Le nouveau Maroc selon le Nouvel Observateur

Les élites marocaines rêvent de transformer le royaume chérifien en Floride ou en Californie de l'Afrique. Mais le peuple, encore accablé de misère, peut-il suivre ? Ou bien se réfugiera-t-il dans un islamisme de tous les dangers ? La réponse dépendra de la capacité du pouvoir royal à moderniser le pays sans déchirer la société.

Marrakechet sa Djamaâ el-Fna et sa médina

Depuis quatre ans,  maisons d'hôtes mais aussi hôtels de charme ou grand luxe poussent bien mieux que les palmiers. Simultanément, les infrastructures ont été développées, sous l'impulsion du très efficace wali (préfet) Mohamed Hassad, ingénieur des Ponts et Chaussées surnommé " le Bâtisseur ". Première destination du royaume, la ville ocre a absorbé, à elle seule, 35% du flux touristique national, dont un million et demi de visiteurs logés dans ses établissements classés. Avec, à la clé, des milliers d'emplois créés. Du coup, après la ville nouvelle et la palmeraie, les investisseurs étrangers et marocains s'attaquent à la périphérie. Quatorze nouveaux hôtels doivent bientôt sortir de terre le long de la route de l'Ourika, avec vue sur les sommets enneigés de l'Atlas.
Le 27 février, ils étaient 200 à manifester devant le tribunal en brandissant des banderoles "Non au tourisme sexuel, non à l'exploitation des enfants". Fin 2005, l'affaire du pédophile français Hervé a brisé un tabou. En février, une quinzaine de personnes ont été arrêtées, elles tournaient des films porno mettant en scène des jeunes filles. "Il se passe de drôles de choses dans certains riads", assure Latifa Liq, de l'Association marocaine des Droits de l'Homme. Marrakech devient la ville de toutes les rumeurs, de tous les contrastes...

Djamaâ el-Fna est un trésor immatériel et inaccessible aux non-arabophones, déclaré en 2001 patrimoine oral de l'humanité par l'Unesco. "Djamaâ el-Fna est désormais protégée de toute construction. Le Club Med et sa piscine, nichés-là depuis 1971, se vantent d'être indélogeables. Le " grand argentier " du foot Jean-Claude Darmon a acheté une des rares maisons qui donnent sur la place. Après l'avoir détruite, il doit la reconstruire à l'identique.
Les autorités, après avoir pavé la place et écarté les taxis, ont mis un peu d'ordre dans les stands de restauration et vendeurs de jus d'orange. Les inspecteurs de l'hygiène tapent sur les mains sales.

Il y a quatre ans, on pouvait trouver un riad d'environ 300 mètres carrés (avant travaux) pour 50 000 euros. Aujourd'hui, il faut débourser cinq fois plus.

Sur les 170 boîtes aux lettres de ce quartier huppé surnommé " derb fashion ", plus d'un quart des habitants sont des étrangers, principalement des Français. Hôtes attentionnés, Pierre et Anne-Marie louent 5 chambres de leur imposant riad pour un peu moins de 100 euros la nuit. "Ça marche bien malgré la concurrence croissanteparce qu'on tient la maison nous-mêmes", assure le couple.

A ce jour, 700 riads de la médina auraient ainsi été retapés, dont 400 sont devenus des maisons d'hôtes. Certes, cette reprise en main a empêché la médina de s'écrouler et a fourni des emplois de domestiques aux gens du quartier... Mais une habitante pose pourtant les limites : "Les Marocains partent vivre à l'extérieur. L'atmosphère qui a attiré les étrangers finit par disparaître.

la palmeraie une merveille de la nature
Une palmeraie plantée au XIe siècle par la dynastie des Almoravides, fondateurs de la ville. La moitié des 6 000 hectares boisés appartiendraient à l'Etat (dont le ministère des Habous et des Affaires islamiques) et l'autre à des propriétaires privés. la pression foncière est croissante : extension des banlieues populaires ou résidences grand standing lovées entre les arbres, comme l'hôtel Palmeraie Golf Beach, le nouveau village du Club Med, ou toutes ces somptueuses villas. Aujourd'hui un hectare se vend jusqu'à 700 000 euros contre environ 5 000, il y a dix ans. la palmeraie est devenue le lieu de villégiature des princes saoudiens qui ont bâti là de véritables palais. Quelque 300 000 arbres doivent être replantés. Et un écomusée doit ouvrir ses portes.

