2006 - Maroc2007.net
Perspectives 2007
Les 3 D:  démocratie, développement et droits humains

Qu'attendons-nous de 2007 ? Question pertinente qui suscite de multiples et variables réponses, question qui nous pousse à réfléchir sur ce que nous pouvons et voulons en tant que Marocains, réaliser au cours de cette année, à tracer nos perspectives et à nous engager à les mettre en oeuvre.

2007,une année charnière, une année électorale riche en évènements, une année qui va mobiliser tout un chacun, gouvernement, partis politiques, syndicats, société civile, secteur privé et citoyens marocains dans la préparation du prochain quinquennal 2007-2012.

Certains collègues ont déjà eu l'occasion de s'exprimer sur les pages de notre journal Libération sur les perspectives pour 2007, je m'adjoins à eux pour apporter ma contribution à ce débat, soulignant que l'année 2007 sera non seulement l'année de la continuité mais également l'année de la rupture.

Continuité dans les projets et les programmes dans lesquels le Maroc s'est engagé depuis près d'une décennie et qui se résument dans les 3 D, c'est-à-dire démocratie, développement et droits humains ; et rupture avec certaines pratiques qui continuent à entraver les multiples efforts entrepris par les forces politiques, les acteurs économiques et sociaux pour réussir les transitions, et assurer la dignité et le bien-être du citoyen marocain. On peut synthétiser ces pratiques dans le phénomène de corruption qui continue à sévir dans notre pays, les rapports d'autorité qui altèrent l'expression libre, déforment les interactions interindividuelles et bloquent les initiatives, le tout bien sûr est lié à une gouvernance hésitante qui oscille entre fermeté et laxisme.

Certes, la marche vers la démocratie est un choix irréversible pour le Maroc, d'ailleurs un ensemble des textes a été mis au point pour construire les bases de la démocratie et renforcer son fonctionnement, reste que l'exercice de la démocratie rencontre encore des obstacles liés à un son manque d'ancrage dans nos structures sociales et mentales, à l'analphabétisme de près de la moitié de la population, et surtout à l'existence du népotisme et du clientélisme à différents niveaux ; habitudes qui s'avèrent difficiles à bannir. D'ailleurs, les élections du 8 septembre en constituent l'exemple le plus éloquent, quand des députés de la 2ème Chambre ont choisi le recours à la fraude, à l'achat des voies pour se faire élire. La Justice a certes fait son travail et certains parmi eux ont été inculpés et condamnés, mais la présence du phénomène est toujours palpable.

Nous sommes tous responsables. Dans une année électorale, les devoirs de l'Etat, des formations politiques, de la société civile et des citoyens se conjuguent pour réussir une réelle transition vers une démocratie effective. Parvenir à des élections transparentes, sans fraude, capables de faire émerger des institutions fortes, effectivement représentatives de la volonté des citoyens et en mesure de gérer les affaires publiques avec efficacité, avec une majorité forte ,dirigée par un Premier ministre qui sort de ses rangs et qui serait capables de prendre de grandes décisions, d'assumer les responsabilités et d'affronter les grands défis (l'intégrité territoriale, réformes institutionnelles, décentralisation, développement .) du nouveau Maroc ne feraient que renforcer la démocratie dans notre pays.

Les citoyennes en 2007 ne resteraient pas sous-représentées, s'agglutinant autour d'une liste nationale de 10% et demeurant absentes des listes locales ou occupant des places au 3ème ou quatrième rang ; 2007 ne serait pas une reproduction des élections de 2002. Les Marocaines revendiquent leur place véritable sur l'échiquier politique. Ne venez pas nous parler de femmes analphabètes, ou de manque de femmes compétentes, ou nous faire passer le disque que les femmes ne votent pas pour les femmes. Il faut donner aux femmes la part qui leur revient sur les listes locales, les placer en tête de liste et dans des circonscriptions à chance. Elles ont de grandes dispositions, ayez seulement confiance. A défaut de nouvelles initiatives, le quota de 20% de femmes accordé généralement par de nombreux partis doit être obligatoirement exécuté.

Certes, les discussions à haut niveau autour du Code électoral n'ont pas abordé la question du quota des femmes sur la liste nationale, la loi sur les partis politiques ne voulait pas également s'immiscer dans cette affaire de quota féminin, laissant la large attitude à chaque parti de se comporter de la manière qui lui sied avec ses femmes, alors que la représentativité des femmes dans les institutions devrait faire l'objet de loi qui engage tous les partis, elle doit être intégrée dans une stratégie nationale de genre.

