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Les gouverneurs de sa Majesté se révoltent

Selon le journal marocain arabophone, Assabah, les récentes  (ré) affectations des gouverneurs et Wali n'ont pas fait que des heureux. Si pour certains, une réaffectation pourrait constituer une véritable promotion, pour d'autres elle est considérée comme une punition. Tout dépend du confort, des richesses et des opportunités qu'offre la région à gouverner.

Au courant de ce mois de janvier 2009, on a assisté à un mouvement de déplacements et de désignations de gouverneurs et Wali à travers les régions et provinces marocaines. Certains gouverneurs ont été "mis sur une voie de garage"  du Ministère de l'intérieur. C'est le cas du gouverneur de la région rurale de Chaouiya, désigné secrétaire général dans son ministère.
De son coté, le gouverneur d'Agadir a carrément refusé de déménager pour rejoindre sa nouvelle nomination dans la région de Chaouiya.

Le Gouverneur de Dakhla a également rejeté sa nomination. Il avait été informé de sa réaffectation à Agadir. Mais il a été surpris d'apprendre que sa destination officielle n'est autre que la région de Chouiya. Comme le poste à Dakhla est attribué à un nouveau gouverneur, et compte tenu de son refus de la nouvelle réaffectation, l'ex-gouverneur de Dakhla ira également rejoindre son collègue d'Agadir pour jouer aux dames au Ministère de l'intérieur.

Quand on a gouté à la douceur du climat d'Agadir et  passer son temps à jouer au touriste, on comprend bien que les gouverneurs de sa Majesté soient allergiques à la poussière, à la chaleur et à la rudesse de la paysannerie de Chaouiya.

Une caste de privilégiés
Au Maroc, les gouverneurs des provinces et préfectures représentent le pouvoir central, ils disposent de pouvoirs considérables dans la vie économique, sociale et politique. Ils sont sélectionnés par les conseillers du Roi en coordination avec le ministre de l'intérieur. Mais la nomination définitive appartient au Roi.

Un mouvement de modernisation de la fonction de gouverneur a été lancé par le Roi Mohamed 6, dont les grandes lignes sont : le rajeunissement des cadres, recrutement de nouveaux profils avec une part non négligeable de technocrates dont certains sont diplômés de grandes écoles marocaines et françaises. Il y a eu même une première: la nomination d'une femme gouverneur à la tête d'une préfecture de Casablanca.

Un autre aspect de ce " nouveau concept d'autorité " est que les nouveaux gouverneurs ne dépassent pas plus de quatre années dans la même zone: les deux premières années pour s'acclimater et faire connaissance avec les notables de la zone. La troisième année pour s'engraisser et la quatrième année pour préparer ses bagages et effacer les traces compromettantes, racontent les mauvaises langues.

Cependant, cette " modernisation " n'a pas eu  d'impact significatif  au niveau de la gestion des provinces et l'image de marque des gouverneurs, comme celle d'ailleurs de la plupart de cadres du Ministère de l'intérieur, demeure négative au sein de la population. Les Marocains, parlent de " Chaffaras " (Voleurs), pour désigner ces cadres du Ministère de l'intérieur, généralement corrompus, qui exercent leur fonction dans une province pendant quatre ans, remplissent leurs poches avant qu'ils soient mutés dans une autre région et au suivant…

" Les petits rois "
Logés dans des villas somptueuses avec piscine, gardées jours et nuits, disposant d'une multitude de serviteurs, voitures luxueuses avec chauffeur, les gouverneurs au Maroc se sont toujours comportés en véritables seigneurs.

Ces notables du Makhzen sont imposés à la population, ils sont souvent étrangers à la région, ignorent les coutumes, les structures sociales, les problèmes économiques et parfois même la langue parlée par la population de la région qu'ils gouvernent. Et ils ne font pas d'efforts pour s'intégrer dans la province.

Leur comportement n'aide pas à améliorer leur image de marque. Ils demeurent isolés et méconnus de la population et rares sont ceux qui sont capables de citer le nom de leur gouverneur.

La plupart d'entre eux ne se déplacent que très rarement dans leur région et leurs déplacements ne dépassent pas généralement le périmètre urbain. Leur connaissance de la province est basée, généralement, sur une vieille carte géographique de la région et sur les rapports qu'ils reçoivent de leurs subalternes (les pachas, Caïds,…)

Dans les rares sorties publiques, organisées à l'occasion de fêtes nationales, les gouverneurs  de sa majesté se comportent comme des " petits rois " : cortèges de Mercedes noires devancées par des moutards avec des gyrophares, tapis rouges et une foule de misérables amassées pour le décore. Le méchoui est bien préparé par les féodaux et notables de la zone, thé à la mente servi, quelques chikhates de l'Atlas pour digérer et le gouverneur rejoint sa résidence: mission accomplie et à la prochaine fête nationale inchaallah.

Les vices- roi face aux élus locaux

En Europe, la fonction de gouverneur n'existe que dans rares pays, et dans les pays où elle subsiste, il s'agit d'une fonction honorifique, protocolaire sans aucun pouvoir. Généralement, c'est une fonction attribuée aux personnalités politiques en reconnaissance de leurs longues années de travail et des services rendus à leur région. Le pouvoir réel appartient aux élus : maires, bourgmestres,  députés, conseillers provinciaux et communaux…etc.

