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Voyage du roi espagnol aux colonies de Sebta et Mlilya : le summum de la provocation


Difficile de trouver une justification dans le voyage du Roi d'Espagne Juan Carlos dans les derniers vestiges de l'empire colonial espagnol, Sebta et Mlilya : c'est vraiment le summum de la provocation gratuite.

Depuis la fin du franquisme, les gouvernements espagnols successifs se sont toujours  montrés très discrets sur ces colonies et ont évité de se rendre sur place en visite officielle.

Ainsi, au cours de ces trente dernières années, on ne compte qu'un seul voyage d'un chef de gouvernement espagnol, celui du Premier ministre Adolfo Suarez en 1981 . L'ex-chef du gouvernement conservateur José Maria Aznar s'y était rendu à deux reprises, en 2000 et 2004, mais en tant que président du Parti Popular (PP).

Rappelons qu'il existe encore au 21 ème siècle 11 colonies espagnoles éparpillées, de l'est à l'ouest, le long de la côte méditerranéenne dans la région du Rif au nord du Maroc. Les plus importantes parmi elles sont Sebta et Mlilya qui totalisent plus de 140 000 habitants en majorité d'origine marocaine. Les autres colonies servent de bases militaires à l'armée espagnole. (voir :  http://www.sebtamlilya.net/enclaves.html)

Le Maroc a toujours condamné ces visites en appelant l'Espagne à entamer des négociations pour libérer ces enclaves, comme ce fut le cas pour les ex-colonies espagnoles sur la côte atlantique : Tarfaya, Ifni et le Sahara.

De deux choses l'une, soit le Roi d'Espagne n'a pas pris la peine de mesurer les conséquences que pourrait avoir son voyage sur les futures relations entre les deux peuples voisins, soit il n'accorde aucune importance aux réactions des autorités marocaines comme ses prédécesseurs du gouvernement espagnol.


Provocations et humiliations en progression

Vestiges des conquêtes coloniales portugaises, Sebta et Mlilya ainsi que de nombreuses îles et presque-îles sont passées sous la domination espagnole et constituent aujourd'hui les dernières colonies en Afrique et en Méditerranée et sont revendiquées par le Maroc. L'Espagne a toujours refusé d'ouvrir des négociations sur ce sujet ou de constituer une cellule de réflexion pour aboutir à une solution à cette situation anachronique.

Qu'il s'agisse de la droite nationaliste d'Aznar ou des socialistes de Zapatéro, la stratégie envers les revendications du Maroc est immuable. Au cours de ces cinq dernières années, on assiste même à une escalade dans la provocation et l'humiliation des Marocains.

Pourtant, le Maroc officiel a ouvert toutes ses portes aux entreprises espagnoles tout en leur offrant des cadeaux à tous les niveaux : accord de pêche profitant essentiellement à l'armada espagnole,  concessions au niveau de la distribution de l'eau, télécommunication, , transport en commun, horodateurs, tourisme, immobilier, régie de tabac,  ramassages des ordures, etc.
Sur le plan culturel, l'Espagne multiplie les centres culturels à travers tout le Maroc et au niveau politique, on assiste à un renforcement de  la coopération judiciaire et le Maroc est devenu la première destination des espions espagnols.

Pour remercier le Maroc, le Premier Ministre espagnol, José Luis Zapatero, n' a pas hésité à effectuer, en 2006,  un voyage de deux jours à Sebta et à Mlilya ( le seul voyage d'un chef de gouvernement depuis 1981) tout en déclarant haut et fort: " 'La españolidad de Ceuta y Melilla ni está ni estará en discusión".  (l'hispanité de Sebta et de Mlilya n'est pas et ne sera pas discutée). Une véritable gifle à la diplomatie marocaine !


Réactions marocaines trop formelles et artificielles

Face aux hostilités du voisin espagnol, à son agressivité et à ses humiliations répétitives,  les réactions officielles des autorités marocaines ont toujours été trop formelles, superficielles et font rigoler les dirigeants espagnols.

Dans le meilleur des cas, le Maroc officiel se contente de recourir à un vieux procédé diplomatique anodin qui consiste à rappeler pour consultation son ambassadeur en Espagne.

Sinon, les responsables du gouvernement se contentent de se lamenter, de regretter et de déplorer les provocations espagnoles.

Lors de la visite de Zapatero à Sebta et Mlilya en 2006, le journal francophone du parti de l'Istiqlal, Opinion,  (dont le secrétaire général occupe aujourd'hui le poste du Premier ministre) s'est contenté de qualifier la visite de Zapatero de " regrettable ", " arrogante ", " provocatrice et attentatoire aux sentiments des Marocains ".

