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Election 2007: Ce que redoute le roi

Mohammed VI éprouve une répulsion viscérale à l'égard de l'islamisme pour des raisons personnelles et institutionnelles.Quand ils sortent de leur rencontre avec le ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa et son ministre délégué Fouad Ali El Himma, Abdelilah Benkirane et quelques autres dirigeants du Parti de la Justice et du Développement sont perplexes. Comme c'est l'habitude en pareilles circonstances, c'est El Himma qui a le plus parlé.

Mais qu'a-t-il voulu dire ?
Les représentants du PJD présents lors de la réunion nient les informations publiées récemment selon lesquelles El Himma aurait critiqué la ligne éditoriale du quotidien Attajdid proche du parti, qu'il se serait plaint de l'utilisation du symbole Nasrallah lors des manifestations organisées à l'occasion de la guerre au Liban, et encore moins qu'il avait suggéré que le PJD ne présenterait pas des candidats dans la totalité des circonscriptions lors des prochaines élections. Non, rien de tout cela n'aurait été évoqué. Ils reconnaissent par contre qu'El Himma semblait vouloir transmettre un message. Ils confirment aussi qu'en préambule à la rencontre, l'homme-lige de Mohammed VI a longuement rappelé les attentats du 16 mai 2003.

Que souhaitait-il suggérer ?
Une élite effrayée L'instrumentalisation politique de ces attentats est un souvenir douloureux pour les dirigeants du PJD. Après avoir volontairement limité leur participation dans les élections législatives de l'automne 2002, le PJD comptait décrocher la timbale avec les élections communales de 2003.
Scénario à la "islamistes turques" avec, comme ligne de mire, la ville de Casablanca. Mais le 16 mai était passé par là. Flairant la bonne occasion, le régime a surfé sur les craintes d'une élite effrayée par l'émergence des islamistes pour contraindre le PJD à ne présenter des candidats que dans 18 % des circonscriptions. Alors, les amis de Sâadeddine El Othmani sont inquiets. D'autant plus inquiets que les histoires d'opérations terroristes, supposément déjouées par la police, se multiplient. S'ils ont des doutes, ils se gardent bien de les rendre publics. Et puis, il y a les désormais fameux sondages de l'Institut Républicain International (IRI).

Dans deux études menées respectivement en octobre 2005 et en février 2006, le PJD écrase ses rivaux. Dans le deuxième sondage, le parti islamiste atteint même la majorité absolue. La publication ennuie au plus haut point la direction du parti. Elle risque de provoquer une sainte alliance contre le parti. Résultat, le PJD est le premier parti à expliquer que les bases scientifiques de ces sondages sont douteuses. Mais personne n'est dupe. Et le mal est fait. Mohammed VI, et c'est de notoriété publique, éprouve une répulsion viscérale à l'égard de l'islamisme. D'abord pour des raisons personnelles.

A l'image d'une partie de l'élite marocaine, il redoute l'ascension d'un mouvement politique promoteur, une idéologie qui envahit l'espace privé. Pour des raisons institutionnelles également. Depuis l'Indépendance, le régime s'est évertué à tuer dans l'œuf l'émergence d'un mouvement politique fort. Après sept années de règne, Mohammed VI ne déroge pas à la règle. Seulement voilà, les temps ont changé. Mohammed VI a construit sa réputation sur ses élans modernisateurs, voire démocrates. Il est aujourd'hui prisonnier de cette image. Une image qu'il a par ailleurs déjà bien écornée.

Duel à distance La répétition des dérapages a fini par brouiller la perception de l'opinion publique internationale. Les observateurs avertis sont aujourd'hui beaucoup plus circonspects sur la volonté de libéralisation du nouveau règne. Même l'administration américaine, pour laquelle le régime marocain s'est plié en quatre dans sa "lutte" contre le terrorisme, émet des doutes. La pilule du récent discours de George W. Bush à l'ONU est d'ailleurs mal passée à Rabat. Pour illustrer les progrès de la démocratie dans le monde arabe le président américain a cité… l'Algérie et ostensiblement oublié le Maroc.

Les Marocains peuvent légitimement douter de la capacité de jugement d'une administration qui estime que l'Algérie se démocratise réellement, il n'en demeure pas moins que le royaume ne convainc pas.
Le roi doit optimiser une équation à trois contraintes:

Il s'agit de montrer qu'il n'existe aux yeux des Marocains aucune force politique assez légitime pour faire de l'ombre à la monarchie. Une force politique qui serait en position d'exiger une réforme constitutionnelle digne de ce nom.

En fait, le monarque s'active pour endiguer la vague. Est-ce un hasard si les deux régions du Maroc qui bénéficient le plus de son attention sont le Nord et Casablanca ? Deux régions connues pour leur forte implantation islamiste.

L'installation du souverain pour plusieurs mois et le lancement en grande pompe de projets de réaménagements dans la capitale économique durant une année électorale ressemble à un duel à distance.

Mais il n'y a pas que le PJD. Al Adl Wal Ihssane donne des cauchemars à la monarchie. Des proches affirment que le roi serait hanté par le personnage d'Abdeslam Yassine. Alors quand le mouvement de celui-ci a laissé filtrer l'information selon laquelle l'année 2006 allait être celle d'un grand changement au Maroc, les voyants du régime sont passés au rouge.

Il y eut les arrestations en masse de dirigeants et de militants pour organisation de manifestations non autorisées et puis on a savamment distillé à la presse amie des informations sur de supposées accointances entre Al Adl et des mouvements terroristes. Dernièrement, les unes de quotidiens régulièrement "nourris" par les services affirmaient l'existence de relations entre le fameux narcotrafiquant récemment arrêté, Binalouidane, et le mouvement d'Abdeslam Yassine.

