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Good morning Laâyoune


Au cours des dix dernières années, face à l'incapacité des autorités à répondre aux revendications économiques et sociales légitimes de la population, des tensions sociales se sont développées dans différentes régions du Maroc donnant lieu a des émeutes violentes opposant la population aux forces de l'ordre. Il s'agit d'émeutes populaires qui défraient régulièrement la chronique dans la presse marocaine et internationale. Citons entre autres:

-        les manifestations de protestation contre la hausse du coût de la vie à Sefrou en septembre 2007,
-        les émeutes de Sidi Ifni en juin 2008 similaires à celles de Laâyoune
-        la colère des habitants de Beni Tadjit (province de Figuig),
-        les protestations systématiques des diplômés chômeurs à Rabat, à Al Hoceima…etc.

A la base, il y a des jeunes qui désespèrent et se révoltent contre le chômage, la misère, l'injustice, l'incertitude, les affaires de népotisme, de corruption, d'incompétence, de détournement et de trafic en tout genres qui caractérisent l'appareil administratif marocain.


Laâyoune : comment une simple revendication sociale s'est-elle transformée en émeute populaire ?

Les ingrédients sont exactement les mêmes que dans les différentes émeutes qui ont secoué le Maroc et les responsables n'ont pas encore compris ce principe élémentaire: les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Les revendications à caractère purement sociales  étaient à la base des émeutes de Laâyoune de novembre 2010. L'amélioration des conditions de vie des oubliés, le chômage, la misère, l'injustice, droit au logement, les détournements,  le clientélisme, la corruption générale et l'impunité  généralisée… sont autant de facteurs à l'origine d'un malaise social qui caractérisent la société marocaine du nord au sud.

Soulignons au passage que la ville de Laâyoune, en dépit de sa faible population,  a bénéficié d'investissements publics colossaux dans tous les secteurs. Il y a des provinces au nord du pays comme Nador, Al Hoceima…, dont la population est vingt fois plus importante que celle de Laâyoune, et qui n'ont jamais bénéficié d'autant d'investissements depuis l'indépendance du Maroc.

Mais à Laâyoune comme dans les autres villes du Maroc, les détournements sont monnaie courante et la richesse est monopolisée par une poignée de notables avec la complicité des agents de l'Etat. Les jeunes sont visiblement abandonnés à leur sort.

Il faut remarquer que la spéculation immobilière fait des ravages au Maroc. Les affaires de détournements dans le secteur de la construction ont explosé ces dernières années. Une véritable anarchie règne dans ce secteur très juteux. Les notables ont constitué des fortunes colossales du jour au lendemain et des millions de Marocains vivent dans des bidonvilles.

La région du Sahara est très vaste et sous-peuplée, on ne peut invoquer (comme d'habitude) un problème de foncier pour expliquer l'envolée des prix de l'immobilier.

En principe, chaque habitant pourrait disposer d'un logement à un prix très démocratique. Mais pour cela, il faudrait chasser la race de spéculateurs et des corrompus et à leur tête les agents de l'Etat.

Ainsi, quelques habitants de Laâyoune ont décidé de protester contre le détournement,  par des notables de la région, des milliers de terrains à bâtir qui leur étaient destinés, en dressant des tentes à l'extérieur de la ville, ce qui est devenu le camp d'Agdim Izik.
Cette idée de dresser des tentes en signe de protestation n'est pas nouvelle. Lors des émeutes de Sidi Ifni en 2008, les manifestants avaient également entamé leur protestation contre leurs conditions de vie en dressant des tentes tout en bloquant le port de la ville.


Les virus du système

Comme dans les autres provinces du Maroc, on retrouve les mêmes acteurs et les mêmes auteurs à la base non seulement des émeutes mais aussi ils  sont les véritables responsables de tous les détournements et donc du retard du développement économique et social des différentes régions du Maroc. Globalement, on distingue deux virus qui paralysent la société  marocaine:

  1. D'une part, il y a les représentants de l'Administration parachutés tout droit de Rabat par le ministère de l'intérieur, à leur tête le Wali ou Gouverneur. Ils sont généralement étrangers de la région et se comportent, de Tanger à Laâyounne, en véritables colons. Leur  avidité est sans limite. Ils contrôlent tous les projets d'investissement, décident des marchés publics, se servent allégrement et au bout de cinq ans de détournements et de pillages, ils sont simplement mutés dans une autre province et ainsi de suite…

  1. D'autre part, il y a de nombreux élus des provinces qui souvent dans des villas du quartier Riyad à Rabat  à des centaines de km des provinces qu'ils représentent, loin des soucis de la population qu'ils sont censés représenter et servir.
       De nombreux députés se servent avant de servir. Ils constituent dans leur majorité de véritables féodaux qui sèment                l'inégalité, l'injustice  et l'arbitraire.