la Mamounia:  "plus beau lieu du monde"
Winston Churchill aurait qualifié le mythique palace de "plus beau lieu du monde", devenant ainsi son meilleur publicitaire. La suite où il a séjourné a été transformée en petit musée à sa mémoire. Pour environ 1 500 euros la nuit, des Britanniques viennent coucher dans son lit, dans un décor très British. Gérés par une société anonyme de droit privé, les 230 suites et chambres et les 5 restaurants appartiennent à des actionnaires publics : la Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine, l'Office national des Chemins de Fer et la municipalité de Marrakech. "La Mamounia appartient au Maroc", s'exclame Mohamed Chab, le nouveau directeur qui vient de succéder à son ami français Robert Bergé, parti à la retraite après onze ans au service. A partir de mai, ce haut lieu de la vie mondaine fermera sept mois, pour une rénovation complète sous la houlette du kitschissime décorateur Jacques Garcia. "Les travaux ne sont pas financés par l'argent du contribuable mais bien par notre budget propre", précise le patron. Il faut bien répondre à la concurrence : les étoiles se multiplient en effet au fronton de l'hôtellerie marrakchie désormais trustée par les groupes Accord, Hilton, Sheraton, Kenzi... ou Aman, qui a construit l'Amanjena, villa hôtelière ultrachic.

le plus gros club d'Afrique du Nord
Samedi, 18 h 30, le chant du muezzin appelle à la prière du Maghreb, celle du soleil couchant. Sur le trottoir du Guéliz, dans la ville nouvelle, le directeur commercial du Tanzania - vendu comme le premier club-restaurant en plein air du centre-ville - distribue lui-même les prospectus publicitaires. Plus tard, dans le quartier de l'hivernage, les premiers clients s'installent dans les sièges moelleux du comptoir Darna, à l'atmosphère rouge et feutrée. Ce bar lounge avec DJ, créé en 2000 sur le modèle du comptoir Paris-Marrakech, a été le premier du genre. Depuis, de nombreux établissements l'ont imité. "Ce qui plaît, c'est ce fin mélange d'Orient et d'Occident", comme l'explique le propriétaire français Marcel Chiche. Une colonne de plantureuses danseuses se met à danser entre les tables du restaurant, parfois dessus, et repartent avec des billets de 200 dirhams (20 euros) entre les seins. 23h30, le Théâtro ouvre ses portes. Dans cette boîte de nuit implantée dans un ancien théâtre par la famille Bauchet-Bouhal, aussi propriétaire de l'hôtel cinq étoiles Essadi et de son casino, une clientèle de jeunes, moitié marocaine, moitié étrangère, vient s'éclater sur de la musique électronique. 2 heures du matin : sur la route de l'Ourika, dans la zone en construction de l'Agdal, 1 500 personnes transpirent sur de la house dans le plus gros club d'Afrique du Nord. Le Pacha, le dernier de la chaîne franchisée, est dirigé par un jeune entrepreneur de 29 ans appartenant à la famille Kabbaj, propriétaire de la chaîne hôtelière Kenzi. "On vient pour s'éclater. C'est génial, Marrakech va bientôt ressembler à Ibiza", s'enthousiasme Ahmed, étudiant casablancais de 19 ans. "Ibiza en plus raffiné, la drogue et le sexe en moins", veut nuancer le service de communication du Pacha. Le week-end, la clientèle est très marocaine. Une jeunesse dorée qui a les moyens de claquer l'équivalent d'un smic local pour s'acheter une bouteille. Malgré la loi qui interdit de vendre de l'alcool aux musulmans, les autorités se montrent tolérantes... Mais à 4 heures, on ferme. Tout le monde au lit. Le nouveau préfet de la région a décidé de resserrer les boulons.