Des informations généralement non sourcées et qui n'ont été suivies d'aucune procédure judiciaire. Si elles étaient fondées, pourquoi le Parquet n'entame-t-il pas de poursuites ? Quel est donc le but de telles manœuvres ? Introduire le doute dans l'esprit de l'opinion publique ? Ternir l'image d'un mouvement qui veut baser sa réputation sur la droiture, voire la sainteté ? Dans son opposition avec les islamistes, la monarchie a été durement touchée par les dernières révélations de l'affaire Izzou.

La découverte qu'un personnage sécuritaire aussi important que le chargé de la sécurité des palais royaux soit lié à des trafiquants de drogue est douloureuse pour le régime.

Et puis, malgré la volonté de sauver les apparences, la nomination/rétrogradation de Hamidou Lâanigri à la tête des Forces auxiliaires est un échec cuisant pour la politique sécuritaire de Mohammed VI. Le désormais ex-patron de la police n'était-il pas en première ligne dans le combat contre le terrorisme ? Il était surtout la bête noire des islamistes. Il ne s'est jamais gêné pour dire que dans tout islamiste sommeillait un terroriste. Son départ est une victoire incontestables des mouvances islamistes du pays.

Dans la course à "l'autorité morale", l'institution monarchique a perdu quelques points ces dernières semaines. Pour ne rien arranger, l'USFP de Mohammed Elyazghi n'a pas laissé passer l'occasion de souligner la corruption qui gravite dans les "hautes sphères".
La ligne éditoriale d'"Al Attihad Al Ichtiraki" s'est passablement durcie durant l'affaire "Binalouidane". Il faut dire que l'occasion était trop belle.

Depuis le temps que les journaux proches de l'Intérieur s'en donnent à cœur joie sur le thème "Tous pourris sauf la monarchie", l'USFP n'allait pas laisser passer l'occasion de décocher quelques flèches bien ciblées, histoire d'affirmer son indépendance et de montrer à ceux qui en douteraient que sa capacité de nuisance est toujours bien réelle.

Quitte, bien évidemment, et lorsque l'accusation de confrontation avec la monarchie fera surface, à se fendre d'éditoriaux louant la qualité des relations de confiance entre le roi et le parti. Cette insécurité dans sa relation avec les socialistes de l'USFP ajoute à la complexité de l'équation.

Si le parti d'Elyazghi a mis en sourdine ses demandes de réformes constitutionnelles, le hiatus est trop important pour en faire le principal bouclier contre les islamistes du PJD. Il y a bien l'Istiqlal et sa direction relativement domestiquée mais ce n'est pas suffisant. Que faire dans ces conditions ?

Les dernières informations en direction du ministère de l'Intérieur indiquent l'adoption d'un schéma à la Driss Basri. Le plan Union des Mouvements Populaires (UMP) ayant lamentablement échoué, il semblerait que les fonctionnaires de l'Intérieur en charge du dossier des élections, pour la plupart des cadors de l'époque Hassan II, planchent sur un scénario (voir encadré) qui verrait la formation d'une coalition, comme au bon vieux temps, des partis dits de l'administration comme:
l'Union Constitutionnelle (UC),
le Parti National Démocrate (PND),
le Rassemblement National des Indépendants (RNI) et
les partis de la mouvance "mouvement populaire".

Pour faire avaler cette configuration, le régime compterait sur deux éléments. D'abord arguer de la légitimité démocratique.

Ce seront soi-disant les urnes qui accoucheront d'un tel schéma. Ensuite, plaider l'intérêt de la continuité gouvernementale.
Autre revers pour Fouad Ali El Himma et ses amis. Le Driss Jettou qu'ils s'étaient évertués à affaiblir après sa nomination à la primature est devenu aujourd'hui la meilleure option de la monarchie.

La multiplication des chantiers économiques, la relative efficacité de l'équipe Jettou sont des atouts qu'il serait dommage de laisser tomber. Pas de réformes constitutionnelles Dans ce cas, le Premier ministre intègrerait bien une formation politique -on parle beaucoup du RNI, et mènerait le gouvernement post-2007.

Le PJD connaîtrait une progression de sa représentation au Parlement mais juste pour en faire un grand parti d'opposition, sans plus.

La grande inconnue de ce scénario reste la réaction de l'USFP. Acceptera-t-il de repartir sans perspective de leadership gouvernementale et sans la réforme constitutionnelle que réclament ses bases ?
Que se passera-t-il au cas où le ton monterait dans les prochains mois ?
Que fera le régimes si les pressions sociales, déjà visible aujourd'hui, consécutives au renchérissement du coût de la vie, réveillent les forces sociales engourdies par le consensualisme mou de l'alternance démocratique ? Un report des élections ?

La publication lundi 25 septembre d'un article à la une du quotidien proche du Palais "Le Matin Du Sahara" a mis en émoi le landernau politique.

L'article en question évoquait l'éventualité d'un report des élections pour cause de projet d'autonomie du Sahara.

Malgré les dénégations du journal au lendemain de la parution de l'article en question, le raisonnement qui y était développé est troublant par sa vraisemblance. Un scénario dans lequel le régime pourrait en fait compter sur l'appui d'un USFP inquiet de se faire laminer par les islamistes.
Et puis la cause nationale. Qui oserait mettre en péril la marocanité du Sahara par des calculs bassement politiciens ? Mais que de régression !

Dans tous les cas, la situation s'est compliquée et au Palais on est plutôt dans le brouillard. Un proche du conseiller du roi, Abdelaziz Meziane Belfkih, a résumé l'état d'esprit qui prévaut actuellement au Cabinet royal : "Avec cette histoire d'élections, on patauge".
Aboubakr Jamaî
Source: Le journal hebdo

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