2006 - Maroc2007.net
Presse & Médias
Droits de l' Homme
Femme marocaine
Santé
Rapports & Etudes
Associations
Cultures
Tourisme
Ambassades
Cuisine
Portails
Recherches
Musique du Maroc
ECOUTER
Radio Tanger Médi 1
Radio Tanger RTM
Radio Laayoune
DiwanFM
RTM
2M

Portail des marocains du monde

TELECHARGER

Mohamed ElYazghi "Nous ne gouvernerons jamais avec le PJD" !!!!!    


Mohamed Elyazghi est un renard politique. Celui qui incarne la génération des socialistes qui ont succédé à Mehdi Ben Barka a une capacité inimitable d’esquiver les questions embarrassantes. En revanche, il ne rate aucune occasion pour évoquer le passé de son parti et sa contribution aux réformes. Dans cet entretien, il s’explique sur les scissions, les alliances électorales et les rapports avec le roi.

Vous traînez la réputation d’un parti d’intellectuels déconnectés de la base populaire. Que répondez-vous ?
Ceux qui prétendent cela ne connaissent ni l’USFP, ni l’histoire du Maroc. Notre parti a affronté le Pouvoir. C’est lui qui a ramené le pluralisme et la démocratisation. Vous avez oublié que la naissance de la Koutla démocratique était un événement exceptionnel. Elle a eu lieu après que le roi Hassan II s’est adressé au peuple pour lui dire que le Maroc risquait une crise cardiaque. Notre parti a participé au pouvoir pour sauver le Maroc de la dérive. Peut-être que le pays n’a pas réglé tous ses problèmes, mais l’essentiel est là.

Beaucoup de socialistes ont claqué la porte de l’USFP à cause d’un déficit de démocratie interne. Vous n’avez rien fait pour les retenir. Parce que personne n’est indispensable ?
Nous avons participé aux élections, bien que les conditions n’étaient pas démocratiques. À l’époque, certains de nos camarades ne voulaient pas nous suivre et ils se sont retirés. Maintenant, ils veulent participer aux élections, mais ils n’expliquent pas pourquoi ils ont changé d’avis. En 1996, certains n’ont pas voulu qu’on signe l’amendement constitutionnel, parce qu’ils ont estimé que nous allions perdre notre âme en travaillant avec un pouvoir auquel nous nous sommes toujours opposés. Ils n’ont pas analysé les choix stratégiques du pays et l’autocritique qu’a faite le roi.

Pourquoi n’avez-vous pas pris l’initiative de les rassembler ?
Nous leur avons tendu la main pour qu’ils nous rejoignent, que ce soit dans un seul parti ou dans un seul combat. Ils ne l’ont pas fait, sauf le PSD.

Où réside votre identité socialiste dans la gestion de la chose gouvernementale ?
Elle apparaît dans les réformes que nous avons enclenchées, que ce soit la Loi sur les libertés publiques, sur les associations ou sur les partis. Il y a aussi la Charte communale, le Code du travail et le Plan d’intégration de la femme au développement, qui a entraîné tant de tensions politiques dans la société. Il est vrai que le roi a désigné une commission pour élaborer le Code de la famille, mais il a envoyé le texte au Parlement. C’est une rupture. Autre chose : près de 48% du Budget de l’Etat vont aux secteurs sociaux.














Quelle est votre marge de manœuvre par rapport au pouvoir du roi ?
Le roi a sa place. Je fais partie d’un gouvernement responsable devant le roi et le Parlement. Il est le chef de l’Etat, moi je suis membre du gouvernement avec les camarades socialistes et les membres des autres partis. Notre marge de manoeuvre est très large et nous assumons entièrement nos responsabilités.

Quelles sont vos limites ?
Il n’y a que les limites de notre conscience. La Constitution est claire. Les pouvoirs sont bien définis. Bien que nous souhaitions que d’autres choses s’améliorent, comme le rôle du premier ministre, le Parlement, les droits de l’homme…

Pourquoi avez-vous alors demandé le report d’une réforme constitutionnelle ? Pensez-vous, aujourd’hui, avoir les moyens d’appliquer votre programme économique et social ?
La réforme constitutionnelle n’est pas une priorité. Staline avait la meilleure Constitution du monde. Pour autant, l’ex-URSS n’était pas une démocratie. Nous voulons une réforme constitutionnelle en concertation avec le roi, pas dans le sens de la répartition des pouvoirs, mais pour aller ensemble vers la démocratie. Le roi a une vision moderne de l’autorité. Nous nous entendons avec lui.

Si en octobre prochain, le roi nomme un premier ministre non partisan comme le lui permet la Constitution, comment réagirez-vous ?
Nous avons estimé qu’en 2002, il n’y avait aucune raison de sortir de la méthodologie démocratique. Le premier ministre doit appartenir à la majorité. Le roi lui-même a fait un discours en 2005 où il avait dit que le prochain chef de gouvernement serait politique.

