Autonomie du Sahara selon le PJD

Après une semaine jour pour jour des consultations avec les partis politiques sur la forme d'autonomie dans le Sahara marocain, le PJD organise une rencontre consacrée à la régionalisation vendredi et samedi derniers à Rabat. Des dirigeants de l'opposition et deux anciens ministres du RNI ont fait le déplacement. Certains ont suivi les débats pendant les deux jours. La rencontre a été soutenue notamment par les ambassades d'Espagne, de France, de Belgique et des Etats-Unis, dit fièrement Lahcen Daoudi, membre du secrétariat national du PJD et vice-président de la Chambre des représentants. D'ailleurs, l'expérience de plusieurs pays en matière de régionalisation a été exposée au cours des deux jours.

Mais c'est Saâdeddine Othmani, le secrétaire général, qui s'est chargé de rendre publique l'approche du parti sur la question de l'autonomie. Celle-ci se base sur cinq points. Le premier veut que l'autonomie soit un choix volontariste dans lequel le Maroc s'engage avec courage et responsabilité. Il ne faudrait pas attendre la pression extérieure pour s'engager dans un processus qui ne peut être que bénéfique pour le pays. Le deuxième suppose un nouveau découpage régional, basé sur de nouveaux critères liés au développement économique. Le troisième point est relatif au plan institutionnel, avec la constitution de Parlements et de gouvernements régionaux, élus d'une manière libre et démocratique. Tout cela doit être inscrit dans la Constitution. "Il faut faire en sorte que le projet politique puisse dépasser la régionalisation administrative actuelle", a précisé Othmani. L'Etat central aura à déléguer certaines de ses attributions. Le quatrième point vise à accorder des spécificités à l'autonomie des provinces du Sud en raison de leur situation politique. Et dernier point: le gigantesque chantier doit être construit sur la base d'un consensus national solide, après un large dialogue sur les composantes de la régionalisation. "Un débat franc sera vital. Tout le processus doit se dérouler dans la transparence la plus totale pour crédibiliser l'opération et faire adhérer la population", dira-t-il.

Cependant, le patron du PJD ne comprend pas pourquoi le Maroc n'a pas mis en œuvre cette autonomie alors qu'il était à l'origine de l'initiative. C'est lui qui l'a proposé le premier aux Nations unies, rappelle-t-il. D'ailleurs, la solution de l'autonomie séduit la communauté internationale, à l'exception de nos voisins de l'Est. Plus tard, Daoudi enchaînera: "L'application doit être immédiate avec une révision constitutionnelle". En d'autres termes, il s'agit de lancer l'opération avant les élections législatives de 2007.

Pour lui, le découpage régional doit se baser sur la géographie humaine. On ne doit pas se limiter à 1975 mais remonter à 1958 pour le Sahara marocain avec la région de Guelmime par exemple, dit-il. En tout cas, dans la copie que le PJD remettra fin mars suite aux consultations politiques avec le Palais, l'approche exposée par Othmani y figurera. Elle en sera la structure de base. Nous devrons enrichir notre vision à la lumière des expériences étrangères exposées et des débats de cette rencontre, reconnaîtra-t-il. Sur ce dossier, il est incontestable que le PJD ne passe pas par quatre chemins. Son dossier est préparé d'avance. Il a coupé l'herbe sous les pieds de plusieurs formations politiques qui se sont limitées à des déclarations d'intentions générales. Il s'affiche donc comme un parti organisé, un interlocuteur sérieux. Son allié, Forces citoyennes de Abderrahim Lahjouji, a également donné un aperçu de la régionalisation, comme le parti la conçoit. Pour l'ex-patron des patrons, la régionalisation est plus que jamais à l'ordre du jour. Elle favorise une "démocratie plus décentralisée et donc plus représentative". "Sur le plan économique, elle donnera plus de possibilités de mettre en valeur les diverses potentialités du pays et lui donne plus de chances de se démarquer sur le plan international", dit-il.

A condition de susciter la compétition entre les régions, qu'il a appelée "la civilisation de la performance". Pour lui, certaines questions ne sont pas négociables et doivent rester de la compétence de l'Etat central. Il s'agira de l'intégrité territoriale, la défense nationale, l'unité monétaire et la représentation diplomatique.

Au cours des débats, la question de la primeur du droit national sur l'international a été soulevée avec insistance afin de permettre au Maroc de maîtriser le processus. Un intervenant, originaire des provinces du Sud, est revenu sur le possible refus du Polisario de la solution politique et donc de l'autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Mustapha Barazani a proposé d'élaborer une autonomie à deux vitesses. Une version maximaliste pour l'international. Une autre plus adaptée aux contraintes locales. Et on démarre au Maroc avec la deuxième version de la régionalisation, suggère-t-il.

Quant à Hamzaoui, il a avancé l'idée d'un bilan consolidé de l'expérience marocaine en matière de région. Selon l'ex-trésorier général du Royaume, une transition sera nécessaire pour préparer la mise à niveau des régions afin de leur permettre d'être à la hauteur de leur mission. Il parlera aussi d'une "période d'expérimentation".
L'Economiste
Mohamed CHAOUI


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