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"Le roi ne doit pas s'imposer comme acteur hégémonique"        


Dans cette interview, M. Abdelmoumni a tenu à s'exprimer à titre personnel

Comment voyez-vous l'action de la Fondation Mohammed V ?
J'ai une grande gêne à l'égard de cette fondation. C'est un organe qui relève de la volonté de l'autorité publique, du financement public, des finalités et objectifs du gouvernement. Mais qui ne relève pas d'un choix public responsable qui passe par un gouvernement et un Parlement. Il y a un problème d'institution : soit on considère que c'est un organe de l'Etat et à ce moment-là, il est normal qu'elle s'occupe des prérogatives de mission gouvernementales avec des moyens étatiques et il faut, dans ce cas, qu'elle relève du programme gouvernemental. D'où l'obligation de rendre des comptes à  travers le Parlement.

Soit c'est un organe à connexion purement privée, auquel cas et comme toutes les fondations qui sont présidées par des têtes couronnées, il ne  devrait pas puiser dans les ressources de l'Etat et s'imposer par  rapport au  privé comme étant le seul et unique acteur de la société civile. Quand un Othmane Benjelloun ou encore un Akkhenouch font des contributions importantes à la Fondation Mohammed V au détriment d'autres acteurs de la société civile, pour eux, c'est une manière comme une autre de se rapprocher du véritable centre de pouvoir, d'être plus près du  sérail, en somme. Mais quand ce sont les offices publics, nous sommes alors dans une situation de détournement des ressources publiques.

On cite beaucoup la Fondation non en tant qu'institution mais comme faire-valoir du roi. On se retrouve alors avec des aberrations comme la question des MRE. Un beau jour, on a décidé que les MRE allaient avoir un traitement de faveur dont sont exclus les autres citoyens marocains. Personne ne peut critiquer ou discuter cette décision du simple fait qu'elle a le sceau royal.

Comment percevez-vous l'omniprésence du roi dans le domaine du social ?

Je ne considère pas que le roi doive s'effacer du domaine social mais il ne doit pas s'imposer comme acteur hégémonique ni avoir un rôle qui peut être considéré par le reste de la société civile comme un négateur. Il en va de la crédibilité de cette fondation et de l'action sociale en général. C'est d'abord un problème de transparence. Quand le roi s'impose de cette manière, on ne peut pas avoir de garantie quant à la transparence des comptes de cette fondation. Cela veut dire également que ce qui s'est passé à Al Hoceima au lendemain du tremblement de terre ne doit pas se reproduire.
Quand le roi se pose comme l'unique décideur au sein de l'autorité étatique, comme acteur hégémonique de la scène économique, sociale et politique, cela devient dangereux. Cela veut dire tout simplement une infantilisation dangereuse de toute la machine étatique.

Quel est l'impact de la Fondation sur le reste de la société civile ?

La Fondation est en train de consommer tout le capital symbolique, le capital crédibilité du mouvement associatif. Elle a certes les ressources financières mais pas les moyens humains pour atteindre ses objectifs. Elle n'a pas également une logique de responsabilité, d'efficacité et de transparence. Si l'on considère que les associations sont largement représentées par la Fondation dans la perception du public, elles n'ont plus de présence dans l'esprit des gens. Il y a une tendance naturelle à renforcer le lien entre le concept associatif et la démarche de clientélisme. On détourne dans ce cas-là le rôle d'une association. Elle devient un simple prestataire de service, un bureau d'exécution au profit de ce qui est perçu comme étant l'Etat.

On reproche à la Fondation Mohammed V de naviguer à vue, qu'en pensez-vous ?

La Fondation marche clairement dans le concept de conseiller royal. Elle doit également avoir la visibilité qui sert de support à la visibilité du roi.
L'environnement monarchique n'est pas encore parvenu à s'émanciper de la logique du Makhzen d'il y a deux siècles. Il se construit dans la logique de durer au jour le jour sans aucune visibilité. Une logique admissible dans un environnement stable mais qui ne l'est plus dans un environnement où les réalités et les attentes des citoyens évoluent très rapidement.

Croyez-vous que la création de cette institution s'est faite pour contrer la présence des islamistes sur le terrain social ?
Ce n'est qu'un facteur parmi d'autres. A son avènement, le roi a décidé de donner des signaux de libéralisation sans pour autant céder des espaces de pouvoir et d'action réels. On a vu la monarchie créer des associations, des conseils consultatifs, des agences… pour marginaliser l'action gouvernementale et le Parlement. Le pouvoir a également bridé les responsabilités des élus locaux à travers le ministère de l'Intérieur, les initiatives économiques à travers le tandem CGEM/ONA, l'action civile et sociale à travers la fédération et le discours du Palais. C'est une politique systématisée de présenter le Maroc comme étant un espace d'expression réservé à la monarchie. Le roi décide de faire du bien comme il l'entend à travers ses conseillers et ses affidés.
La tactique qui relève de la surévaluation des actes du roi est certes bénéfique à court terme. Elle est par contre suicidaire à long terme. C'est une démarche qui enraye le processus d'apparition et de maturation d'une société civile mais également d'un Etat de droit dans tout le sens du terme.
Fouad Abdelmoumni
Président de l'Association Al Amana et militant associatif
09-11-2006


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