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Moderniser le discours religieux est impératif

Allocution de Said Lakhal

Toute opération de renouvellement de la pensée religieuse et sa modernisation doit provenir d'une conviction envers ses références dont la finalité de la Charia.

"Moderniser le discours religieux, c'est le rendre homogène avec les valeurs de la modernité et les divers aspects de sa culture en le renouvelant grâce aux efforts (ijtihadat) qui émanent des besoins et des ambitions suivant la logique de l'époque". C'est en ces termes résolument progressistes que Saïd Lakhal, a intervenu lors du débat organisé samedi 20 janvier par la Fondation socialiste pour la recherche, les études et la formation sur le thème "Les possibilités de modernisation de la pensée islamique et la réforme de la question religieuse au Maroc ".

Pour lui, il est impératif de chercher ce qui permet aux valeurs islamiques en particulier et religieuses en général d'être actuelles, performantes et adaptées au milieu où elles évoluent. "Pour atteindre ce but, il faut que les textes religieux comprennent le dynamisme de la réalité, autrement dit, il faut qu'ils réfléchissent sur la réalité complexe des évènements. C'est le rôle assigné au penseur et au chercheur chargés de refléter la conscience de la société, de l'encadrer et de soutenir ses ambitions", annonce-t-il.

En effet, toute opération de renouvellement de la pensée religieuse et sa modernisation doit provenir d'une conviction envers ses références dont la finalité de la Charia. "L'opération de renouvellement n'est pas arbitraire avec des buts précis ou soumise à des règles contraignantes. Elle consiste à éradiquer la dénotation superficielle, la compréhension partiale et la lecture salafiste des textes religieux", explique Saïd Lakhal. Il s'agit donc d'une opération tendant à libérer ces textes de toute lecture archaïque faite sous l'influence de certaines circonstances et d'en présenter des lectures contemporaines dont le sens répond aux questions posées par les gens, facilite leurs vies et oriente leur compréhension. Ainsi, ces lectures ouvrent de nouveaux horizons intellectuels et spirituels plus grands en les préparant à accepter les contributions culturelles et civilisationnelles.

"La lecture de ces textes doit être plurielle en compatibilité avec les finalités de la Charia. Ce qui exige l'éradication de l'usage de certaines règles que les théologiens ont longtemps adoptées comme la particularité du terme et la généralité du sens, pas d'ijtihad dans la temporalité du texte", affirme-t-il et d'ajouter "Par ailleurs, la lecture du texte religieux nécessite l'ouverture sur la réalité; sachant pertinemment que le premier est statique et la deuxième est toujours mobile.

Cette lecture doit accompagner le dynamisme de la réalité pour que le rénovateur puisse mieux comprendre cette dernière et en déduire des règles adéquates au lieu de se contenter de la création des fatwas".

L'ouverture sur tous les genres du savoir demeure très importante dans la dénotation des textes religieux. Car il est impossible qu'un théologien (fakih) juge une réalité et élabore des règles s'il ne maîtrise pas ses complexités. D'autre part, la lecture des textes religieux passe à travers un rapport entre l'esprit et la réalité puisqu'elle introduit les interprétations et les approches les plus ouvertes sur cette dernière.

Et Said Lakhal donne un exemple "A ce propos, Ibn Khaldoun avait mis en exergue l'exemple des premiers interprètes du Coran qui s'appuyaient sur la transcription ( Nakl) et le récit (riwaya) ainsi que sur le patrimoine du judaïsme très prolifique à cette époque. Jusqu'au seuil du XIXème siècle, les théologiens marocains croyaient que les tremblements de terre étaient dus, d'après une légende, à un boeuf géant qui portait la terre sur l'une de ses cornes pendant une longue durée et lorsqu'il voulait la porter sur l'autre, il suscitait des tremblements de terre. D'ailleurs, le professeur Abdallah Laâroui, a cité, dans son oeuvre "les Arabes et la pensée historique" plusieurs facettes de cette culture qui a influencé les théologiens".

Pour lui, l'histoire de l'humanité reflète beaucoup d'expériences et a produit maintes règles et valeurs basées sur différentes échelles. Par conséquent, le renouvellement et la modernisation ne sont pas inhabituels à la réalité. Au contraire, ils ont souvent représenté une critique de la pensée religieuse dans la société arabe dans le dessein de développer la conscience religieuse et d'insuffler les valeurs humaines les plus transcendantes telles que l'égalité, l'intégrité, l'équité, la citoyenneté, etc.

