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L'autonomie du Rif


Entretien avec Chakib Al Khayari, président de l'Association Rif des droits de l'Homme (ARDH)
L'autonomie pour la région du Rif : un débat qui a investi récemment toutes les tribunes associatives, médiatiques et politiques de la région. Partisans et détracteurs avancent leurs argumentaires respectif. Rencontre avec Chakib Al Khayari, président de l'ARDH.

Libé : Pourquoi a-t-on abordé récemment la question de l'autonomie du Rif?
Chakib Al Khayari : Ce n'était point une question à l'ordre du jour de notre Association, mais en tant qu'acteur associatif dans la région, j'ai estimé qu'il est de mon droit d'apporter mon opinion sur un débat imposé par certaines parties actives dans le paysage culturel amazigh. D'ailleurs, nous avons tous été surpris qu'une grande banderole soit brandie lors des défilés du 1er mai par des jeunes affiliés à des associations amazighes.

C'est peut-être un droit, non ?
Je ne conteste pas le droit de quiconque à s'exprimer sur une affaire de cette ampleur. Mais, pourquoi maintenant ? Quel est le message qu'on veut véhiculer lorsqu'on met cette revendication au-devant de la scène? Enfin, nous sommes en droit de nous interroger sur le timing approprié de cette revendication.

Pourquoi ce n'est pas un timing à votre avis?
Personne n'ignore la conjoncture dans laquelle intervient cette revendication. D'abord, le Maroc a offert officiellement un plan d'autonomie pour les régions du Sahara dans l'objectif de mettre fin à plus de trente ans de conflit sur une question artificielle. La résolution de la question du Sahara ouvrira peut-être les portes grandes ouvertes à plusieurs questions au Maroc dont notamment la vision d'un Maroc à dimension régionale, à ce moment-là nous pouvons en discuter. Donc à chaque temps ses questions. Brandir cette revendicationà l'heure actuelle peut paraître comme un chantage fait à l'Etat marocain, ce qui n'est pas approprié.

Mais quelle est l'origine de cette revendication?
Il y a sept ans de cela, le Congrès mondial amazigh avait importé cette idée de la région kabyle en Algérie après la vague de répressions commises à son encontre; il a réussi à transplanter l'idée au sein de certaines associations amazighes marocaines, mais il faut dire que cette revendication n'est jamais présente dans le cahier revendicatif du mouvement amazigh authentique marocain, ou des composantes sociales de la région. Bien plus, aucun débat n'a eu lieu dans la région autour de cette question avant cette date.

Ce n'est que dans les trois dernières années que cette discussion a trouvé son chemin vers l'espace public, mais sans encadrement objectif ni argumentation judicieuse.

N'y a-t-il pas d'origines historiques à cette revendication?
Certes, les défenseurs de cette thèse d'autonomie s'appuient sur les origines historiques notamment la république rifaine et le soulèvement de 1958-59, et prétendent que les Rifains ont exprimé lors de ces deux phases historiques leur volonté de s'autogérer loin de la tutelle coloniale ou makhzénienne, mais il est intéressant de rectifier l'histoire. Commençons d'abord par la république rifaine, celle-ci n'a jamais été constituée sur une base ethnique ni tribale encore moins régionale, la preuve est que plusieurs tribus, n'entrant pas dans le cadre de la colonisation espagnole, s'y étaient ralliées.

A un certain moment, l'influence de cette république a atteint les alentours de la ville de Fès. Pas la peine d'allez très loin, la zone Ikalliyen, composant actuellement la majeure partie du territoire provincial de Nador, n'était jamais sous l'emprise de cette république qui était composée des tribus du Rif central, des tribus Ghoumaras et d'une partie des tribus Jebalas.

Faut-il rappeler que même l'hymne national de cette république était en langue arabe classique, puisqu'il était l'œuvre du poète palestinien Ibrahim Toukan. Donc, aucune tendance discriminatoire, ni ethnique contre le reste des Marocains.

Et pour le soulèvement de 1958-59 ?
Franchement, il faut dire d'abord que plusieurs éléments historiques relatifs à ce soulèvement ne sont pas encore totalement élucidés du point de vue de l'analyse historique.
La raison est simple, c'est l'absence de documents et de témoignages vivants. Certes, il existe quelques documents superficiels et certains témoignages, mais l'analyse objective ne peut jusqu'ici les considérer au rang de vérités historiques. Les circonstances politiques de cette affaire ne font d'ailleurs, aucune allusion à cette revendication d'autogestion.
Supposons que cela soit le cas et que cette revendication soit avancée aujourd'hui.
Je ne suis pas d'accord. Je vais dire que les conditions qui ont produit cette revendication ont été particulières et qu'elles ne sont pas transposables dans notre contexte historique, politique et social actuel.

Pourquoi cette position à votre avis ?
D'abord, la région du Rif a souffert d'une exclusion systématique violente depuis l'indépendance. Cette situation a été accompagnée par plusieurs phénomènes négatifs dont l'exode et l'immigration détruisant ainsi la base agricole de la région et la production, le trafic de drogue ainsi que le phénomène de contrebande au niveau des deux villes marocaines occupées Sebta et Mellilia. Si l'on ajoute la mafia maritime sévissant dans la région, l'absence d'une infrastructure et la corruption généralisée, on se trouve dans une région qui nécessite d'abord une mise à niveau structurelle.

Est-ce une raison tangible?
Oui, quand la corruption sévit dans l'administration et les collectivités et à tous les niveaux de la vie sociale et économique, cela veut dire que le Rif ne dispose pas encore d'élite politique et administrative qui pourrait gérer l'autonomie. Encore une fois, une phase de mise à niveau est indispensable.

Mais on dit que les dépositions bancaires du Rif sont les deuxièmes au Maroc ?
Tout le monde sait d'où provient cet argent, et ce n'est pas avec cela qu'on va mettre en place un système d'autonomie quand même !!!!!

C'est une revendication à reporter donc selon vous?
Ecoutez, la revendication en elle-même est saine et judicieuse, mais il faut la lier au contexte politique et historique. Elle est actuellement suscitée dans une conjoncture critique pour le pays. On est en train de débattre de l'autonomie du Sahara. Brouiller les cartes en revendiquant l'autonomie pour le Rif, et je ne sais pas qui pourrait entrer en ligne encore, est un manque de maturité et un acte politique irréfléchi et même irresponsable. C'est même un opportunisme politique des plus pernicieux.
Que faut-il faire donc?

Actuellement, il y a lieu de repenser le débat collectif loin de tout esprit d'exclusion des individus, des groupes ou des questions pertinentes. L'idée doit être en phase avec les possibilités et potentialités subjectives, objectives et sociétales. D'où la nécessité de bannir précipitation et chantage politique malsain.

Libération
Nouri Zyad

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