Dans la pratique, la frontière entre les fonctions des Gouverneurs, les domaines qui relèvent de leurs compétences et celles des élus locaux  est très vagues et dans la majorité des cas, ces acteurs et leurs agents ne respectent pas leurs rôles et leurs prérogatives.

Dans ces conditions de  rivalités entre les représentants du pouvoir central et les représentants locaux, les affrontements sont inévitables, surtout lorsqu'il s'agit de contrôler et de mettre la main sur les budgets destinés à financer les projets d'infrastructure.

A Laâyoune, les tentes étaient dressées sur un terrain vague à 14 km du centre de la ville, les autorités ont laissé faire avec une certaine indifférence tout en misant sur la lassitude des manifestants et chacun des principaux acteurs, le Wali et l'élu local, espérait que le mécontentement des manifestants contribuerait à affaiblir son adversaire.

C'est pourquoi ni le représentant du pouvoir central, ni l'élu local n'ont souhaité répondre sérieusement aux revendications initiales élémentaires de la population et éviter le développement du camp d'Agdim Izik .

Selon les observateurs, le camp d'Agdim Izik  a été encouragé directement et indirectement par le Wali de la zone pour affaiblir ses adversaires locaux.

Les négociations entre les manifestants et les responsables locaux se sont éternisées et d'autres mécontents ont vite rejoint le camps des manifestants : ouvriers, chômeurs mais aussi des trafiquants  et autres opportunistes pour qui l'occasion de s'insurger contre leurs conditions de vie était trop belle.


Récupération par l'Algérie

Après quatre semaines, un véritable camp s'est constitué comptant entre 8000 et 14 000 tentes selon les sources. Certaines étaient occupées d'autres étaient dressées par des opportunistes…

Pendant que les autorités jouaient la carte de l'indifférence et de rivalité, le Polisario, installé à Tindouf en Algérie, organisait et planifiait une véritable révolte. Les quelques centaines de familles et jeunes à l'origine de cette manifestation ont été complètement dépassées par l'ampleur du camp et leurs revendications recalées. Le camp est devenu incontrôlable par les autorités locales.

Des éléments bien entraînés aux techniques de combat se sont infiltrés et pris le contrôle du camp. Ils ont vite  imposé aux manifestants une organisation militaire très visible. Selon les observateurs :




Soulignons également que la direction du Polisario s'est désagrégée et de nombreux hauts dirigeants ont claqué la porte algérienne et ont rejoint le Maroc. Paradoxalement, ces défections  ne soulèvent guère l'intérêt de la presse  algérienne et espagnole.

Avec la 3ème rencontre informelle entre le Maroc et le Polisario programmée pour  les 7, 8 et 9 novembre 2010 à New York, la présence du camp d'Agdim Izik est devenue insoutenable pour les autorités marocaines. 

Le 8 novembre 2010,  les force de l'ordre sont passées à l'action : démonter les tentes et faire évacuer le camp avec des matraques et des camions anti-émeute avec jets d'eau.

Mais face au force de l'ordre, il n y avait pas des chômeurs et des nécessiteux mais bien une véritable milice rodée au combat qui a réagit avec  une violence inouï. Le camp  s'est transformé en un champ de bataille.

Au moment où l'essentiel des forces de l'ordre était concentré sur le camp, des groupes de manifestants équipés de Land-rover et  armés de sabres et de cocktails Molotov semaient la terreur au centre-ville de Laâyoune. Au  total, 11 morts dont 10 éléments des  force de l'ordre.