Qu’est-ce qui vous le garantit ? N’est-il pas nécessaire de réformer cette prérogative pour commencer ?
Mais nous ne le voulons pas. Pourquoi voulez-vous que je m’aligne sur des groupuscules (ndlr : gauche radicale) ? En Grèce, au Chili ou en Espagne, la transition s’est passée à travers un changement de régime. Nous, socialistes, demandons une transition démocratique en accord avec le régime monarchique, parce qu’il a fait son autocritique. La force du Maroc réside dans l’entente entre la monarchie et les forces démocratiques.

Même si le premier ministre est choisi dans la majorité élue, il n’aura aucune autorité sur plusieurs organes de l’Etat, dont les walis et les gouverneurs…
Le dahir réglementant l’activité des walis et des gouverneurs date de 1977. Il a été promulgué avant l’ouverture du Parlement. Mais M. Abderrahmane Youssoufi a établi des ponts avec ce corps. Nos relations ont changé. En 1998, quand j’ai été nommé ministre, le ministre de l’Intérieur avait interdit aux gouverneurs de me contacter. Et ceux qui le faisaient voulaient garder l’anonymat. Dans notre programme, nous demandons que les représentants du roi soient des délégués du gouvernement.

Dans votre rapport sur l’état des plages, vous avez dit que la côte tangéroise était polluée. Ce que le wali Hassad a contredit en allant s’y baigner personnellement devant les caméras...
C’est son affaire. Nous ne pourrons pas interdire la plage aux gens. Le wali a voulu se baigner dans des eaux troubles, je ne peux pas le retenir.

Vous avez perdu beaucoup de politiciens de renommée. En revanche, vous vous êtes ouverts sur de nouvelles compétences et sur des notables. N’avez-vous pas peur que ces recrutements diluent l’identité socialiste ?
Ne vous inquiétez pas pour notre identité ! Les vrais perdants sont ceux qui nous ont quitté. Ils ont laissé derrière eux un grand parti et ils ne pourront pas trouver un cadre aussi encourageant ailleurs. Quant à l’ouverture, c’est une décision de notre congrès. Dans le passé, le recrutement obéissait à des règles très strictes, parce que nous redoutions l’infiltration d’agents sécuritaires ou d’éléments destructeurs. Maintenant, les choses ont changé. Nous avons ouvert la porte à ceux qui veulent travailler pour leur pays. Notre identité n’en sera que plus riche.

Des membres de votre conseil national disent que votre parti n’est plus un espace de dialogue et de concertation. Que leur répondez-vous ?
Ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de dialogue n’y participent pas à la base. Au lieu de dire cela à un journaliste, qu’ils aient le courage de venir s’expliquer au conseil national.

Ce qui les en empêche, c’est justement la centralisation du pouvoir au sein de l’USFP !
Nous avons un système de gestion démocratique. S’il y a un courant d’opinion, nous sommes prêts à dialoguer. Mais si ces personnes décident d’elles-mêmes de faire une scission, c’est quelque chose d’inacceptable.

Pourtant, vous avez tué le courant des “nouveaux socialistes” dans l’œuf…
Ce courant, je n’en ai eu vent que via la presse. Personne n’est venu nous voir pour nous en parler ouvertement.

Et pourquoi alors Mohamed El Gahs et Hassan Tariq se sont-ils retirés ?
El Gahs a démissionné pour des raisons personnelles. Nous avons refusé sa démission. Il est le bienvenu quand il veut. Quant à Hassan Tariq, il a démissionné de la Chabiba parce qu’il ne s’entendait plus avec ses camarades.

Quels sont les partis avec lesquels vous êtes prêts à entrer au gouvernement et ceux avec qui vous n’envisagez aucune alliance ?
Au sein de la Koutla, nous avons une charte commune et nos programmes se ressemblent. Dans la majorité actuelle, nous partageons aussi beaucoup d’actions avec nos collègues du RNI et du MP. Donc, nous pouvons arriver à un consensus. Evidemment, nous n’allons pas gouverner avec les partis qui sont contre nos principes et contre notre politique.

Vous parlez du PJD ?
Si la majorité actuelle est reconduite, pourquoi aurions-nous besoin du PJD ? De toutes les façons, quel que soit le résultat des élections, nous ne serons jamais à côté de ce parti. Nos projets de société sont tellement différents, voire opposés.




---------------------------
Les enjeux de L'usfp :

L’USFP vit un moment important de son histoire. Déserté par de grands noms comme Sassi, Benatiq et Amaoui, le parti essaie de renflouer ses rangs en s’ouvrant sur les cadres du privé et les notables, s’essayant au passage à une sorte de lifting politique. Mais malgré une certaine modernisation, les “éléphants” détiennent toujours le vrai pouvoir au sein du parti, dont l’identité socialiste semble de plus en plus diluée dans son arrimage à la politique du roi, dont il refuse la révision des pouvoirs. Ancienne opposante de Hassan II, l’USFP ne conçoit sa présence dans le jeu politique qu’en accord avec la monarchie. Côté alliances, le parti veut gouverner avec ses amis de la Koutla, mais jamais avec le PJD. Quitte à basculer dans l’opposition ? En vérité, l’USFP affiche un optimisme déconcertant en gardant l’espoir que la majorité actuelle formerait le prochain gouvernement.


source : Le Grand Oral de Sciences-Po /Propos recueillis par Nadia Lamlili
Europe       Maroc
www.europemaroc.com