées contre lui sont graves. Qu’en pensez-vous ?
Il y a des avocats qui ont défendu des comploteurs contre Hassan II, des Anglais qui ont défendu Kadhafi dans l’affaire Lockerbie, des avocats qui défendent le mariage homosexuel. Je ne vois pas en quoi défendre Belliraj serait plus compliqué, plus alarmant. Personne n’est indéfendable !

Qui vous a sollicité pour que vous défendiez Belliraj ?
C’est sa femme, son fils et sa mère qui m’ont constitué. Sa femme et son fils Omar m’ont téléphoné de Belgique et sa mère qui habite au Maroc est venue me voir.

Sinon, il n’a pas d’autres avocats ?
Sa famille me dit qu’elle n’a pas d’autres avocats au Maroc. Sa femme en a un en Belgique, il s’agit de Me Abderrahim Lahlali.

Vous avez des contacts avec cet avocat ?
On se téléphone deux fois par jour.

Dans quel cadre ?
Dans le cadre professionnel. Nous défendons le même client !

--------------------------------------------------------------------------------

La diatribe de Me Ziane contre la mouvance islamiste

La femme de Bellirej dit qu’il n’est même pas très croyant, qui croire alors ? Est-ce que c’est un islamiste, est-ce que c’est un terroriste, est-ce que c’est juste un mafieux ?

Je suis arrivé à une conclusion. Après avoir pris acte de ce que les autorités israéliennes aient reconnu que Sharon a facilité la création de Hamas et disent ne pas le lui reprocher puisque les USA ont commis la même erreur en créant les Talibans. Après avoir pris acte de ce que le Hezbollah - l’organisation islamique qui mérite de loin toute considération et tout respect - est une organisation qui a des liens très étroits avec les services iraniens et les services syriens. Après avoir constaté que dans chaque dossier terroriste, où que l’on se place, il y a des noms qui surgissent comme celui de Guerbouzi qu’on dit être un agent anglais ou celui de Hakimi qu’on dit être un agent italien, ou encore Robert Richard, au Maroc, dont on dit que c’est un agent français... Je suis donc arrivé à la conclusion que s’il y a une mouvance qui ne mérite pas notre confiance et dont il faut se méfier totalement, c’est bien la mouvance islamiste. Il est aujourd’hui clairement établi que des mouvances de ce genre ont été utilisées par beaucoup de services chargés de la protection militaire de nos pays pour des causes qu’on ne comprend pas encore. À ce jour, personne ne peut être sûr de ce que peut être la relation entre ces services et cette mouvance islamiste. Donc, le peuple, la société civile doivent tout faire pour détruire cette mouvance qui ne fait que lui nuire. Ses membres sont tous des personnes qui ne jouissent d’aucune autonomie de décision.

D’après vous, au mieux cette mouvance aurait été instrumentalisée, au pire elle aurait été consentante et aurait joué le jeu de ces services ?
Elle aurait été instrumentalisée ou alors les occidentaux pour faire prendre conscience aux pays musulmans du danger des terroristes, sont en train de les retourner contre nous... J’estime que ce qu’il y a de plus grave et de plus confus, c’est la mouvance islamiste et qu’il faut s’en débarrasser le plus tôt possible.

Précisons bien les choses... Qu’entendez-vous par mouvance islamiste ?
Je n’écarte personne.

Parlons du Maroc. Vous parlez du PJD, d’Al Adl Wal Ihssane... ?
Je parle de toute la mouvance islamiste sans aucune exception. Dès que vous utilisez Dieu, la religion, pour essayer d’obtenir un positionnement politique, vous dénaturez la religion. Et quelqu’un qui dénature la religion est capable de tout. Il n’y a aucune raison de lui faire confiance. L’essence même de la religion a été déformée. Quand quelqu’un vous dit qu’il veut appliquer la loi divine sur terre, il se croit plus apte que Dieu pour le faire. Quand on instrumentalise la religion pour obtenir des satisfactions matérielles d’ordre moral ou d’ordre financier, c’est qu’on ne croit pas réellement en Dieu et qu’on n’a pas assez de respect envers Dieu. Personne ne pourra aujourd’hui me convaincre en essayant de prendre la religion comme un substratum culturel pour manipuler des populations, comme le faisait hier le fascisme de Mussolini ou comme l’avait fait la dictature de Staline au nom du prolétariat. Pour moi tout cela, ce sont des extrémismes sans aucune valeur. Il faut qu’on s’en débarrasse le plus tôt possible pour que l’on puisse évoluer vers l’émancipation de tout un chacun.