Le renforcement du processus démocratique a besoin des médias, ces derniers doivent être à la hauteur de l'événement et jouer le rôle crucial qui leur revient non seulement dans la distribution de l'information, mais surtout dans la sensibilisation et la conscientisation des citoyens. La presse écrite et les médias audio-visuels demeurent un facteur essentiel de développement, de formation, un outil qui favorise l'engagement des citoyennes et citoyens dans la vie publique, encourage le dialogue et développe l'esprit de tolérance et consolide le respect de l'Autre. Il faut pourtant souligner que les Marocains qui les lisent et les suivent sont " gavés " de nombre de médias qui ne font que polémiquer, que focaliser sur la critique acerbe et destructrice. Le citoyen a besoin de d'information, d'analyses et d'arguments. Les médias doivent tirer vers le haut.

Concernant le 2ème D de développement, le Maroc est considéré actuellement comme un pays émergent, le taux de croissance a approché les 5% en 2006, les investissements étrangers ont explicitement augmenté et le niveau de confiance des investisseurs s'est nettement accru.

Le Maroc d'aujourd'hui est un immense chantier, toutes les régions y sont concernées. En effet, différents acteurs sociaux; s'engagent dans le développement des infrastructures et l'accroissement des équipements sociaux, on assiste également à une mobilisation sans précédent pour l'extension du réseau routier afin de procéder au désenclavement des régions et des populations. L'amélioration de la capacité touristique de notre pays est en croissance continue et le développement de logements sociaux crée une nouvelle dynamique à la fois économique et sociale, alors que le projet Tanger-Med ouvre de nouvelles perspectives pour le développement économique au niveau régional et national, consolidant ainsi un partenariat à la fois local et méditerranéen.

Le développement du secteur social prend une place de plus en plus importante, notamment avec l'INDH qui a donné une grande impulsion aux initiatives nationales et la multiplication d'initiatives locales qui ont permis à la population de contribuer effectivement au développement, donnant à la société civile une haute visibilité et activant la mise en place d'un nouveau système de partenariat entre les différents protagonistes.

Cependant, le taux de chômage demeure malheureusement encore bien élevé; notre secteur productif n'a pas encore atteint la performance requise pour devenir plus compétitif, en plus de la dépendance de notre économie du secteur agricole, ce qui la rend souvent inapte à répondre aux besoins des citoyens et à leurs aspirations à une vie meilleure. Le chômage des diplômés, le sous-emploi incitent ainsi nombre de jeunes hautement ou moyennement qualifiés à la migration pour le travail. Cette dernière prend de nos jours de grandes ampleurs, ce qui peut nuire à notre développement, surtout quand les compétences nationales sont attirées par les grands salaires dans le cadre d'une politique de migration choisie, ou migration temporaire que les Occidentaux sont en train d'imposer aux pays du Sud.

Le Maroc actuel connaît une évolution à deux vitesses, d'un côté les riches, et qui sont généralement les plus instruits, les mieux intégrés dans la société de l'information et accèdent avec aisance aux nouvelles technologies, de l'autre nous avons les pauvres, ceux qui ont peu ou pas du tout bénéficié de l'enseignement, demeurent bien éloignés du savoir technologique.

Ce dilemme ne sera nullement résorbé lors du prochain plan quinquennal, si on ne met pas les bouchées doubles pour reformater notre système d'enseignement, réviser la Charte de l'enseignement, revoir ses grands déficits et introduire de nouvelles initiatives pour l'extension de la scolarisation et l'augmentation du taux de fréquentation des enfants ruraux et notamment les filles et leur apporter un soutien scolaire conséquent. Quant aux droits humains, le Maroc a fait des pas de géant en matière de droits humains, des efforts considérables ont été entrepris au niveau institutionnel, législatif, et scolaire.