Le journal du Palais, le matin,  s'est contenté, quant à lui,  de noter que " c'est la première fois qu'un dirigeant espagnol, de surcroît membre du parti socialiste, sensible aux conséquences qu'une telle tournée peut provoquer, se rend dans les deux villes occupées. C'est aussi la première fois qu'une visite d'un officiel est annoncée de manière unilatérale, plaçant le Maroc devant un fait accompli "

Cependant, jamais un chef d'Etat espagnol ne s'est rendu dans ces colonies depuis l'indépendance inachevée du Maroc en 1956,  et aujourd'hui, il ne s'agit pas d'un chef de gouvernement ou d'un responsable de parti politique espagnol, c'est le Roi d'Espagne lui-même, la plus haute autorité politique de l'Espagne, qui suit l'exemple de Zapatéro. C'est un tournant et un geste lourd de conséquences sur l'avenir de ces colonies.
Pour se rendre dans ces colonies, le Roi Juan Carlos devrait violer le territoire et l'espace aérien marocains.


Le Prince à Marrakech, le Roi à Sebta et  Mlilya, Baltasar accuse Rabat de génocide…..et Viva Espagna

Voilà une incroyable hypocrisie de l'amitié de l'Espagne envers le Maroc : Le Prince et la Princesse à Marrakech,  le Roi et la Reine dans les colonies et le juge Baltasar Garzon accuse le Maroc de génocide au Sahara !

Le Prince héritier d'Espagne, Felipe de Bourbon, vient d'effectuer une visite officielle, le 30 octobre 2007 à Marrakech pour inaugurer le 6ème  centre culturel espagnol ""Cervantès" au Maroc.  le Roi Mohammed VI a offert, à Marrakech, un dîner en l'honneur du  Prince héritier d'Espagne, Felipe de Bourbon accompagné de son épouse, la princesse des Asturies Letizia Ortiz,  ainsi que du ministre des Affaires étrangères, M. Miguel Angel Moratinos.

"Nous inaugurons aujourd'hui le Centre Cervantès de Marrakech, en tant que nouveau lieu de rencontre entre le Maroc et l'Espagne et espace pour le dialogue, la diversité et le respect mutuel qui favorisent l'échange culturel et la connaissance réciproque" avait déclaré le Prince de l'Espagne.

En même temps, la presse espagnole annonce la visite officielle du roi Juan Carlos à Sebta et Mlilya sans aucune concertation avec les autorités marocaines.


L'Espagne souffle le chaud et le froid

La visite du Prince héritier d'Espagne à Marrakech et celle que comptent effectuer ses parents à Sebta et  Mlilya a été accompagnée, comme dans le cas de la visite du Président français Sarkozy, de l'annonce par le juge espagnol Baltasar Garzon de l'ouverture d'une enquête pour déterminer si le Maroc est responsable d'un génocide et d'actes de tortures entre 1976 et 1987 au Sahara occidental.
La principale instance pénale espagnole a ordonné des poursuites pour un "crime présumé de génocide et de tortures" de la part de responsables marocains dans "une action complexe et systématiquement organisée contre des personnes sahraouies".

Le juge Baltasar Garzon a jugé recevable une plainte déposée en 2006 par des associations de défense des droits de l'homme et des familles de victimes faisant état de la disparition de plus de 500 Sahraouis à partir de 1975. La justice espagnole enquêtera sur les responsabilités de 13 suspects sur un total de 32. " La majorité des personnes visées par l'enquête sont accusées de détentions illégales, d'enlèvements, de tortures et de disparitions et il s'agit de hauts gradés des forces de sécurité (armée et police) marocaines, notamment le chef de la gendarmerie royale Hosni Benslimane qui est déjà visé par l'un des cinq mandats internationaux émis le 22 octobre par un juge français dans l'affaire Mehdi Ben Barka. "


Pourquoi une telle provocation ?

Pourquoi, au moment où les relations maroco-espagnoles vivent une " véritable lune de miel " et ce depuis près de quatre ans , le gouvernement Zapatero prend le risque de déclencher une crise avec le Maroc et de mettre en péril l'intensité des relations économiques, politiques et culturelles entre les deux pays ?

Selon les observateurs, il semble que Zapatero ait organisé ce voyage royal pour des raisons électorales.  A quatre mois des législatives générales, Zapatero a besoin de manifester sa fibre patriotique.

" Or quelle meilleure façon de le faire que d'envoyer le chef de l'Etat dans ces territoires disputés et litigieux, afin d'y réaffirmer haut et fort la souveraineté de l'Espagne ? "

Ainsi pour Zapatero, le voyage royal à Sebta et Mlilya, est donc la meilleure réponse aux attaques de la droite du Parti populaire.
Décidemment, on croyait que le rôle politique de Sebta et de Mlilya était fini avec la fin du franquisme. Franco avait mobilisé ses légionnaires en s'appuyant sur la population de ces deux villes pour déclencher la guerre civile en 1936.
Aujourd'hui, Zapatero et le Roi d'Espagne s'adressent aux mêmes villes pour gagner une bataille électorale…. Comme l'histoire est un perpétuel recommencement !