Cinquante ans après l'indépendance...
Le nouveau Maroc
Tourisme, luxe et art de vivre... Les élites marocaines rêvent de transformer le royaume chérifien en Floride ou en Californie de l'Afrique. Mais le peuple, encore accablé de misère, peut-il suivre ? Ou bien se réfugiera-t-il dans un islamisme de tous les dangers ? La réponse dépendra de la capacité du pouvoir royal à moderniser le pays sans déchirer la société. De Rabat à Marrakech en passant par Tanger, " le Nouvel Obs " dresse le portrait d'un Maroc en mouvement

" Gouverner, c'est pleuvoir "
Au Maroc, la pluie change tout. il faut savoir qu'ici, au Maroc, des régimes politiques, des dynasties se sont effondrés à la suite de grandes sécheresses, raconte Mohammed el-Faïz, professeur à l'université de Marrakech, auteur des " Maîtres de l'eau " , ouvrage sur l'histoire de l'hydraulique au Maroc. Les Almohades, par exemple, qui régnaient sur un royaume dont les deux grandes capitales étaient Marrakech et Séville ont disparu à la suite de terribles sécheresses. Hassan II a connu, lui aussi, des moments difficiles à cause du manque d'eau. Toutes ces données sont inscrites dans la conscience populaire. Alors quand la pluie tombe, le pays rayonne." Du temps du protectorat français, le maréchal Lyautey avait lancé cette formule célèbre : "Au Maroc, gouverner, c'est pleuvoir."

10 millions de touristes en 2010
La médina, la mosquée de la Koutoubia, la Palmeraie et ses villas luxueuses, "comme à Hollywood", les centaines de riads, ces petits palais privés transformés en chambres d'hôte, souvent par des Français, les souks, cette planète magique de la " Perle du Sud ", Mustapha en connaît tous les recoins, toutes les rumeurs aussi. Il peut vous conduire au Pavillon, le restaurant où Oliver Stone, Hugh Grant, Colin Farrell viennent dîner quand ils sont de passage, il peut vous susurrer le nom de la boîte de nuit où descend Jamel Debbouze. Il peut vous annoncer que la Mamounia, le fameux palace où dorment les stars du cinéma américain, va fermer neuf mois pour travaux de restauration. Mounir y a vu entrer Zidane, son idole, et toute sa famille. David Beckham aussi. Les beautiful people devront émigrer vers d'autres palais, comme le Ksar Char Bagh, sublime reconstitution de l'Alhambra de Grenade, au coeur de la Palmeraie. Dans ce palais d'hôte qui semble avoir été construit par un architecte almoravide, les milliardaires en mal de discrétion viennent goûter aux plats de Damien Durand, jeune chef au look baba cool, sorti de chez Ducasse, Hermé et Robuchon.

Un groupe des Emirats compte investir des millions de dollars dans une usine de neige artificielle pour ouvrir un domaine skiable " à l'autrichienne ", à perte de vue, qui fonctionnerait en toute saison. Objectif des pouvoirs publics : faire de cette région de l'Atlas un nouveau Megève. Utopique ? Dans le cadre du plan Azur, programme ambitieux orchestré par le roi, qui vise à attirer 10 millions de touristes au Maroc en 2010, la wilaya de Marrakech est en première ligne. Ambition des décideurs marocains : faire de cette région la Floride de l'Afrique. Avec des touristes plutôt haut de gamme. Leurs activités sur place ? La plage à Essaouira, le ski à Oukaimeden, la culture et le golf à Marrakech. Palm Springs aux portes du désert. Gstaad, Saint-Tropez et Miami dans le même packaging. Projet babylonien. Le tout dans un rayon de 100 kilomètres. "Ce n'est pas un caprice, explique Mounir Chraibi, wali (préfet) de la région de Marrakech. Ces grands programmes ont pour seul objectif la bataille de l'emploi. Nous ne pourrons sortir notre pays des difficultés qu'il traverse qu'avec une ambition qui est celle de procurer un travail à chaque Marocain." A Marrakech, la prospérité passe par le palmier. " Nous avons créé une pépinière de 15 hectares, dit Omar el-Jazouli, le maire de la "Perle du Sud". Nous allons produire 80 000 pieds par an. " Il faut protéger la ville-jardin dans l'immense chantier à ciel ouvert qu'est devenu Marrakech. Des programmes immobiliers fleurissent par dizaines, les grands groupes hôteliers mondiaux investissent . Montant de cette manne en 2005 : 3 milliards d'euros.

