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La guerre des babouches

La présidente de la fédération des entreprises d'artisanat (FEA), Mme Ghalia Sebti, s'attaque à l'importation de la babouche chinoise.
Mme Sebti crie halte à la concurrence déloyale: le prix de revient d'une babouche chinoise s'élève à peine à 1,5 DH (prix d'achat 0,6 Dh + droits de douane). Par contre le cout de revient d'une babouche artisanale marocaine s'élève à au moins 50 Dh.

La babouche chinoise aggrave le déséquilibre de notre balance commerciale et une enquête est encours au sein du ministère du Commerce extérieur  pour  déterminer s'il s'agit d'un détournement des nomenclatures douanières. Allons-nous assister à une guerre de babouches entre le Maroc et la chine ?













On peut même traduire la Chine devant l'Organisation Mondiale du Commerce pour copie illégale du patrimoine nationale : la babouche et bien d'autres articles..

Récemment, mon voisin a acquis, dans le supermarché du coin, une tagine et une table en céramique marocaine. On dirait qu'elles proviennent  directement du complexe artisanal Al Walja à Salé, sauf que les deux articles sont de fabrication made in République populaire de Chine.

La tagine était bien présentée et emballée dans une boite avec des notes sur la nature du produit et le mode d'emploi. La table en céramique, avec ses pieds en fer forgé, était également bien emballée dans une caisse avec une notice de montage. La finition est irréprochable, aucun défaut et un prix défiant toute concurrence ! 

Aucune comparaison avec ma table en céramique boiteuse, payée à 800 DH au complexe artisanal Al Walja, qui est instable et dont les morceaux de céramique se sont décollés les uns après les autres.  Quand à ma tagine artisanale achetée au Maroc, elle sert de décore, elle est également instable et donc inutilisable...(Que voulez-vous, ce sont généralement des gamins qui devraient être à l'école qui  fabriquent ces articles).
Je propose au ministre du commerce extérieur d'attaquer la Chine pour copie illégale non seulement de la babouche mais aussi de la tagine, la table en céramique et le Barrade… avant que toute notre artisanat ne soient marquée Made in China.

Au Maroc, nous avons la fâcheuse habitude de jeter la faute sur l'autre  et ne pas reconnaitre l'échec de notre modèle de développement, ne pas reconnaitre notre incapacité à innover, à créer et à évoluer avec l'évolution du progrès technologique.

On ne veut pas reconnaitre notre insuffisance de synergies économiques et politiques et on dissimule notre retard derrière la façade de l'authenticité. Tout ce qui est mal fait est artisanal et ce qui est artisanal est nécessairement porteur de nos valeurs, notre tradition et notre authenticité.

Trouver des solutions c'est d'abord reconnaitre les insuffisances et se poser les bonnes questions.

Si la babouche chinoise traverse des milliers de Km pour être vendue à 0,6 Dh et la table en céramique à 20 Dh,  la faute à qui ? à la Chine ?

Si la boite de conserve de thon  fabriquée en Espagne (avec probablement du thon pêché au Maroc par les pécheurs marocains) se vend à Rabat à un prix plus bas que la même boite fabriquée au Maroc, c'est la faute à l'Espagne ?

On peut multiplier les exemples dans l'habillement, l'ameublement, l'immobilier, la santé, l'éducation, l'énergie, le transport et même le foot, on a systématiquement et dans tous les secteurs, ce problème récurrent de faiblesse de compétitivité des produits et services marocains.

Et à propos du foot,  tout le monde sait que c'est toute la fédération avec son équipage qu'il faut envoyer à la retraite forcée à défaut de l'exiler sur une île au milieu de l'océan. Mais on remplace un bon entraîneur par un mauvais, qu a déjà été remercié par le Maroc, il a été repris par la Tunisie qu'elle l'a licencié à son tour. De nouveau, on lui offre une fortune mensuelle, une villa, voiture avec chauffeur et des gardes corps pour le protéger des journalistes. En cas d'une rencontre avec une équipe étrangère, cet entraîneur ne se casse pas trop la tête, il compose l'équipe nationale en invitant les joueurs marocains évoluant dans une équipe européenne et on s'étonne des faibles performances de notre équipe multinationale.

L'insuffisance de compétitivité ne concerne pas uniquement les produits marocains par rapport aux produits étrangers mais aussi face aux mêmes produits typiquement marocains mais fabriqués à l'étranger.

Autrement dit, l'exemple de la babouche est révélateur de la faiblesse des performances de notre système économique dans son ensemble.  Un système basé sur la rente, les profiteurs à la recherche de profits immédiats et sur une organisation industrielle et commerciale archaïques pour ne pas dire féodales.

Pourtant, le Maroc dispose d'un potentiel dans tous les domaines. Mais, l'économie marocaine est beaucoup trop cloisonnée, et le moins que l'on puisse dire c'est que de nombreux secteurs économiques ne doivent leur existence et leur survie qu'à la protection douanière dont ils bénéficient depuis des décennies.

Cette protection a développé une classe de rentiers, de monopoleurs et de spéculateurs sans projets économiques et sans vision stratégique.

Ainsi la formation des prix des biens et services pratiqués au Maroc ne correspond à aucune logique économique.  Qu'il s'agisse d'un produit local ou importé, les prix sont souvent similaires, sinon supérieurs, à ceux pratiqués en Europe. Or, si on tient compte des parités de pouvoir d'achat, on devrait avoir un écart significatif entre le niveau des prix  au Maroc et en Europe.

Prenons l'exemple du gasoil, carburant le plus utilisé par l'automobiliste marocain. Le prix en Europe varie entre 0,8 euros et 0,90 euro. Il s'agit bien d'un gasoil de première qualité. Les pouvoirs publics prélèvent près de 60% du prix à titre des accises, le transporteur gagne correctement sa vie ainsi que le distributeur.

Au Maroc, le gasoil moins polluant, 50 PPM, est au prix de 10.13  Dh ! et on ne se gène pas de chanter que les prix sont maintenant  indexés sur les prix à l'international.  Par ailleurs, en l'absence de tests réalisés par un laboratoire indépendant, rien ne  garantit que le pompiste vous serve réellement du gasoil 50ppm. Après tout, on a vue qui servent même des saucisses à base de viande de chiens à la place du bœuf. Alors, du gasoil 50ppm avec un petit chouiya de gasoil 350 ou même du gasoil ordinaire tout simplement… tout est possible. 

On a donc des prix quasiment similaires à ceux pratiqués en Europe, mais les salaires dans ce secteur sont dix fois plus bas au Maroc : un prix européen et un salaire marocain. A qui profite cette situation ?

Certes, dans de nombreux secteurs,  il y a des renards et des vautours qui s'enrichissent à outrance et sans gène. En tout cas, cette situation est très néfaste non seulement pour le consommateur qui paie la facture finale mais aussi  pour l'économie marocaine dans son ensemble.

Par conséquent, au lieu de jeter systématiquement la résponsablité sur les concurrents, il faudrait revoir nos propres structures de production, de distribution et nos stratégies d'exportation. Nous avons à notre porte le plus important marché du monde avec ses 455 millions de consommateurs européens. Mais ce sont les chinois qui y commercialisent la tagine marocaine et si on persiste à éviter les changements et les transformations radicales de notre mentalité, il ne faudrait s'étonner de voire débarquer dans les rues d'Agadir une huile d'Argan made in china à 50 dh/litre.

Hatimi