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Moderniser les subventions publiques marocaines

Le gouvernement marocain va enfin réformer la Caisse de compensation. Il n'est peut être jamais trop tard pour bien faire, mais encore faudrait-il opérer une véritable réforme de toutes les subventions et de toutes les rentes pour cibler les plus défavorisés afin d'améliorer les indicateurs de développement humain désastreux et éviter d'opérer une réforme qui vise à rationaliser le budget sans toucher aux privilèges des producteurs et distributeurs.

"Nous présenterons d'ici juin ou juillet une réforme profonde de la Caisse de compensation afin de mieux cibler les plus défavorisés", a déclaré le ministre de l'Economie et des FinancesSalaheddine Mezouar à Rabat. "Trouver des solutions alternatives est compliqué et nous examinons différents modèles qui existent dans le monde pour voir ce qui est le plus approprié pour nous", a-t-il ajouté.

La Caisse de compensation est l'une de ces créatures coloniales qui perdurent au Maroc. Elle a été créée par le colonialisme français en 1941 pour imposer aux producteurs locaux les prix de certains produit dont la métropole avait besoin.

Après l'indépendance, Cette Caisse a été instrumentalisée pour réguler théoriquement les prix de certains produits de première nécessité.

Dans la pratique, la nouvelle mission de cette Caisse a été détournée au profit des gros producteurs, importateurs, distributeurs et autres rentiers du Royaume qui maitrisent parfaitement les rouages et les mécanismes d'accaparer les milliards de dirhams sensés bénéficier aux plus démunis.

Les subventions destinées à soutenir les prix du sucre, du pain , des huiles alimentaires, des produits pétroliers et autres bonbonnes du gaz Butane ont été multipliées par cinq entre 2002 et 2008 pour atteindre aujourd'hui 20 milliards de dirhams (1,75 milliard d'euros)  ( Le projet de loi de finance 2008 prévoit 20 milliards de DH).

Les prix de la majorité de produits flambent depuis quatre ans suite à des politiques économiques budgétaires des différents gouvernements ( hausse de TVA par exemple) et récemment suite à l'inflation qui frappe les produits importés.

Tous les biens et services sont touchés: denrées alimentaires de base, transport, soins de santé et des médicaments, l'eau et l'électricité…ce qui a poussé les Marocains a exprimé leur ras-le-bol contre la vie chère surtout à Séfrou et dans plusieurs villes du royaume.

Rappelons que la  hausse des prix des denrées de base est à l'origine des émeutes populaires sanglantes en juin 1981. Des manifestations contre la flambée des prix, ont été  durement réprimées par les autorités (plusieurs centaines de morts). La même colère populaire s'est déclenchée en janvier 1984 :  les " émeutes du pain " qui ont secoué Marrakech et le nord du pays et qui se ont soldées également par des centaines de morts et d'arrestations.

D'une part, le chômage structurel frappent une part importante de la population active marocaine et d'autre part, les salaires de ceux qui ont la chance d'avoir un emploi sont gelés. Par conséquent, le pouvoir d'achat s'est gravement dégradé au cours de ces trois dernières années et la flambée des prix est devenue insupportable pour la majorité de Marocains.

Cette situation menace la stabilité et la paix sociale et si le gouvernement ne décide pas des mesures urgentes,  il n'est pas exclu d'assister à de nouvelles émeutes plus graves que celles des années 1980.

Le gouvernement ne cesse de répéter que l'Etat soutient les prix à coup de milliardsde DH. Mais la population ne voit pas l'effet de ces subventions sur les marchés.

De deux choses l'une : soit les subventions considérables de la Caisse de compensation ne sont que des montants virtuels, un jeux comptable dans le budget de l'Etat?

Ou bien les subventions sont réelles et dans ce cas on peut se demander si elles ne sont pas détournées par les vautours qui sont à la tête des monopôles et oligopoles des produits subventionnés ?

Ou encore, ce que l'Etat donne d'un coté  est récupéré sous forme d'impôts et taxes ce qui annule globalement l'effet des subventions en question ?

En tout cas, les économistes sont d'accord pour dire que les subventions ne profitent pas aux plus nécessiteux mais ils ne poussent pas l'analyse plus loin. Et disons-le clairement : les subventions profitent aux riches qu'ils soient producteurs, distributeurs, importateurs ou consommateurs. Et il est urgent de mettre fin à ce vestige colonial.

Tous les pays subventionnent directement ou indirectement les ménages au niveau alimentaire, énergétique, santé, éducation…. Il existe une panoplie de systèmes de subventions. Il suffit de regarder en face, à 13 km du Maroc, vous trouverez des systèmes de subventions très efficaces en Espagne, au Portugal, en Grèce.

Par ailleurs, si on veut réformer les subventions il ne faudrait pas se limiter à la seule Caisse de compensation. Il faudrait revoir radicalement toute la problématique des subventions y compris le système de rentes bien ancré dans de nombreux secteurs et qui maintient et favorise éternellement une classe de rentiers de père en fils tout en créant un sentiment d'injustice au sein de la population.

Il faudrait controler les prix en amont et en aval. On ne peut crier haut et fort que le prix du pétrole est subventionnée alors que le prix à la pompe, de qualité médiocre, est quasiment similaire à celui des pays développés où règne la concurrence.
Certes,  le prix du baril a dépassé 100 dollars mais il faut nuancer l'impact de cette hausse puisque le dollar à perdu plus de 50% de sa valeur par rapporte à l'euro. En d'autres termes, l'Etat réalise des économies non négligeables au niveau du remboursement de la dette internationale libellée en dollars.

Il faut également admettre que la liste de produits de première nécessité est obsolète. On ne parle que du pain et du sucre à tel point que l'observateur étranger penserait que les Marocains ne mangent que du pain et ne boivent que du thé au 21 ème siècle!

Il n'est pas normal que, dans le secteur de transport, la majorité des taxis et bus sont entre les mains d'une mafia. Il y a des familles qui collectionnent les agréments et d'autres qui ne possèdent pas un âne.

Au niveau de la santé, la situation est insupportable: payer ou crever. Et il n'est pas normal que les tarifs de circoncisons se négocient sur les terrasses de café.

Au niveau de logement, la spéculation immobilière bat son plein et les spéculateurs,  bénéficient également de subventions,  s'enrichissent scandaleusement dans l'impunité générale. Un minuscule appartement " dit social " de 50 m2 de basse gamme se négocie à plus de 300 000 DH dont près de 45% du prix est versé en noir.

Ce sont autant de biens et services de premières nécessité dont le rapport qualité/prix est déterminane pour la paix sociale.

En matières  sociales, les différents gouvernements marocains successifs ont adopté  des mesures qui s'apparentent à un sparadrap pour colmater les brèches de manières intermittentes. Or le malaise est profond et nécessite une intervention chirurgicale.

Par conséquent une réforme des subventions qui portent uniquement sur la Caisse de compensation n'est pas suffisante pour éviter une explosion sociale au Maroc.

Il faudrait revoir radicalement tout le paquet des subvention, moderniser et diversifier les système de subvention, élargir leur sportées, cibler les bénéficiaires, libérer l'économie des structures féodales en renforçant la concurrence mais également en instaurant un organisme efficace pour contrôler les prix en amont et en aval.

Hatimi

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