Or, toutes les tentatives de renouvellement, que les pionniers de la renaissance arabe ont menées, ont échoué car elles ont marginalisé une grande partie des citoyens, ce qui les transforme en force subversive ayant des objectifs et des aspirations ferventes. En effet, il est nécessaire que le renouvellement crée une sensibilisation pour les citoyens afin de le préparer à percevoir et à accepter ses éléments.

Imarat Al Mouminine joue un rôle promordial au Maroc
"Le renouvellement demeure donc une opération de totalité, de prolifération et de continuité tendant essentiellement à humaniser la théologie islamique en la rendant ouverte sur les valeurs contemporaines et sur la culture des droits de l'Homme. Elle se doit de libérer les cerveaux de l'autorité de la théologie classiques et des despotes et de faire face au courant de "la nomadisation" visant l'Islam, ses prescriptions et la société par le biais des chaînes numériques, des vidéos, des livres et d'autres moyens de communication diffusant ses valeurs et sa culture", rappelle Saïd Lakhal.

D'un côté, le renouvellement permet aux gens de vivre au présent au niveau de la réalité en leur inculquant les valeurs et la culture des droits de l'Homme. Et de l'autre côté, au niveau de la religion, le renouvellement tend à fournir des efforts théologiques insufflés par l'esprit contemporain et ses valeurs pour que le citoyen ne ressente pas une quelconque opposition entre la religion et les acquis du présent. "La modernisation doit être adoptée dans sa simplicité à travers l'usage d'une méthode scientifique, technique et expérimentale, de la pensée logique et rationnelle, de la vision historique, de la démocratie comme moyen de jugement et de gestion de la diversité. Ainsi, il convient d'employer la modernisation dans ses diverses dimensions", explique-t-il en annonçant les différentes étapes de cette réforme :

"D'abord, sa dimension politique qui comprend l'existence des pluralités et des institutions démocratiques représentant la volonté populaire, traduisant ses choix et assurant les libertés publiques et privées. Ce qui exige de nouveaux efforts intellectuels à même de construire le sens du patriotisme chez tous les gens et leur permettre à participer à la vie active sans distinction de religion ni de sexe. Dans ce contexte, on peut citer et étudier les efforts déployés par Jamal Al Banna, Hassan Attourabi et Mohammed Mahmoud Taha dans le but de contribuer à instruire un courant à la fois fort et efficace dans ce domaine parmi les imams et les théologiens.

Ensuite, sa dimension théologico-politique qui consiste à supprimer l'opposition artificielle entre le régime de la gouverance démocratique et celui de la gouvernance islamique. Sans doute et grâce à ces efforts, une grande base sociale, populaire et politique pourra-t-elle se construire et préserver ce choix contre tous les courants de despotisme.

Enfin, sa dimension sociale qui passe par la création d'un sentiment patriotique chez tous les citoyens grâce à des fatwas théologiques qui le renforcent. Ainsi, personne ne pensera un jour détruire son pays ni terrifier ses patriotes et ne récusera aucun projet de réforme concernant la situation de la femme, de l'enfant ou encore celle des exclus. Et si tous les citoyens se rendent compte de l'évidence de la modernité au niveau politique, économique ou social, ils ne seront plus des boucs émissaires des différentes démagogies. En effet, les grandes lignes des objectifs de l'ijtihad s'articulent autour de l'humanisation de la théologie islamique et de sa délivrance de toutes les conventions et des valeurs du nomadisme. Par conséquent, le résultat de la modernisation doit se refléter dans la culture de la société et sur la mentalité de ses composantes. C'est une responsabilité qui doit être assumée par l'Etat d'une part par les organismes politiques de l'autre côté".

Par ailleurs, l'Etat serait appelé à jouer un rôle principal et définitif s'il participe à ce projet de modernisation globale à travers des réformes politiques, constitutionnelles consolidant la participation de la société et créant une compatibilité entre les deux. Les exemples ne manquent pas. Contrairement aux préceptes de la théologie nomade sur laquelle se basent encore les islamistes, le Kuweït a adopté une loi qui assure à la femme le droit de participer dans l'action politique du pays. Le Maroc a institué des lois qui mettent en valeur la femme que ce soit travers le Code de la famille ( la nouvelle Moudawana ), basé sur le concept de l'égalité, ou la loi permettant à la femme marocaine de donner sa nationalité à ses enfants de père étranger. Et à fin de consolider le projet de la modernité dans tous les domaines, l'Etat doit compter sur la classe populaire représentant le noyau de toute réforme et de toute modernisation.

Dans ce contexte, Imarat Al Mouminine au Maroc joue un rôle promordial dans le projet du renouvellement et de la modernisation de la pensée religieuse en la protégeant contre l'exploitation politique et la commercialisation.

Libération
Février 2007
Traduction de Ayoub Akkil

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