Liberté de la presse au Maghrebe selon
International Freedom of Expression Exchange Clearing House (Toronto)

L'OLPEC est vivement préoccupé par les attaques récentes touchant la liberté de presse au Maghreb, particulièrement les graves atteintes qui ciblent les journaux et les journalistes indépendants et le rétrécissement de leur marge de liberté.

Au Maroc, après l'interdiction d'exercer durant dix ans à laquelle avait été condamné le journaliste Ali Lemrabet et les condamnations iniques de l'hebdomadaire Tel Quel et Al Ayam à des amendes exorbitantes, voici le tour maintenant du Journal Hebdomadaire de subir les effets du rouleau compresseur. Un modèle de stratégie "soft" de musellement, alliant désinformation et asphyxie financière, copié chez le "frère" tunisien, Ben Ali.

Le Journal Hebdomadaire vient de comparaître ce 4 avril 2006 devant la Cour d'Appel de Rabat, qui a examiné le jugement rendu en première instance, condamnant la direction du Journal à une lourde amende jamais infligée auparavant à un périodique, d'un montant de trois millions de dirhams (330.000US dollars) à l'issue d'un procès inéquitable. Le Journal est accusé de "diffamation" pour avoir critiqué le sérieux d'une étude sur le Polisario réalisée par un obscur institut basé à Bruxelles, l'ESISC.

Cette "étude" a été présentée par le Journal Hebdomadaire comme étant "peu crédible et manifestement calquée sur les thèses officielles de la diplomatie marocaine." Au cours du procès en première instance, où la Cour avait refusé d'entendre les témoins à décharge, c'est en fait la ligne éditoriale du Journal qui avait été "jugée", tant par la Cour que par l'avocat de la partie civile qui avait axé sa plaidoirie sur "l'atteinte à l'image du Maroc à l'étranger" ! Il n'était donc plus question de la crédibilité de l'Institut bruxellois.
Le déroulement du procès en appel ce 4 avril, était lui aussi entaché de graves violations des droits de la défense qui ont conduit les avocats du Journal à se retirer du procès "pour ne pas cautionner une mascarade de procès où le verdict était connu d'avance", selon Aboubaker Jamaï, le directeur du Journal Hebdo.

Tout a été organisé pour donner une forme judiciaire à la mise à mort d'un des rares journaux indépendants au Maroc coupable d'avoir transgressé les lignes rouges. Les intentions des autorités publiques marocaines à l'égard du Journal ont été clairement mises à nu lors de la fausse "manifestation populaire" organisée la veille du premier verdict du 16 février par les Services marocains.

En effet, le 14 février 2006, le Journal Hebdo faisait l'objet d'une autre manouvre de lynchage public, orchestrée par les services du ministère de l'Intérieur. Dès le matin un cordon de sécurité formé par des agents du GUS (police urbaine) barrait l'entrée de l'immeuble qui abrite les locaux du Journal hebdomadaire à Casablanca, avec l'intention déclarée de "protéger" le journal face à une manifestation de protestation prévue "contre les mécréants qui ont sali l'image du Prophète", le périodique étant accusé d'avoir publié les fameuses caricatures du Prophète ; une information totalement mensongère. Quelques heures plus tard, des enfants, des mères de familles et des fonctionnaires de la Commune Urbaine de Casablanca, conduits dans des véhicules immatriculés aux insignes des services municipaux et encadrés par des agents de la Préfecture et de la Commune de Casablanca, déployaient des banderoles et criaient des slogans hostiles au Journal en appelant à la haine et au meurtre .

Les deux chaînes de télévision publiques, 2M et TVM, diffusaient dans leur journal du soir des reportages sur ces "manifestations populaires", présentant le Journal comme étant "connu pour heurter l'opinion publique par ses positions contraires aux valeurs sacrées de notre pays" (2M), n'hésitant pas à manipuler des interviews enregistrées hors de ce cadre pour achever la mise en scène de la désinformation.

Par ailleurs, L'Algérie, s'illustre elle aussi depuis deux ans par un rétrécissement de l'espace de la liberté des journalistes et une tentative de mise au pas de la presse indépendante. Ce pays qui a vu fleurir durant la dernière décennie une presse relativement indépendante et plurielle, qui a fait la fierté de tous les maghrébins, recourt de plus en plus à l'asphyxie financière des journaux et à l'emprisonnement des journalistes.

En effet, pour la seule année 2005, on a recensé 18 condamnations à la prison ferme de journalistes pour délits de presse, dont le célèbre caricaturiste, Ali Dilem qui cumule 9 ans de prison ferme avec sa dernière condamnation en février dernier. Deux directeurs de journaux (Kamel Bousaâd et de Berkane Bouderbala) ont été récemment emprisonnés pour avoir publié les caricatures danoises controversées. Tandis que les directeurs des chaînes publiques Canal Algérie et A3 ont été limogés pour avoir également reproduit ces caricatures à titre d'information.

Le plus choquant est le maintien en prison depuis juin 2004 et en dépit de la détérioration grave de son état de santé, du directeur du quotidien Le Matin Mohamed Benchicou, ceci au moment où l'Etat algérien absout, par une loi d'amnistie, des milliers de personnes impliquées dans des crimes contre l'humanité.

L'OLPEC s'élève vigoureusement contre ces stratégies liberticides qui visent à museler la presse indépendante au Maroc et en Algérie.
- Il exige l'arrêt des poursuites injustes contre le Journal Hebdo ainsi que tous les autres journaux.
-        Il demande aux autorités publiques de cesser les persécutions des journalistes et de respecter leurs engagements internationaux en matière de liberté d'expression et notamment l'article 19 du pacte relatif aux droits civils et politiques.

- Il exige l'abrogation de la peine corporelle pour délit de presse.
- Il exprime sa solidarité aux journalistes emprisonnées ou persécutés au Maroc et en Algérie.
- Il appelle tous les journalistes et les défenseurs de droits humains au Maghreb à agir pour défendre la liberté de presse dans tous les pays du Maghreb.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
6 Avril 2006
2006 - Maroc2007.net

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