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Code électoral : Pas de quartier pour les femmes
· Seuil d'éligibilité maintenu à 6% pour les listes nationales

· Des femmes des petits partis crient à l'exclusion

· Les dirigeants de la majorité restent inébranlables

Mardi 5 décembre, jour d'examen en séance plénière du projet de code électoral. C'est ce qui est inscrit à l'agenda de la première chambre. La décision aurait été prise mardi en milieu de journée à l'issue d'une réunion des chefs de groupes parlementaires. Le texte qui avait reçu l'aval de la commission de l'Intérieur lors de sa réunion du 23 novembre continue pourtant de susciter des réactions controversées. Les petites formations de l'extrême gauche devaient ainsi organiser, hier mercredi, des sit-in de protestation devant les sièges de préfectures dans différentes villes du Royaume. Ils contestent en particulier la mesure imposant un seuil de 3% des suffrages recueillis en 2002 pour entrer en compétition électorale ou à défaut la collecte de 100 signatures d'électeurs requises pour chaque postulant au niveau local.

La fronde s'organise

La mesure est jugée "discriminatoire" voire "antidémocratique". Les frondeurs n'excluent pas un recours devant le Conseil constitutionnel pour arbitrage. Les opposants au code envisagent toutes sortes d'actions pour faire tomber le texte. Ainsi, des parlementaires de l'opposition menacent de contester "officiellement la légalité du vote de la commission de l'Intérieur". Leur argument : les membres de la commission auraient dépassé le seuil fixé par le règlement intérieur de la première chambre. "Ils étaient plus de 60 au lieu des 54 membres que compte théoriquement la commission", expliquent-ils.
Toutes les méthodes sont bonnes pour faire plier les principaux partis de la majorité. Ces derniers restent pourtant inébranlables. C'est ainsi que les dirigeants des partis de l'USFP et du MP en particulier opposent une fin de non-recevoir à une énième revendication, sortie cette fois-ci des rangs des femmes. Le mouvement de lobbying mené par Nouzha Skalli (PPS), Milouda Hazib (PND) et Bouchra Khyari (FFD) est loin de trouver un écho favorable auprès des chefs. Pourtant, les trois femmes ont multiplié les rencontres avec les décideurs au niveau des partis, au Parlement et y compris avec le Premier ministre pour les sensibiliser à leur cause. Le plaidoyer des trois femmes va dans le sens d'un abaissement du seuil d'éligibilité des 6% imposé aux listes féminines. Elles y voient une forme d'exclusion pour la majorité. Nouzha Skalli estime que "les femmes payeront pour un crime qu'elles n'ont pas commis". "La bataille de la balkanisation ne sera pas gagnée avec un seuil d'éligibilité identique (6%) pour les listes locales (au niveau des circonscriptions)", insistent les trois femmes. Milouda Hazib n'hésite pas à parler d'une "excuse pour éliminer des femmes qui seraient devenues très encombrantes". De par cette mesure, il n'y aurait que les militantes de trois ou quatre partis qui pourront s'imposer au sein de l'institution législative. "On aura ainsi sacrifié le principe de la diversification et de la large représentativité qui a guidé notre choix pour le scrutin de liste à la proportionnelle", souligne Nouzha Skalli. "Les partis de la majorité seraient de fait contraints à faire du remplissage", ajoute-t-elle.
Bouchra Khyari est plus explicite. "J'ai eu de l'amertume à ne pas trouver à mes côtés en 2002 des femmes qui ont été les porte-flambeau du mouvement féminin. Ce sont elles qui méritent de siéger au Parlement et non les autres", clame-t-elle. L'allusion est à peine voilée aux députées du PJD qui auraient "récolté le fruit de plusieurs années de combat menée par les ONG féminines".

Femmes, cinquième roue du carrosse·

Les trois femmes auront beau expliquer que l'expérience de la discrimination positive, encore jeune, mérite d'être promue dans le sens d'une diversification des profils à même de favoriser la qualité et non la quantité de la représentativité féminine. Les dirigeants de la majorité restent inébranlables. "Elles n'ont qu'à présenter des listes communes", indique Mohand Laenser. Le secrétaire général du MP plaide pour les regroupements de partis. Abbas El Fassi suggère pour sa part que les partis donnent leur chance aux femmes d'investir l'élection au niveau des circonscriptions locales. "Les partis devraient faire un effort pour présenter des femmes à la tête des listes régionales", nous a déclaré le Secrétaire général du parti de l'Istiqlal. El Fassi qui indique que son parti prendra cette orientation en 2007 rappelle que son parti a bien joué les conciliateurs dans cette affaire entre les positions de l'USFP et celles du PPS.
A ce propos, le commentaire des trois militantes est identique: les élections restent une affaire d'hommes. "Les listes féminines sont la cinquième roue du carrosse, les partis y pensent en dernier lieu", nous dit l'une d'elles. Toutes soulignent un fait, les candidatures féminines au niveau des circonscriptions locales sont rares car la bagarre des hommes y fait rage. "Souvent, on envoie les femmes lorsque la bataille est perdue d'avance".
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Le Forum des parlementaires déserté


Zahia Dadi Skalli était candidate unique à la présidence du Forum des femmes parlementaires marocaines. Elle a de fait remporté le jackpot lors de l'assemblée générale tenue en fin de semaine dernière pour le renouvellement du bureau. Bouchra Khyari a donc fini par céder sa place dans un bureau de forum déserté par les députées de l'USFP et du PPS. Beaucoup assurent que le projet était mal parti dès sa création en mai 2005. Censé être un outil de solidarité et de rayonnement pour les femmes parlementaires, le forum n'aurait fait qu'accentuer les divisions. "C'est la cause féminine qui perd en impact", estime une députée de la majorité. Elle déplore que ce forum ne puisse pas être aujourd'hui un espace d'action pour une meilleure représentativité et une diversification des profils féminins au sein de l'Hémicycle. Une sorte d'arme de combat.

Khadija RIDOUANE

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