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EL KHATTABI :
Aura-t-il une tombe dans son pays?


Evoquer l'affaire d'Abdelkrim El Khattabi, c'est commencer à spéculer sur combien de temps encore sa dépouille restera au Caire.

N'est-il pas temps pour les uns et les autres de céder sur les petits calculs et trouver un petit bout de terre pour que gît en paix et quiétude l'un des hommes qui ont fait l'histoire du Maroc au vingtième siècle ?

Le devoir de la mémoire exige qu'on ne laisse pas passer la date du 6 février sans revenir sur l'une des figures qui ont marqué à jamais l'histoire de ce pays. En fait, en ce même jour de 1963, le héros du Rif a rendu l'âme en Egypte, loin de la patrie pour laquelle il s'est tant sacrifié, soutenu par ses soldats, ses proches et de son quartier général à Ajdir. Oublié ? Jamais. Peut-être du côté de l'histoire officielle, il n'est pas présenté comme il le faut dans les manuels d'histoire, mais chez la grande majorité du peuple, il reste une icône qu'on ne peut oblitérer d'une simple rature. Abdelkerim Khattabi ou Moulay Mohand, comme l'appellent ses combattants, anciens et nouveaux, est un symbole, et les symboles ne meurent pas et ne s'enterrent pas non plus. Ils restent vivaces dans la mémoire collective des gens, dit un membre du groupe de recherche Abdelkrim El Khattabi.

Tout le monde attendait le rapport final de l'ancienne Instance Equité et Réconciliation (IER), notamment pour ce qui est du rapatriement de sa dépouille depuis Le Caire. Pas un mot. Si pour Ali Idrissi, chercheur-membre du Groupe de recherche Abdelkerim El Khattabi, l'IER n'a rien à voir avec cette affaire, dans la mesure où cette dernière s'est chargée, conformément au dahir l'instituant, de la période entre 1956 et 1999, alors que, selon la même source, Abdelkrim El Khattabi n'était pas à l'époque un opposant au régime, d'autres ont une autre version. Il est vrai que les deux points de vue se mettent d'accord sur un seul point. Son affaire est l'apanage exclusif de l'Etat.

Les militants des droits humains du Rif estiment qu'il s'agit d'un dossier constituant une partie intégrante du projet de réconciliation auquel l'Etat veut s'attaquer dans cette période du nouveau règne. Pour atteindre l'objectif de la réparation collective et de la réconciliation avec la Région et ses populations, il est impératif de résoudre cette question combien épineuse de transfert de dépouille. D'ailleurs, nombreux sont les chercheurs et militants des droits humains qui sont unanimes à dire que la réconciliation n'aura aucun sens si la dépouille d'Abdelkrim Khattabi n'est pas rapatriée au Maroc. La responsabilité, selon des militants même des droits de l'Homme de la région, n'incombe pas exclusivement à l'Etat, d'autres éléments relatifs à des sensibilités familiales et personnelles demeurent une entrave à la réalisation de ce rêve.

La réponse de l'IER dans ce sens était claire: "Le rapatriement de la dépouille d'Abdelkrim relève d'une question familiale, et seule sa petite famille pourrait en décider ". Mais cela n'est pas pour plaire aux enfants du Rif, bien évidemment. Abdessalem Boutayeb, membre du bureau exécutif du réseau Al Amal déplore le fait que ce dossier ait été traité comme s'il s'agissait d'un immigré qui a rendu l'âme en Egypte, alors que c'est bel et bien une figure de proue de la résistance marocaine contre l'occupation. Avant d'être un Rifain, ou un Marocain, Abdelkrim Khattabi est une référence internationale, et partant le rapatriement de sa dépouille reste lié à la question de réconciliation dans son ensemble".
Le président de l'Association du Rif pour les droits de l'Homme (ARDH), Chakib El Khayari, va plus loin lorsqu'il estime que la dépouille d'Abdelkrim n'appartient pas à la seule famille El Khattabi, mais à tous les Rifains. Et il ne peut y avoir de retour sans conditions préalables.

Pour ce qui est du lieu de son enterrement, une grande majorité des acteurs politiques et de droits de l'Homme du Rif indique que si enterrement il y a, c'est bien à Ajdir que cela doit se passer, pour rendre hommage à sa région natale et à sa lutte héroïque contre l'occupation. Cela ne fait pas l'unanimité de tous les acteurs et intéressés à la question au Maroc. Encore embryonnaire, le débat sur cette question explicite trois choix. Si le premier sus-mentionné opte pour Ajdir, le deuxième évoque la capitale du Maroc -Rabat- et argue qu'il y a là un grand signe de reconnaissance et de réhabilitation d'une histoire et d'un passé.

Et puis vers la fin, ajoutent les défenseurs de cette position, Abdelkerim appartient à tous les Marocains et non seulement à une partie d'entre eux. Le deuxième choix est porté sur la ville de Safi, où sa mère est inhumée mais relève de ce choix n'est que celui d'une minorité. Pour d'autres encore, tout cela la pure spéculation, le seul élément qui compte est de baliser davantage le chemin de la réconciliation avec un développement de la région afin de s'acquitter d'une dette historique.

Nouri Zyad
Libération
Février 2007





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