Mais on oublie que les Espagnols de ces deux villes sont, en majorité, de la droite conservatrice, ultranationaliste voire franquiste, et on ne voit pas comment cette configuration pourrait influer sur les élections législatives espagnoles prochaines.

Par ailleurs, certains observateurs considèrent l'attitude de Madrid comme une réaction au succès de la visite de Sarkozy au Maroc. Il est incontestable que les Espagnols bataillent sur tous les fronts pour accaparer des parts de marché au Maroc. Ils se positionnent en 2ème place après la France au niveau des échanges commerciaux et des investissements. Ils ont même réussi à supplanter les Français dans de nombreux secteurs économiques comme le textile, entre autres..

A notre avis, la provocation espagnole pourrait être motivée par des considérations économiques et politiques.
Le voyage du Roi Juan Carlos est davantage un message aux autorités marocaines qu'une démonstration patriotique. Le Roi d'Espagne joue un rôle marginal dans la vie politique espagnole. Ce sont les partis politiques et le monde associatif qui déterminent la vie politique dans ce pays. Ni le parti socialiste de Zapatero, ni le parti conservateur populiste n'ont besoin du soutien du Roi. Le roi joue un rôle de modérateur et d'arbitre dans la vie politique espagnole. Donc, les raisons électorales avancées pour justifier ce voyage ne résistent pas à l'analyse.

Il faudrait analyser ce geste sous l'angle des considérations économiques, car le Roi d'Espagne fait partie du monde des affaires. Son voyage à Sebta et Mlilya est une démonstration sur la capacité de nuisance de l'Espagne suite au succès de son concurrent, la France, qui a raflé en trois jours plus de 3 milliards d'Euros.

Par ailleurs, la monarchie espagnole fait l'objet d'un débat au sein de la société espagnole et subit de nombreuses critiques et attaques de la part d'une frange dure de la droite et d'une partie de la gauche républicaine. Récemment, les portraits du roi Juan Carlos ont été brûlés par des groupes indépendantistes et antimonarchistes. Ce premier voyage à Sebta et Mlilya est une manière de montrer qu'il est le chef de l'Etat et des armées.
Si le Roi Juan Carlos espère redorer sa popularité en humiliant les Marocains, il se trompe. Au mieux, il réussira à détourner les regards pendant un laps de temps. Ce voyage ne changerait rien au débat en cours sur le rôle de la monarchie au sein de la société espagnole.


Conséquences sur les relations maroco-espanoles: la colère marocaine est superficielle

Le déplacement de Juan Carlos aux colonies de Sebta et Mlilya, prévu le lundi 5 novembre 2007,  aurait les mêmes conséquences que celles du voyage de Zapatero en 2006 , à savoir, un renforcement des relations entre les deux pays et probablement davantage de concessions pour l'Espagne.
Les réactions du Maroc demeurent  immuables : "A la suite de l'annonce faite en Espagne, il a été décidé, sur la haute instruction de Sa Majesté le roi Mohamed VI (...), le rappel pour consultation de M. Omar Azzima, ambassadeur de Sa Majesté en Espagne, pour une durée indéterminée", a précisé l'agence officielle Map.

Selon la Map,  le Premier ministre marocain, Abbas el Fassi, " a  entendu parler du projet  du voyage du couple royal à Sebta et à Mlilya, pour la première fois,  par la presse espagnole " ! Heureusement que le ridicule ne tue pas.
"Le gouvernement (...) rappelle que ces deux villes sont parties intégrantes du territoire du royaume du Maroc et leur retour dans la mère patrie découlera de négociations directes avec le voisin espagnol" a-t-il déclaré.

Le porte-parole du gouvernement marocain, Khalid Naciri, a déclaré à la presse que Rabat ne pouvait que "rejeter fortement et désapprouver totalement cette regrettable initiative, quelles qu'en soient la motivation ou les intentions" , " Nous pensons que l'amitié avec l'Espagne n'en est pas consolidée "… un baroude d'honneur !

On a assisté au même charabia lors la visite de Zapatero aux mêmes colonies en 2006, et le résultat était une intensification des relations économiques, politiques et culturelles sans précédent entre les deux pays.

Comme l'a bien souligné un quotidien français, " en réalité, Zapatero est persuadé que la colère marocaine est superficielle".
Cependant, et c'est une maigre consolation, cette visite aura le mérite de rappeler à l'opinion publique internationale, l'existence et  la persistance des colonies espagnoles au Nord du Maroc, les dernières colonies du continent africain. …

sources: www.sebtamlilya.net
http://www.sebtamlilya.net/enclaves.html
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