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Je ne suis pas malheureux, mais sur le point de devenir kamikaze

Le cinéaste présente le mardi 20 février son dernier film Tabet, en avant-première. Le réalisateur n'a pas encore trouvé de salles pour distribuer son film. Il nous en parle.

Vous présentez ce mardi 20 février à rabat, votre film Tabet. Pourquoi avoir choisi ce thème pour en faire un film?

Mon film s'inscrit dans cette logique de dénoncer les abus, les impostures et surtout de montrer que notre pays a fait, actuellement, beaucoup d'efforts sur le plan de la liberté d'expression. L'affaire Tabet avait démarré en 1992 quand le scandale a éclaté et le procès a eu lieu en 1993. Le film, pour sa part, englobe les années 1992 à 2005, avec le témoignage d'une femme, que tout le monde a vu à la télévision et qui parle dans le cadre d'équité et de réconciliation. Mon film se déroule sur quinze années. Il montre le Maroc de l'époque Tabet, la période de l'assainissement, la mort de Hassan II, le nouveau règne, le 16 mai J'ai parcouru cette fresque histoire à travers le regard de Marocains qui vivent en France, c'est-à-dire des exilés politiques qui veulent rentrer pour le changement.

L'affaire Tabet, en elle-même n'est pas dans le film. C'est une espèce de tremplin. C'est vrai que j'ai exploité l'affaire Tabet car elle représente pour moi le pourrissement de la police et du système. Cette situation signifie que le citoyen est en danger et partant que le pays est en danger. Je ne suis pas là en train de parler en tant qu'artiste car j'estime qu'il est de mon devoir de tirer la sonnette d'alarme.

La veuve de Tabet m'a intenté un procès et au tribunal, j'ai expliqué que si Mme Tabet voyait le film, elle sera guérie. J'ai montré, pour ma part, un être humain qui a des problèmes. Au cours de son procès, Tabet lui-même disait qu'il était malade et qu'il voulait se faire soigner. Mais cet être humain malade avait le pouvoir et il a exploité sa puissance à des fins personnelles. Mais il y a mille et un Tabet qui continuent à exister dans le pays. Ce film est audacieux. Dans ce film, je règle le problème algéro-marocain, le dossier du Sahara J'estime que nous devons avancer.

Ce film constitue-t-il, à votre avis, une coupure avec vos précédentes réalisations ou est-ce une continuité de votre approche cinématographique? Allons-nous découvrir un autre Nabyl Lahlou?

C'est sûr et certain. Quand j'ai commencé à travailler sur ce film, j'avais 59 ans, aujourd'hui, je suis entré dans mes 62 ans. Ce film m'a demandé 2 ans et demi, non pas de tournage, mais j'ai été confronté à des problèmes techniques. Je tiens à dire ici que le Centre cinématographique marocain possède un laboratoire pas mal, un auditorium pas mal non, mais pas de techniciens de haut niveau. Quand j'ai fait ce film, je voulais qu'il sorte en 2004 pour le festival de Marrakech.

J'ai confié des copies au délégué du festival pour les confier à la commission du festival, mais j'ai appris par la suite qu'il n'y avait pas de commission et qu'une seule personne choisissait les films en compétition. Mais malheureusement, le directeur artistique du festival n'a pas vu mon film .Je pense, comme je l'ai dit lors de l'avant première de Tabet, que si mon film avait été choisi, il aurait remporté l'Etoile d'or, non pas à cause de la beauté du film, des moyens techniques qui sont modestes, mais à cause de l'audace du film. Je pense aussi que c'est le premier film politique.

Le film a été fait avec très peu de moyens, même pas de quoi faire un spot publicitaire.

Quel a été le budget de Tabet ?

Un million 700 000 Dh. C'est ce que m'a donné l'Etat. Mais j'ai perdu 2 années de ma vie et vous devez m'indemniser. J'ai évalué ma souffrance à 2 millions de Dh. J'ai souffert de trois dépressions nerveuses Ces problèmes n'auraient jamais eu lieu si dès le départ, on m'a dit qu'on ne peut plus travailler académiquement. Les projecteurs étaient en panne, le défileur ne marchait pas. Et tout cela, ils l'ont caché au directeur. Je pense que la bureaucratie est en train de tuer le cinéma.

Vous donnez toujours l'image de quelqu'un qui n'a pas la langue dans sa poche et qui dit haut et fort ce qu'il pense. Est-ce que c'est votre nature?

Je suis bon de nature. Je suis convivial. Mais je suis excédé, pour ne pas dire dégoûté, scandalisé devant l'injustice. Moi, je ne vis quede mon métier. Mon épouse Sophia, qui est comédienne, ne vit aussi que de son métier. Nous avons des enfants, des charges Et à mon âge, la télévision m'est fermée. Quand je fais des projets, ils sont refusés Je ne suis pas malheureux, mais sur le point de devenir kamikaze, symboliquement parlant. Tu te dis comment ce pays me ferme la porte à moi qui suis un créateur et comment les moyens sont donnés à des médiocres, à des gens qui se disent cinéastes et qui ne le sont pas.

J'ai la fierté de dire que j'ai fait quatre travaux pour la première chaîne et ils sont aussi bons que ce qu'on voit sur Arte. M. Laâraichi leur demande de les passer et jusqu'à présent la programmation ne le fait pas. Cela fait deux mois et demi que j'attends une réponse pour ma demande d'une bande annonce. J'ai aussi demandé la salle du 7ème art pour présenter mon film au public, je n'ai reçu aucune réponse. Et j'ai fait ma demande à Nourreddine Saïl en octobre. J'ai fait le tour de tous les propriétaires de salles de cinéma pour pouvoir projeter mon film, on me dit qu'ils sont complets jusqu'à une date indéterminée. Il y a, excusez le terme, une mafia au niveau de la distribution et de l'exploitation. Je suis contre l'injustice qui me frappe. Je n'ai jamais accepté la compromission ou le compromis. Les gens veulent faire de vous un laquais ou un valet. Et ceux qui acceptent de le devenir, ils en tirent profit. Et il y en a beaucoup.

Khadija Alaoui
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