RME
Votre argent m'intéresse

L'argent des immigrés intéresse les finances. Le trésor met la pression sur les banques pour récupérer plusieurs millions de dhs à titre d'impôts sur les intérêts des dépôts à terme des MRE.

"Immigrés, votre argent nous intéresse". Pour le département de Oualalou, jamais cette formule n'aura été plus d'actualité. Le trésor a mis la pression sur les banques pour récupérer plusieurs millions de dirhams d'impôts sur les intérêts des dépôts à terme des marocains résidents à l'étranger. Il faut savoir que tout dépôt à terme donne droit à des intérêts lesquels intérêts sont soumis à un impôt de 30 %. Or jusqu'à présent, l'argent des MRE (résidents marocains à l'étranger) bloqué dans les banques nationales échappait à cet impôt qui ne touchait que les dépôts des marocains du pays. Les finances qui louchaient sur cette manne mettent la pression pour uniformiser cet impôt et faire passer les immigrés à la caisse. A fin la du mois de mars 2002, les recettes MRE ont porté sur une valeur de 7.207,7 millions de DH. Comparées à la moyenne des recettes au cours de la période de janvier à mars des années 1997 à 2001, soit 5.026,4 millions, elles ont réalisé une expansion de 43,4% soit une augmentation de +2.181,3 millions de DH.
Cette expansion a concerné les virements bancaires (36,4% ou +1.118 millions de DH), les recettes en devises billets de banque (83,5% ou +993,4 millions de DH) et dans une moindre mesure, les mandats postaux (9,2% ou +69,9 millions de DH).
Progression

Du strict point de vue financier, il est clair que l'argent des MRE reste intéressant pour les caisses de l'État. D'autant plus intéressant que le volume des transferts reste important. Ainsi, les transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger vers le royaume ont augmenté en 2001 de 57,5 %, atteignant 36,2 milliards de dirhams (3,62 milliards d'euros).
La progression a touché aussi bien les transferts des billets de banque que les virements bancaires alors que les virements postaux ont baissé de 2,8 % par rapport à l'exercice précèdent. Selon les chiffres de l'Office Marocain des Changes, "ces transferts représentent l'une des principales sources de devises pour le pays, avec le tourisme et les exportations de phosphates". Durant les années 80, ces transferts avaient déjà couvert entre 20 et 40% des importations totales du Maroc. À rappeler que le nombre des marocains résidant à l'étranger est estimé entre 2 et 2,5 millions de personnes, dont 800.000 vivent en France. Les transferts effectués par les 800.000 RME établis en France, représentent la moitié du total des 3,5 milliards rapatriés, en 2001, par les Marocains résidents à l'étranger.
Convoitise

Sans oublier une importante présence d'une communauté marocaine en Hollande, estimée à 250.000 personnes.
L'argent des MRE n'intéresse pas uniquement les marocains, même de l'autre côté des frontières, cette masse monétaire fait l'objet d'une convoitise bien légitime.

À ce propos, le différent qui a failli conduire les relations Maroco-Hollandaises à la rupture n'a pas encore été réglé. La crise avait éclaté lorsqu'une délégation dépêchée par le gouvernement hollandais s'était déplacée dans le nord du pays l'été dernier avec la mission de comptabiliser les biens des immigrés marocains en Hollande. Pour les hollandais, il s'agissait de débusquer les immigrés marocains qui profitaient des allocations sociales tout en étant par ailleurs propriétaires de biens conséquents au Maroc.
Pour dénouer la crise, le premier ministre marocain avait accepté de rencontrer à plusieurs reprises les hollandais. A l'époque, la presse des Pays-bas avait mené une cabale pour faire pression sur le gouvernement pour qu'il fasse la chasse à ces "mauvais citoyens". L'extrême droite avait jeté l'huile sur le feu véhiculant la thèse selon laquelle les immigrés marocains profiteraient de la manne sociale alors qu'ils ne sont guère dans le besoin en "témoignent leurs biens immobiliers au Maroc". Ce sont surtout les immigrés issus de la région de Nador qui ont servi de cible à cette cabale.

Enfin, si l'argent des immigrés est intéressant, il est également très volatile. Juste après les années noires de la campagne d'assainissement, les MRE se sont serrés la ceinture. Une grève de zèle qui a touché les transferts de l'étranger qui ont été revus à la baisse. Ainsi les recettes cumulées des transferts des MRE sont tombés de 9,99 milliards FF en 1996 (16,1 milliards DH) à 9,6 milliards FF en 1997 (15,5 milliards DH), soit une baisse de 3,8%.
C'est dire que sur cette question, le gouvernement avance sur la pointe des pieds. Face à cette clientèle ombrageuse , la pédagogie reste de mise.

Investissements
Ceci dit, il est peut-être temps pour un pays qui tente d'inscrire l'égalité des chances pour tous les citoyens à l'ordre du jour d'adopter une autre approche vis-à-vis de la question.
Non seulement les immigrés, citoyens comme les autres doivent passer à la caisse en même temps et dans les mêmes proportions que les autres mais plus encore, cette démarche ne doit pas obéir à des considérations conjoncturelles.
Encore une fois, pour tordre le coup à des idées reçues, il faut constater que l'argent des immigrés n'a pas beaucoup d'incidences sur l'économie du pays.

L'investissement dans le pays d'origine, quand il existe est rarement orienté vers des investissements productifs, en matière de création d'entreprises et d'emplois. Or, seule une politique réfléchie des pouvoirs publics peut aujourd'hui relever ce défi. L'immigration peut être une bénédiction. Mais elle doit l'être pour tout le monde. La présence à l'étranger de nombreux travailleurs immigrés marocains est une source de devises considérable. Les Transferts des RME sont supérieurs aussi bien aux ressources touristiques qu'aux ressources des phosphates . C'est vrai que les Résidents Marocains à l'Etranger représentent une richesse inestimable pour le pays et les pouvoirs publics sont souvent obligés de prendre des gants avec ses ressortissants, mais on a vu que cette politique de deux poids deux mesures peut conduire à de graves excès, comme ceux enregistrés l'année dernière, notamment au moment du retour au pays durant les périodes d'été.
Source: maroc-hebdomadaire



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