Mounir Chraibi fait partie des jeunes quadras qui ont décidé de " rester au pays ". Diplômé de Polytechnique en France, il aurait pu, comme de nombreux membres de l'élite marocaine, pantoufler dans un grand groupe français ou européen. Ici, il gagne cinq à dix fois moins que ses camarades qui ont choisi le privé. Lucide, pragmatique, il connaît les difficultés du Maroc, l'héritage des années de plomb, les dangers de l'islamisme , le drame de l'analphabétisme en zone rurale, la situation encore fragile des femmes malgré la loi sur l'égalité des sexes, la moudawana imposée par le roi. Mais il tente le pari du développement par le tourisme. Son rêve, comme tous ceux qu'on nomme ici la génération " M6 " ? L'émergence d'une classe moyenne qui produira de la citoyenneté, donc de la responsabilité, donc de l'honnêteté, donc de l'éducation, donc de la démocratie réelle. Après la " Marche verte " de Hassan II dans les années 1970, la " marche bleue " de Mohammed VI...

Pour comprendre ce pays, il faut éviter l'arrogance..."
Depuis l'avènement de Mohammed VI, le tamazight (le berbère) est devenu une langue à part entière, introduite dans les programmes publics et dans les émissions de télévision. On a également mis en avant la darija, l'arabe dialectal du peuple illettré. "La plupart des gens ne comprenaient rien au journal télévisé officiel qui était en arabe classique, raconte Nadfia Essalni, directrice de Yomad, maison d'édition de livres pour enfants, des contes illustrés tirés de nouvelles du grand écrivain Driss Chraïbi. Tout doucement la diversité de notre pays et de notre histoire apparaît clairement. Il n'y a plus cet empire de l'arabité." Pour beaucoup, la politique de Hassan II consistait à laisser le peuple dans l'ignorance, sans instruction, abandonné à l'obscurantisme des imams wahhabites, pour protéger de tout soulèvement le palais, le makhzen, selon l'expression populaire. L'intégrisme, opium du peuple ? Mais la globalisation, internet, les antennes paraboliques ont fait voler cette stratégie en éclats. "Pas à pas, nous avançons dans un regard pluriel de notre société, note Fayçal Laraichi, président des chaînes publiques de télévision. Mais nous le faisons à notre rythme, avec notre société réelle et pas avec celle que les voyageurs pressés croient percevoir." Mohamed Nedali ne fait pas partie du makhzen, qu'on peut aussi traduire par l'" entourage du roi ", et se considère comme un homme libre. A la fin de l'entretien, il glisse au visiteur une anecdote : "Hier, je suis allé me promener. J'ai découvert un étrange spectacle: un enclos parsemé de pierres qui étaient plantées vers le ciel. Cela n'avait aucun sens. J'ai appelé l'endroit"le champ des pierres arrogantes". Pour comprendre ce pays, il faut éviter l'arrogance..."

Entre islam et " movida "
Au coeur du palais royal de Rabat, surnommé par l'opposition la " Cité interdite ", à laquelle on accède aujourd'hui en toute liberté. Dans le bureau d'Ahmed al-Tawfik, ministre des Relations islamiques. Pour réagir à la menace intégriste, le gouvernement lance une grande opération de formation accélérée des 35 000 imams du royaume. Le pays compte 40 000 mosquées. Un guide de l'enseignement coranique va être distribué à tous avant le 15 avril, puis débattu au sein du Haut Conseil des Oulémas. Ahmed al-Tawfik, lui-même soufi, romancier à ses heures (3), professeur d'histoire, a été nommé par le roi, en 2002, pour remettre de l'ordre dans le " clergé " musulman. Sur la pointe des pieds. Officiellement le commandeur des croyants, roi de droit divin, n'a pas de problème avec les imams, puisqu'il est le descendant du Prophète. Dans les faits, depuis les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, le virus de l'intégrisme inquiète. "Nous n'avons pas attendu le 16 mai pour nous intéresser à cette question, souligne Ahmad al-Tawfik. Nous allons équiper 2 000 mosquées d'écrans de télévision pour former nos prédicateurs à travers des programmes adaptés à notre pays." Autre objectif : utiliser les mosquées comme lieux d'alphabétisation pour les adultes. Là encore, Mohammed VI supporte le lourd héritage de son père qui avait laissé libre cours aux " barbus " par anticommunisme. Résultat : la société marocaine, en dix ans, s'est repliée dans la religiosité. Les femmes voilées sont majoritaires, sauf dans les beaux quartiers de Rabat ou de Casablanca. Là aussi, le pouvoir marocain est engagé dans une course contre la montre.

