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Amen....... Amendis!


Aujourd'hui 7 % à 8 % des marchés de l'eau et de l'assainissement ont été libéralisés (c'est à dire cédés aux monopoles privés) dans le monde. Les résultats dans les pays du Tiers- Monde sont décevants sur tous les plans : au niveau de l'efficacité du service, au niveau du rapport qualité/prix et au niveau du bien- être social d'une manière générale.

Au Maroc, un autre contrat,  de grande envergure, de gestion déléguée de la distribution d'électricité, d'eau potable et du service d'assainissement liquide a été attribué  par Basri et compagnie (encore une autre affaire à mettre sur le dos de Basri) en 1977, à  LYDEC (La Lyonnaise des eaux), filiale du groupe français Suez, en commençant par la plus grande ville du Maroc,  Casablanca (4,5 millions d'habitants) et Mohammedia.  Des recettes qui se chiffrent en centaines de milliards de Dh mais les investissements programmés sont toujours en attente.

Comme n'importe quel investisseur privé, SUEZ a obtenu un  contrat juteux dans des domaines vitaux et où il y a des profits considérables et aucun concurrent: l'eau, l'électricité et l'assainissement liquide.  SUEZ n'est pas allé s'installer au Maroc pour offrir aux Marocains une eau de qualité ou gérer leurs déchets. Son unique et principal objectif est de réaliser le maximum de bénéfices.

Face aux prix imposés par le monopole de Suez, les ménages marocains, les hammams, les hôtels, restaurants, cafés, etc. se sont  rappelés les méthodes des ancêtres, tout en appliquant l'adage selon lequel "On est jamais mieux servi que par soi-même": forer son propre puits et installer des panneaux solaires pour réduire la facture du monopole.

Un autre groupe géant français, Veolia Environnement (ancien Vivendi environnement, a eu également sa part de gâteau en s'emparant de deux villes de plus deux millions d'habitants: Rabat et Salé. Le groupe Veolia ne s'est pas contenté de ces deux villes, il a aussi obtenu, via sa filiale Amendis, le contrôle total de la distribution d'eau et de l'électricité de la région de Tanger-Tétouane (près de 2,5 millions d'habitants.

La gestion déléguée, ou plutôt téléguidée, des services publics aux entreprises privées n'a pas vraiment apporté aux consommateurs la modernisation espérée et on ne peut pas affirmer ni prouver que la gestion privée de ces services est plus efficace que la gestion publique.

Les ménages marocains ont très vite goûté à l'efficacité de la gestion privée : irrégularité de la facturation, explosion des prix de l'eau et de l'électricité (plus de 35% pour l'eau), mauvaise qualité de l'eau (la consommation d'eau de Casablanca est déconseillée aux touristes), les investissements promis traînent et demeurent timides  et les Marocains n'ont jamais eu autant de coupures de courant. Mais la rentabilité est très satisfaisante.

























Amendis Martil : la pagaille
C'est la pagaille et le désordre général dans cette agence. La société a installé ses locaux tout simplement dans un ancien bâtiment public datant du protectorat espagnol. Bâtiment vétuste, trottoirs défoncés, des déchets aux alentours en quantité et un marécage où se déversent les égoûts de toute la ville de Martil et une partie de la ville de Tétouan (je vous épargne les odeurs et les moustiques).

Les locaux sont sales, trois guichets pour l'encaissement, mais on ne se bouscule pas devant les caisses, les trois employés en effet tournent leurs pouces. Au coin du local, il y a deux autres employées, chargées de traiter les demandes de raccordements, et qui font face à une longue file d'attente. Nous sommes au mois d'avril, loin des périodes de pointes comme en juillet et en août.

Au fond de ce hall, il y a le directeur de l'agence enfermé dans son bureau, séparé par une simple cloison et deux ou trois locaux vides complètement délabrés,  un coin ressemblant à une cave qui sert de local de prière et les toilettes qui n'ont de toilette que la forme.

