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Réflexions sur l¹agriculture :
Comment relever les défis qu¹affronte le secteur agricole


Serait-ce une critique positive de dire que vu l¹état de l¹agriculture aujourd¹hui, les marges de progrès sont immenses et multidirectionnelles ?

Parmi les axes de développement, certains sont très budgétivores : petits et moyens barrages à vocation agricole, généralisation de l¹irrigation localisée Š d¹autres, s¹appuyant sur la ressource humaine sont proches du «zéro budget» : Redynamisation et réorientation de l¹encadrement, étude ciblée des expériences en bour dans des pays plus avancés que nous dans ce secteur, amélioration de la circulation de l¹information de bas en haut dans les offices et DPA Š

Petits barrages à vocation agricole 
Le périmètre irrigué du Tadla est celui des Beni Moussa, rattaché au barrage de Bin El Ouidane. Il en existe un autre, cinq fois plus petit (20 000ha contre 100 000), irrigué par le barrage de Zidania. Ce dernier est incomparablement plus petit que le barrage de Bin El Ouidane, (un rapport de 1/200 ou 1/300) et bien moins coûteux.

Sans vouloir mettre en compétition les grands barrages hydroélectriques type Bin El Ouidane et les petits barrages d¹irrigation « au fil de l¹eau » type Zidania, les sites pour petits barrages sont plus nombreux, l¹hectare irrigué revient moins cher, le dragage y est une opération d¹entretien courante (chose impossible dans les grands barrages), l¹évaporation est comparativement négligeable (en effet le lac de Bin El Ouidane a une surface de l¹ordre de 100 km?, contre moins de 0,5km? pour la retenue d¹eau de Zidania).

Les petits barrages produisent peu ou pas d¹énergie, mais ils permettent d¹en économiser. En effet, à raison d¹un forage pour 10ha, les 20 000ha du périmètre des Beni Amir évitent le creusement de 2000 forages qui coûterait environ 300 Millions de dh, pour une facture énergétique mensuelle de l¹ordre de 20 Millions de dh ce qui est une contribution à l¹allègement de la facture énergétique nationale.
L¹objectif «plus une goutte d¹eau douce à la mer» a fait l¹objet de nombreuses controverses. Il risque de s¹imposer de lui-même dans les années à venir vu l¹insuffisance récurrente de la production céréalière mondiale sur les 7 dernières campagnes agricoles.
Une évaluation de l¹impact de quelques dizaines de barrages au fil de l¹eau » sur la dynamique des nappes phréatiques est cependant nécessaire.

Généralisation de l¹irrigation localisée
Les raisons en sont évidentes. A noter les écarts inexplicables entre les niveaux d¹équipement des différents offices d¹irrigation. Certains (Doukkala) sont équipés en aspersion, et amorcent une transition vers le goutte à goutte, tandis que d¹autres fonctionnent en gravitaire avec tout ce que cela implique de gaspillage d¹eau, de remontée et de pollution de la nappe, bref, d¹intoxication par l¹eau, ce qui est pour le moins paradoxal dans un pays aride.

Redynamisation de l¹encadrement
Les petits agriculteurs sont livrés à eux-mêmes surtout en zone bour. Ils n¹ont pas les moyens ni le réflexe de s¹informer, en particulier pour des productions qu¹ils considèrent (à tort) comme maîtrisées et élémentaires : céréaliculture et élevage ovin par exemple.

Le système coopératif est la voie royale pour l¹élévation du niveau technique, comme le prouvent les performances du Souss. Mais l¹esprit coopératif ne se décrète pas. Cela marchera par endroits et ça échouera sans doute plus souvent. Par contre les CT et CMV existent partout, délabrés, sans moyens, avec un personnel réduit et démotivé, mais pas nul. Ils peuvent effectuer des missions ciblées et limitées, offrir tout au moins un cadre formel à la vulgarisation . Les parcelles de démonstration et leurs frais de fonctionnement peuvent être mis à disposition par des exploitants privés soucieux de participer au développement de leur région, ou à la recherche de prestige et de reconnaissance, tout en profitant d¹un encadrement technique dense et gratuit.
Les missions pourraient être 

* Déterminer la dose optimale de semence en céréaliculture. La dose recommandée est de 70 à 100kg /ha en bour. Dans la réalité elle atteint 200 voire 500kg /ha, ce qui est une aberration.
* Mécaniser la récolte des légumineuses pour en réduire le coût : la fauche manuelle peut coûter 1000dh/ha contre 250dh/ha pour la moisson mécanique. Là encore la dose de semences est de 100 à 120kg/ha alors que la SONACOS recommande 30kg/ha. Sachant que la semence coûte 8 à 10dh/kg, le coût des semences devient rédhibitoire. Améliorer le rentabilité des légumineuses en bour permettrait de revenir à un assolement rationnel céréale / légumineuse.
* Vulgariser la fumeure minérale raisonnée.

Etude des expériences bour à l'étranger
Certains pays ont développé leurs techniques culturales en zone semi-aride : Australie, Brésil, Inde, Chine, Etats-Unis Š. Ces techniques sont peut-être transposables à nos conditions au moins en partie. Par exemple le semis direct et le semis sous couvert se développent dans les immenses fermes brésiliennes et dans les micropropriétés malgaches, la Tunisie étudie l¹intérêt de ces techniques et les adapte à ses conditions, peut-être devions nous essayer ou plutôt réessayer de les vulgariser au Maroc.
En particulier, le Brésil vulgarise des semoirs à traction animale pour le semis direct. Cette méthode évite le labour, elle est très indiquée pour les zones de montagne : en effet, comme elle respecte l¹intégrité de la structure du sol, elle contribue à la lutte anti-érosive tout en améliorant les revenus agricoles des petites et micro-exploitations.