Les recommandations et les décisions prises par l'Instance Equité et Réconciliation ont contribué tout d'abord à réconcilier le citoyen avec les institutions et à rehausser l'image du Maroc à l'extérieur, reste que ces recommandations doivent être mises effectivement en oeuvre et surtout de celle qui est restée en instance, à savoir l'affaire Ben Barka. Poursuite des grands chantiers en matière de démocratie, développement et droits humains nécessitent de grands efforts, notamment quand il s'agit de rompre avec les pratiques nuisibles de corruption, de déficience dans la gouvernance, et le maintien de rapports d'autorité qui nuisent à toute forme de participation et portent atteinte à la démocratie participative.

En matière de corruption, tous les acteurs de la société y compris les pouvoirs publics reconnaissent la gravité de ce fléau qui affecte profondément notre pays. Selon le dernier rapport de Transparency international, " la corruption au Maroc est devenue un phénomène généralisé qui affecte les différents rouages de l'Etat, de l'économie et de la société", attestant que notre pays a nettement régressé au cours des cinq dernières années ; il est passé, de la position 45 en 1999, atteignant le 37e rang en l'an 2000 pour être classé en 2006 à la 78ème place.

Une progression dangereuse qui se propage à tous les niveaux de la société et touche tous les secteurs. Les pouvoirs publics ont engagé beaucoup d'efforts pour que les choses changent positivemet, pour diminuer et alléger cette gangrène qui ronge notre société. Seulement, cette volonté doit être traduite en actes concrets, qui ne s'arrêtent pas à la promulgation de loi mais qui s'étendent à travers des mesures claires auxquelles serait soumis tout un chacun, bannissant le principe d'impunité tout en mettant en application celui de rendre des comptes à tous les échelons, de contrôle et de la sanction. Si on reconnaît l'importance des rapports d'autorité dans la socialisation et l'éducation de l'enfant et qui font partie du processus d'intégration dans la société et l'ancrage des normes sociales, on ne peut que remettre en question les rapports de domination qui continuent à traverser notre société et qui font fi de toutes les avancées démocratiques qu'elle est en train de vivre.

Les rapports dominants-dominés continuent à structurer nos différentes institutions; l'âge a perdu sa crédibilité en tant que facteur de domination, il est plutôt remplacé par le statut professionnel, l'argent, et le savoir.

Ces structures de pouvoirs entravent l'émergence d'une démocratie participative, fondée sur l'écoute, la concertation, la communication comme approche et comme but. Le chef ne serait qu'un coordinateur, une personne qui unit, qui cherche le consensus, qui rassemble et non celle qui crée des groupuscules, suscite les tensions.
La Maroc des années à venir se construira sur la cohésion, l'entente, l'échange. On ne peut pas être d'accord sur tout mais le dialogue est notre seule alternative.

Aussi, améliorer la gouvernance devient-il un problème crucial dans notre pays qui nécessite des solutions urgentes, efficaces dont l'effet ne se fera sentir qu'à moyen terme. Une bonne gouvernance permet une progression rapide parfois remarquable des conditions de vie des populations, tend à réduire la pauvreté et permet aux citoyens de recouvrer leur dignité. Les institutions de 2007 ont un défi difficile à relever en identifiant les normes de bonne gouvernance, et veiller à ce qu'elles soient mis en oeuvre.

D'ailleurs, les réformateurs comme les gouvernements, les simples citoyens, les entreprises nationales et les investisseurs étrangers considèrent que la gouvernance est essentielle au développement durable et à l'instauration d'un climat sain pour l'investissement. De même que les bailleurs de fonds savent que les flux d'aide ne seront plus efficaces que si les pays bénéficiaires disposeront d'institutions de bonne qualité.

Participer, rendre compte et contrôler sont les trois fondements de la bonne gouvernance; cette dernière exige la déconstruction des relations d'autorité existantes pour construire des relations basées sur le dialogue et la concertation visant davantage le respect et l'acceptation de l'Autre que sa domination.

L'année 2007 serait, je l'espère, l'année de la reconstruction, des réformes et de la réconciliation; aussi, nous appartient-il de redonner à la politique sa dimension humaine. D'ailleurs, ce n'est pas l'efficacité économique ou la bonne gestion qui rassemblent à elles seules les citoyens, c'est l'affirmation des valeurs de solidarité, de dignité et d'égalité, comme celles de participation sans discrimination, de justice sociale qui sont susceptibles de provoquer une prise de conscience globale, une interaction plus forte entre les institutions et les citoyens pour nous impliquer nous tous dans la construction d'un Maroc uni, fort et prospère.
Aicha Belarbi
Libération
Février 2007

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