Au Maroc,  les gouverneurs forment une sorte de caste qui dispose de pouvoirs exorbitants sur les régions. Théoriquement leur rôle consiste à superviser l'application de la loi et le maintien de l'ordre public, mais dans la pratique, leurs pouvoirs sont illimités. Ils interviennent directement, ou indirectement à travers une multitude d'organismes relevant du ministère de l'intérieur, dans tous les domaines : éducation, santé, habitat, construction, commerce, transport, population, investissements, infrastructures, police, contrôle des prix, hygiène, etc. Selon le dernier rapport de Transparency Maroc, dans le classement des services publics les plus corrompus, les services du Ministère de l'intétieur occupent la 2ème position après la justice.

Dans ces conditions, les représentants élus par la population (parlementaires, présidents des collectivités locales)  font office de décoration, ils ne disposent pas de pouvoirs significatifs. Le gouverneur demeure le véritable patron de la province  et c'est lui qui gère les grands dossiers. Puisque les pouvoirs des gouverneurs ne sont pas limités et contrôlés, on ne peut avoir une relation de coopération stable entre un élu de la région et un étranger nommé et parachuté qui quittera cette  région au bout de quatre ans.

Un maire élu doit se soumettre à l'autorité du gouverneur pour éviter un règlement de compte certain.  Les conflits  et tensions sont très fréquents entre les élus locaux qui désirent exercer leurs prérogatives (conseils provinciaux, les maires…) et les gouverneurs/Walis  avec leur appareil administratif du ministère de l'intérieur. C'est le cas à Agadir, à Mekhnès,  à Marrakech, à Sala…etc.

Durant la République romaine, les gouverneurs étaient élus par le sénat pour gérer les provinces. Le gouverneur avait avant tout des tâches militaires, politiques et judiciaires. Les affaires financières et fiscales lui échappent totalement selon un vieux principe administratif romain.

A l'époque coloniale européenne, les gouverneurs étaient désignés par leur pouvoir central  pour gouverner une colonie ou un groupe de colonies.

Ainsi en France, ce titre était donné pour les représentants du roi dans les provinces de l'ancien régime. Ce titre a été repris pour les colonies. Après la décolonisation, ce titre a été abandonné et remplacé par celui de préfet.

Au Maroc, nous avons non seulement la fonction archaïque et floue de gouverneur mais avec la réforme de 199,7 relative à la création des régions initiée par le grand vizir Basri, une nouvelle fonction a été introduite à la tête de chaque région. Il s'agit de la fonction  de Wali (ou vice-roi) nommé par le Roi.

Résultat, on se trouve avec un Maroc découpé, comme un puzzle, en 16 région hétérogènes et sans aucun dénominateur commun, couvrant  plus de 45 provinces et 26 préfectures gouvernées par des Gouverneurs, des Wali et des maires!

Dans ce microcosme, vous pouvez avoir à la tête d'une zone un Gouverneur ou un Wali comme on peut avoir un  Wali de la région qui exerce aussi la fonction de Gouverneur de la province ou encore  un Wali de la région qui est en même temps Gouverneur de la préfecture…ne me demandez pas quelles sont les compétences  des uns et des autres. Contentez-vous de savoir qu'ils ont toutes les compétences et tous les pouvoirs ou presque.

Un obstacle au développement économique et social

On l'a vu, les gouverneurs de sa Majesté interviennent dans tous les domaines et contrôlent quasiment toute la vie de la région.
En dépit des efforts de modernisation lancés récemment, la majorité de ces gouverneurs, comme c'est le cas de la majorité des cadres de l'Intérieur, faisait partie de l'Ecole de l'ex-ministre de l'intérieur, patron de  tous les patrons, Driss El Basri,  caractérisée par: la corruption générale, le non respect de la loi, non respect des Droits de l'Homme,  enrichissement personnel, détournements des deniers publics.

Il suffit de voir l'anarchie et l'état de délabrement de nos villes : anarchie dans l'urbanisme, les rues complètement abîmés, les trottoirs défoncés, le revêtement des routes qui se décolle comme une feuille, les détritus  qui envahissent les rues,  les intoxication alimentaires, l'anarchie dans les prix …etc. On se demande où va le budget des provinces ? Où est le contrôle des services de l'Intérieur?

A l'exception de rares éléments, la majorité de gouverneurs constituent aujourd'hui le véritable obstacle au développement du Maroc et freinent les réformes.
De temps à autre, on assiste à des sanctions sous forme d'opérations intermittentes de mutations ou de rappel de tel ou tel gouverneur. Mais c'est insuffisant pour permettre aux provinces de prendre leur destin en main et engager des réformes profondes pour améliorer les conditions de vie de la population. Dans tous les cas, un nouveau gouverneur remplacera l'ancien, c'est ce qu'on appelle le changement dans la continuité.

Comment voulez-vous qu'un fonctionnaire de l'intérieur qui vient tout droit du sud puisse gouverner une province du Rif et vice versa?
La concentration de pouvoirs entre les mains d'un seul homme est-il compatible avec la promotion d'une démocratie locale ?

Le développement régional est un processus de long terme qui nécessite la participation et l'implication de la population de la région concernée. Les élus locaux sont les mieux placés pour gérer et développer leur région et doivent rendre des comptes sur l'état des (non) réalisations. La présence d'un gouverneur n'est-elle pas superflue ?

Quel est le niveau de motivation d'un gouverneur pour le développement d'une région dont il est étranger et qu'il va abandonner au bout de quatre ans ?

En attendant une véritable stratégie de développement régional, les gouverneurs et les vices-roi ont encore de beaux jours au Royaume du Maroc.

Hatimi

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