La movida marocaine, c'est un peu la danse des modernes sur un volcan en fusion. "Nous devons faire avancer tous les dossiers en même temps, souligne Mustapha Bakkoury, directeur de la Caisse des Dépôts et de Gestion du Maroc. Nous voulons prouver que le Maroc est prêt à monter dans le train de la mondialisation. C'est vrai, nous sommes pressés, parce que nous sommes un pays en voie de développement, et que nous ne voulons pas rester au bord du chemin. Nous avons les capacités pour réussir. Notre peuple est en train de reprendre confiance en lui. Il a toutes les capacités pour réussir et pour prouver au monde qu'on peut allier la modernité avec le respect de nos traditions." Forme d'autopersuasion ? Mustapha Bakkoury déplie une immense photo aérienne du chantier du futur port de Tanger. Un gigantesque projet de dimension internationale sur la Méditerranée, qui devrait accueillir en 2008 ou 2009, les plus grands tankers du monde. Une immense zone franche jouxte le port, dans laquelle seraient déplacées les activités industrielles de la ville de Tanger elle-même, pour lui redonner le lustre et la légèreté de l'époque de Paul Bowles. Tanger, trait d'union entre le Nord et le Sud, ne serait plus un simple mirage pour écrivains en quête d'orientalisme, mais la passerelle industrieuse entre deux mondes. Comment ne pas souscrire à de si belles ambitions ?


Comment être citoyen moderne dans un régime monarchique de droit divin?
Comment être citoyen moderne dans un régime monarchique de droit divin, aussi démocratique soit-il ? Vers quels chemins se dirige Mohammed VI ? Juan Carlos est-il un modèle ? Ou bien la monarchie anglaise ? Au royaume chérifien, le débat, sur ce thème, reste encore impossible. Bâillonnés durant des décennies, les Marocains font l'apprentissage de la liberté. "Nous sommes dans une situation schizophrénique, dit Réda Allali, leader du groupe de rock Hoba Hoba Spirit. Officiellement, l'alcool est interdit par la loi, mais vous pouvez l'acheter par pack de douze au supermarché. Nous sommes dans un système de prohibition absurde. C'est ce système qui fournit de la main-d'oeuvre aux barbus et aux terroristes, pas seulement la misère matérielle. C'est la misère morale. Ceux qui disent que nous sommes sur un repli identitaire se trompent. Tout simplement parce nous ne connaissons pas notre identité."

Faire face à la misère
Quartier Sidi Bernoussi. Casablanca. Najat M'jid fait une entrée tonitruante dans l'orphelinat Bayti, dans ce quartier pauvre du nord de Casablanca, tout près de la gare Ain Sebaa. Depuis dix ans, cette pédiatre en jeans envoie des équipes mobiles sillonner la ville à la recherche des enfants des rues.
Dans les squats, dans les gares, partout où les gosses trouvent des abris de fortune, elle tente de les sortir de l'enfer. "On compte à peu près 13000 enfants dans les rues des grandes villes du Maroc, dit-elle. Mais ces chiffres sont discutables, sans doute trop faibles, car nous n'avons pas vraiment d'instrument de mesure. Moi aussi, je suis dans une course contre la montre. La plupart des enfants que je récupère sont analphabètes et n'ont plus aucun repère social. Le Maroc n'est pas la Colombie, avec ses gangs de gamins tueurs, mais si nous n'agissons pas vite, nous y allons tout droit." Najat M'jid a une grande fierté : Abderrazak, un de ses " filleuls ", abandonné par sa famille, ancien voleur, a pu vivre grâce au foyer sa seule et unique passion : les chevaux. Il est aujourd'hui jockey au haras royal de Mohammed VI. Et les autres ? Autour du foyer Bayti, des dizaines de douars, des bidonvilles s'étendent le long de la zone portuaire de Casablanca. "Nous allons à Fès, à Meknès, partout où les douars se perpétuent, insiste Najat M'jid. Il faut faire vite...Très vite." La " marche bleue " ne fait que commencer.Serge Raffy
"Marock ", c'est à la fois " la Fureur de vivre " et " la Boum " en version marocaine. A Casa, les rejetons de la bourgeoisie préparent le bac au lycée Lyautey. Ils se font conduire en cours, puis en boîte par le chauffeur de papa. Alcool, drague et raids en BMW sur les boulevards : tout semble permis.
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Source : Nouvel Observateur 09/03/2006


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