Créer une dynamique de circulation de l¹information de bas en haut 
Il me semble que les structures d¹encadrement, de gestion et même de recherche fonctionnent de façon relativement passive, chacun attendant les « Instructions d¹en haut » pour agir. Le réel manque de moyens ne justifie pas la rareté des initiatives. On peut réamorcer une dynamique de remontée de l¹information et même de propositions des agriculteurs aux techniciens, des techniciens aux ingénieurs et ainsi de suite. Les subalternes doivent être encouragés à observer et proposer, par des réunions, des «boîtes à idées», des cellules dédiées à l¹innovation sur un modèle déjà expérimenté par l¹OCP. Faute de quoi nous aurons des pyramides d¹exécutants démotivés, en manque de valorisation, avec à leur tête une hiérarchie coupée du terrain.

Les liens entre les diplômés de l¹enseignement agricole et leurs anciens enseignants doivent être établis ou réactivés. Internet permet à chaque technicien de s¹adresser à son institut, à chaque ingénieur de consulter des professeurs de l¹IAV ou des chercheurs de l¹INRA, pour le plus grand profit de l¹enseignement, de la recherche et de l¹encadrement.

Tracteurs et unités de production d¹aliment bétail
Il est courant d¹entendre dire que l¹insuffisance des moyens mécaniques, du parc de tracteurs en particulier, handicape le développement de l¹agriculture. Pourtant, bon an mal an, la surface céréalière est labourée en temps utile, on ne rencontre pas d¹agriculteurs ayant renoncé à cultiver tout ou partie de leurs champs faute de moyens mécaniques. Plus : la surface consacrée aux céréales au Maroc est de plus de 5 Millions d¹hectares alors que la surface apte à cette culture est de 4 Millions d¹hectares. Cela veut dire que notre parc suffit pour labourer 125% de notre potentiel céréalier réel. On est loin du manque de tracteurs.
Il ne faut pas tomber dans le piège de la surmécanisation, de la « surtracteurisation », cela coûterait des fortunes en devises et alourdirait inutilement la facture pétrolière.

Par contre il serait intéressant de comparer la surface de céréales semée manuellement et celle semée mécaniquement. Le manque de semoirs mécaniques est flagrant, avec tout ce que cela implique au niveau de la qualité du semis : gaspillage de semences, répartition aléatoire des graines Š l¹explication est simple : l¹agriculteur fait le choix entre un processus mécanique et un processus manuel sur le seul critère du coût à l¹hectare, qu¹il s¹agisse de semis ou de récolte : * Un ouvrier agricole peut semer un hectare en moins de 2h, soit quatre hectares en une journée, pour un salaire journalier de 50dh. Le prix du semis manuel est donc de moins de 15dh/ha le semoir est obligatoirement plus cher, le seuil de rentabilité doit être de 150dh/ha à peu près.
* Une moissonneuse batteuse moissonne 1ha de bour pour 200dh à peu près, et 350 à 450dh pour un hectare irrigué. Le même travail exigerait 10 à 15 journées de travail à un prix de 1,5 ou 2 SMAG soit 700 à 1000dh. C¹est pourquoi la quasi-totalité de la moisson s¹effectue mécaniquement, même en terrain accidenté.

Unité d¹aliment bétail
Produire un aliment bétail consiste à mélanger un certain nombre d¹aliments de base (tourteaux d¹oléagineux, céréales, sous-produits de l¹industrie agro-alimentaire Š) suivant des formulations préétablies. L¹avantage est de mettre à la disposition de l¹éleveur des aliments équilibrés adaptés, vache laitière, vache tarie, taurillons à l¹engrais Š la manipulation est facilitée ainsi que la gestion des stocks, d¹où une économie de travail.

En fait, les éleveurs utilisent très peu ces aliments. D¹abord ceux-ci sont chers : au prix d¹achat des composants il faut ajouter le prix de la transformation qui dépend entre autres de la consommation d¹énergie, et la marge de l¹industriel. Ensuite la composition n¹est pas forcément garantie, et il y a un problème de confiance, justifié à mon avis.

Enfin, l¹économie de travail n¹est pas un argument de poids. La structure des troupeaux (moins de 5 vaches en général) donne à la main d¹¦uvre un caractère familial, et même lorsqu¹on a affaire à une main d¹¦uvre salariée, l¹économie réalisée grâce à l¹utilisation d¹aliment composée est minime vu la faiblesse du SMAG. Autre argument « contre » : la tracabilité des aliments simples (soja, tourteau, maïs Š) est déjà très insuffisante voire inexistante, qu¹en sera-t-il quand ces aliments seront mélangés au cours d¹un process industriel ?
Il y a plus de contre que de pour, et l¹éleveur se cantonnera, à juste titre, à des valeurs sûres et relativement meilleur marché, qui sont celles utilisées actuellement. Tout au plus pourrait-on élargir le choix à d¹autres sous produits de l¹agro-industrie, dérivés du manioc, de l¹arachide etc. Si la création d¹unité d¹aliment bétail est jugée indispensable, le contrôle qualité devra être draconien pour rétablir la confiance des utilisateurs.

Abou El Harith
Al bayan
(12/21/2006)

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