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Abdelhak Serhane : Une écriture de dénonciation



Un ouvrage très intéressant, qui vient d'être publié (avril 2006) en France sous le titre " Abdelhak Serhane : une écriture de l'engagement ", sous la direction de Khalid Zerki.

Un ouvrage très important vient de voir le jour à l'Université Paris 13 (avril 2006), il est entièrement consacré au romancier marocain Abdelhak Serhane. Il est constitué de plusieurs études sérieuses d'un certain nombre de chercheurs occidentaux et marocains. Il a été dirigé par le professeur Khalid Zerki. En fait, c'est un hommage rendu à cet écrivain prolifique, qui n'a cessé d'enrichir notre bibliothèque par ses écrits narratifs et poétiques. Il est partagé en trois grandes parties. Abdelhak Serhane, romancier, poète et nouvelliste, quelques thèmes romanesques et une conclusion.

Dès l'introduction, M. Zerki nous rappelle que la notion d'engagement littéraire est encore vivace. A cet égard, il nous cite le Prix Nobel Günter Grass, qui affirme, avec d'autres auteurs, que le XXIème siècle sera celui de l'engagement littéraire dans de nombreux pays et surtout dans le Maghreb. Donc ce qui caractérisera l'écriture, à l'époque comme par le passé, c'est cette omniprésence de l'engagement de son auteur pour les grandes causes de son pays, voire de l'humanité entière. Pour explorer cet ouvrage si intéressant sur un écrivain marocain d'expression française nous avons jeté un grand analyseur sur certaines études qu'il englobe. En effet, il nous paraît assez difficile de parler de l'ensemble.

Dans son article intitulé : " Le soleil des obscurs ou le double discours ", R. Mathilde Mésavange remarque que Abdelhak Serhane avait affirmé en 1992, au colloque du CIEF à Strasbourg qu'il écrivait " pour ne pas devenir fou ". Il aspire à parvenir à la vérité du réel. Dans ce roman Soltane " au lieu de progresser vers sa propre vérité, subit le double discours de la société ". Sa mère cristallise par les mots de son discours, les hypocrisies voire les mensonges continuellement pratiqués par le corps social. Ce qui poussera Soltane à se révolter contre ces contradictions sociales. Il détestera à la fois le système collectif des valeurs et son statut personnel au sein de ce système qu'il renie. La réaction sociale le considère comme un " fou " ".

Ainsi, Serhane traduit les contractions collectives dans son roman, à la page 55 : " Au village, les gens avaient commencé par confondre argent et honneur. C'était le début d'une mystérieuse transition (...). Le noir allait prendre la place du blanc, la justice allait se vendre et s'acheter sur la place publique. Le vol, le viol, la corruption, l'opportunisme, l'abus... devenaient des valeurs sûres en ce XXème siècle terrifiant ". (Voir l'édition du Seuil, Paris, 1992). Pour le narrateur, " il existe deux sortes de folies, celle de la société, traduite par l'hypocrisie des hommes, barricadés derrière une morale millénaire vénérée mille fois par jour et transgressée dix mille fois " (p. 76) ; l'autre folie est celle que rejette la société et qui en fait la sagesse même, qui refuse fermement la dégradation des valeurs vraies et éternelles. Pour pouvoir prendre la parole, Soltane doit souffrir énormément avant de devenir justicier.

Une autre étude non moins importante, celle d'Annie Duvercnas, a pour titre " Sang et ténèbres. Un univers en rouge et noir ". Elle nous rappelle que le chef-d'oeuvre " Messaouda " est un roman autobiographique mais englobe aussi beaucoup de fiction dictée par les scènes de la vie quotidienne des années soixante. A cet égard, Serhane affirme qu'il préfère mieux ne pas écrire sur l'amour. " Je veux écrire sur la misère de mes semblables. C'est ça la vraie littérature. Balzac, Zola, Hugo et les autres ont eu du succès parce qu'ils ont écrit sur la condition humaine de leur époque (...). J'ai besoin de puiser dans la réalité du pays, de donner au lecteur l'image putride de la société (...). " cf. Le deuil des chiens, p. 242-243 ". Ainsi, voyons-nous que Serhane est intimement lié aux grandes causes de son pays, il ne cesse de dénoncer les abus et les dégradations qui peuvent apparaître dans tel ou tel domaine. C'est pourquoi j'affirme, sans peur de me tromper, qu'il adopte une écriture de dénonciation, car elle est à l'affût de tous les aspects maladifs de la collectivité pour les mettre sur les devants de la scène, puis les combattre avec force et ironie. C'est l'exemple type de l'apôtre, qui observe continuellement les défaillances et les tares sociales, pour les mettre en exergue et pour descendre les valeurs humaines éternelles. C'est la pus noble des missions, surtout dans un monde dominé par des injustices criardes, par le mensonge dévastateur, l'hypocrisie, la traîtrise, la cupidité...

L'écrivain en notre époque, à l'instar de A. Serhane, est appelé à coller, plus que jamais aux préoccupations, aux souffrances, aux espoirs légitimes de ses concitoyens. Stendhal a raison d'affirmer que le roman est un miroir que l'écrivain promenait dans la rue pour récolter les différentes scènes de la vie quotidienne.

Pour conclure, rappelons que Abdelhak Serhane est né en 1950, il est à la fois romancier, nouvelliste, poète, essayiste, dramaturge, et journaliste. Après avoir enseigné à la Faculté des Lettres de Kénitra, il va s'installer au Canada puis aux Etats-Unis où il enseigne la littérature française et francophone et dirige, en même temps, la revue " Etudes francophones ".

Rappelons également que le volume. A. Serhane, une écriture de l'engagement renferme une quinzaine d'études, nous n'avons abordé que deux d'entre elles. Au lecteur de découvrir les autres, ce n'est pas du temps perdu... Terminons par cette citation qui apparaît sur la dernière page de la couverture du livre. " Le souci de l'engagement ne concerne pas seulement les pays où les sans-voix constitue une majorité. C'est une éthique que certains écrivains adoptent pour cheminer dans leur itinéraire de créateurs. Abdelhak Serhane fait partie de ceux-là. Son oeuvre est inextricablement liée aux réalités sociopolitiques du Maroc ".
Par Ahmed Idrissi


Serhane revendique sa colère et sa révolte " comme témoignages d'attachement à ce pays qui laisse désormais ses enfants mourir de désespoir sur les côtes de la Méditerranée. Tout le monde rêve de "foutre le camp" ailleurs. Ici, l'espoir assassiné. Au-delà de nos frontières, du côté nord, il prend la forme d'un rêve simple : travailler pour devenir quelqu'un, c'est-à-dire un être humain, pour gagner le respect de soi-même et celui des autres. Se sentir en sécurité. Oui, tout simplement être. Le pays serait-il incapable d'offrir ce petit rêve à ses fils, alors que sa fortune dort sur des comptes personnels dans des banques étrangères ? "
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