Gestion chaotique de la communication et diplomatie marocaine obsolète

Les médias gouvernementaux algériens et espagnols se sont complètement déchaînés contre le Maroc en qualifiant de génocide le démantèlement du camp de Laâyoune. Certains médias espagnoles ont même  montré des images d'enfants palestiniens prises, en 2006, lors de l'agression de l'armée israélienne contre Gaza en les faisant passer pour des enfants sahraouis.. La désinformation a atteint son comble.

Pourtant, les journalistes Espagnols étaient présents à Laâyoune avant, pendant et après les émeutes et ont bien constaté que toutes les victimes étaient dans les rangs des forces de l'ordre.

Face à la langue de bois de la presse officielle marocaine, c'est la thèse de la presse espagnole et algérienne qui paraissait plus convaincante faisant passer le Maroc pour le méchant qui opprime le petit peuple sahraoui….
 
Au niveau diplomatique, le Parlement et le sénat espagnols ont immédiatement condamné le Maroc pour le démantèlement du camp d'Agdim Izik par les forces de l'ordre ce qui a aggravé la crise diplomatique entre les deux pays.

Sous la pression du  lobbying du parti de l'extrême droite espagnole (parti populaire), le Parlement Européen s'est réuni en urgence pour discuter des événements à Laâyoune et a  condamné fermement le démantèlement du camp d' Agdim Izik.

Ces condamnations sont incompréhensibles et inacceptables. Mais avec le gouvernement de la famille El Fassi il ne faut pas espérer d'avoir une diplomatie dynamique et proactive.

Pour la première fois dans l'histoire des émeutes au Maroc, il n y a eu aucune victime parmi les manifestants de Laâyoune. L'armée n'a pas bougé et toutes les victimes étaient parmi les forces de l'ordre.

En principe, les autorités marocaines disposaient de tous les éléments nécessaires pour balayer la propagande de la presse algérienne et espagnole et marquer des points sur le plan international. Mais, hélas, le discours des responsables est obsolète et ne passe pas au sein de l'opinion publique européenne.

Ces condamnations révèlent avant tout la médiocrité de la diplomatie marocaine, une diplomatie malade, archaïque et inefficace.

Le Ministre marocain des Affaires étrangères, Mr  Fassi El Fihri, a eu l'occasion d'informer l'opinion publique internationale lors de son passage au Parlement européen, mais, sa prestation était médiocre, aucune argumentation et  aucune préparation.

Voilà une occasion unique pour informer clairement et sans ambiguïtés les représentants de 27 pays européens et mettre fin à la propagande algérienne. Hélas, encore une occasion ratée pour la diplomatie marocaine. Le Ministre n'a pas réussi à garder son calme et répondre avec intelligence aux questions des parlementaires.

Rappelons qu'avec les Gouvernements El Youssoufi et Jettou, la diplomatie marocaine avait marqué des points  et de nombreux pays avaient révisé leur position par rapport au conflit du Sahara au profit du Maroc.

Mais depuis l'instauration du gouvernement de Abbas El Fassi en 2007, la diplomatie marocaine régresse. Il suffit de se rappeler la gestion catastrophique de l'affaire d'Aminatou Haidar ou de Tamek & Cie. Aujourd'hui avec les émeutes de Laâyoune, faute d'une diplomatie active et efficace, le Maroc collectionne les condamnations.

Laâyoune a un wali sahraoui

Suite à ces émeutes,  77 individus ont été déférés devant la justice.
Le Wali de Laâyoune a été muté dans une autre région  et remplacé par un autre Wali originaire de la région.  C'est la sanction suprême couramment appliquée au Maroc contre les agents de l'Etat qui ont été impliqués dans les affaires de détournements ou de corruption  ou de non réalisation des programmes de l'Etat.

Par ailleurs, la nomination d'un Wali originaire du Sahara est présentée par les autorités comme un cadeau à la population de Laâyoune.  Or dans un système démocratique, chaque région du Maroc devrait avoir son gouverneur issu de sa population. C'est le seul moyen de limiter les dégâts faute de supprimer totalement ces postes de gouverneurs et de wali qui font partie du moyen âge et qui parasitent la fonction du maire élu par la population.


Pour se prémunir contre les émeutes futures au Maroc, il est fondamental de s'attaquer aux causes et aux racines du malaise social  à savoir:






Hatimi