--------------------------------------------------------------------------------
A propos des six assassinats dont Belliraj est accusé

Est-ce que Belliraj a reconnu les six assassinats dont il est accusé ?
Non.

Aucun ?
Aucun de ces assassinats.

Il s’en défend comment ?
Il dit qu’il existe des communiqués de l’organisation palestinienne Abou Nidal qui revendiquent ces assassinats. Rappelons que dans le passé, la Belgique avait arrêté des membres de l’OLP qu’elle avait fait condamner par la justice belge, sur insistance israélienne. Il y avait eu alors des attentats, commis en Belgique, qui avaient été revendiqués par cette organisation palestinienne dite Abou Nidal.

Mais on attribue à Belliraj des liens avec des organisations pro palestiniennes... Abou Nidal en fait-elle partie ?
Il connaît très bien l’organisation Abou Nidal.

N’aurait-il pas alors commis ces assassinats pour le compte de cette organisation ?
Je ne sais pas.

--------------------------------------------------------------------------------
Zoom sur les liens de Belliraj avec Moatassim, Marouani, Regala...

Que dit Belliraj concrètement de ses relations avec Marouani, Moatassim, Reagala et les autres ?
Il est bon militant du mouvement que Moâtassim dirige avec Marouani.

Militant comment ?
Militant convaincu et déclaré.

Ce mouvement dit avoir tourné la page. Il est aujourd’hui proche de la gauche...
A ce jour, je n’ai pas encore entendu les déclarations de Moâtassim devant le juge d’instruction. Lors de la première comparution, Moâtassim et les autres ont refusé de donner toute déclaration. Au jour d’aujourd’hui, ils n’ont pas encore été convoqués par le juge d’instruction. Quand ils le seront, avant une quelconque audition de mon client, je lirai ce qu’ils auront déclaré. En attendant, tout ce qui se dit relève d’une certaine spéculation. Ce que je peux vous affirmer, c’est que Belliraj n’est pas leur chef.

Vous parlez de ce mouvement au présent, comme étant un mouvement toujours vivant, toujours actif...
Moâtassim et les autres devront convaincre le juge d’instruction du contraire et s’ils y parviennent, ils me convaincront moi aussi.

Que déclare votre client à propos de son propre choix politique ?
Lui déclare qu’il est engagé dans l’islam politique. Il voulait vivre en Algérie, sa femme étant algérienne. Surtout qu’à un certain temps, il voyait le FIS (Front Islamique du Salut) arriver au pouvoir en Algérie. Il voulait aussi participer à la construction de cette république islamique. Mais, il y a eu la rupture des islamistes avec l’ex-Président algérien Chadli Ben Jdid qui a renversé la tendance. Belliraj a estimé qu’il devait aider le FIS à s’imposer en Algérie.

Il serait donc engagé auprès du FIS et ce serait pour le compte de ce Front qu’il aurait introduit ou fait introduire des armes au Maroc pour les acheminer ensuite en Algérie ?
D’après les connaissances auxquelles il est parvenu, ces armes étaient propriété du FIS qui les enterrait au Maroc, soit en provenance de l’Europe, soit de retour d’Algérie, pour pouvoir négocier avec Bouteflika et arrêter les actions militaires qui étaient menées par les « jamaàt moukatila » (les groupes des combattants).

--------------------------------------------------------------------------------
L’unique demande de Belliraj au juge d’instruction

Est-ce que la femme de Belliraj est toujours en relation avec son mari, sachant que d’après certaines informations, elle aurait déménagé du domicile conjugal et se ferait aider par un avocat pour protéger sa vie privée en affirmant qu’elle ne savait rien de la vie de son mari avant leur mariage ?
Je peux vous assurer que la seule demande que Belliraj a présentée au juge d’instruction, c’est de pouvoir parler avec sa femme.

En a-t-il obtenu l’autorisation ?
Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il a présenté une demande écrite à ce sujet par le biais du directeur de la prison.


Le Reporter
Entretien réalisé par B. Amrani et Mohamed Zainabi



Europe       Maroc
www.europemaroc.com