Pause-café, pause-thé, pause -prière, pause- sandwich et pause- bakchich
Deux employées accueillent les nouveaux clients, encodent les coordonnées et  font une nième pause.
Au Maroc, les employés du public comme du privé font de multiples pauses : pause-café, pause- thé, pause -prière, pause -sandwich sans oublier la pause -bakchich. Armez -vous de patience, chez Amendis les pauses durent.

La salle est bondée de nouveaux clients, en majorité des RME. Certains sont lassés de jouer le va-et-vient depuis de nombreux jours. Une employée arrive et déclare à un client qu'elle attend la réponse de Tétouan. Le ton monte, certains clients ne comprennent pas les raisons de cette lenteur. Un autre client crie son indignation à côté dans le bureau du directeur. Une ambiance électrique pour des clients qui souhaitent avoir de l'électricité.

Dans ces conditions, il était sage de partir et de revenir plus tard.  L'après midi, même spectacle, une vingtaine de clients attendent leur tour. Encore attendre et toujours attendre, c'est un sport national.

Nous ne sommes pas dans un pays en voie de développement mais dans un pays en attente éternelle pour un développement qui tarde à venir. Mais en attendant, on découvre une quantité impressionnante d'histoires de tracasseries des clients d'Amendis. C'est hallucinant toutes les tracasseries que vous pouvez entendre ou subir pour un simple raccordement à l'électricité.

Le client n'est pas roi dans le royaume d'Amendis
L'employée affirme  qu'elle ne peut rien faire sans la réponse de Tétouan.  Il est 17h et soudain, la sirène d'alarme s'est déclenchée et tous les ordinateurs se sont éteints : c'est la coupure générale d'électricité !!!  Incroyable mais vrai, une coupure d'électricité au mois d'avril au siège de la société de distribution d'électricité. Voilà l'efficacité de la gestion privée.

Les nouveaux clients ont bien rigolé: la journée est terminée, mais les employés ne peuvent quitter le bâtiment, car Amendis a introduit une touche de modernité pour contrôler le personnel en installant le pointage électronique à l'aide d'un badge (Il faudrait brancher des caméras pour enregistrer les scènes quotidiennes qui se passent dans cette agence) Mais, comme il n y a plus d'électricité, la pointeuse du personnel est en panne et les employés devraient attendre le retour du courant !

On a quand même réussi à déposer la demande de raccordement en fournissant un dossier complet. Le troisième jour, retour chez Amendis, la file d'attente s'est déjà formée. Une autre matinée d'attente pour rien. L'après midi, malgré un dossier plus que complet et le logement à raccorder qui se trouve dans une nouvelle résidence, dont la majorité des habitants sont déjà raccordés à l'eau et à l'électricité, l'employée prétend qu'il y a un problème dans cet immeuble et qu'il faudrait attendre l'examen d'un technicien d'Amendis qui devrait aller sur place !

Elle nous fournit, à notre demande, le nom du technicien qui est censé se trouver à l'extérieur ; on le retrouve à l'étage. Il connaît bien l'immeuble, il encode un message dans le fichier destiné à l'employée du rez-de-chaussée et nous demande de lui téléphoner sur son portable pour  nous accompagner et effectuer le raccordement attendu.  On retrouve de nouveau notre employée, et curieusement et par miracle du message électronique du technicien, il n y a plus de problèmes dans l'immeuble, on signe le contrat, elle encaisse les frais de raccordement et il n'y a plus qu'a attendre le passage du technicien  pour le raccordement.  Cette même employée marocaine n'hésite pas à rappeler aux clients qu'elle a la nationalité espagnole (probablement une Marocaine de Sebta) et qu'elle n a des problèmes qu'avec les clients marocains.

Fatigués, découragés et dégoûtés, on a quitté Martil sans rappeler le fameux technicien qui devait passer effectuer le raccordement et qui espère toujours avoir son bakchich.
Résultat, trois jours de perdus à Martil et retour de notre RME en Europe, sans avoir effectué ni le raccordement d'eau ni d'électricité.

Renseignements pris sur place, si on avait glissé quelques billets à ces employés, on aurait pu avoir les raccordements en une matinée!

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